Les cahiers des diables bleus

Le bistrot de Sien suite...

Chameau de chat

Ecoute… et puis on a grandi…

 

Assise au pied du Block 3 Zahra elle appuie sa tête sur ses genoux. Sous sa robe courte où se promènent de petites fleurs je devine ses seins d’enfant. Zahra me regarde venir vers elle à cloche‑pied. Macadam où pétillent des bouts de soleil…

Le palet invisible de nos marelles a dessiné une trajectoire qui nous ramène toujours l’une vers l’autre. Son corps aux formes rondes… son ventre et ses cuisses de jeune prêtresse…

Son corps qui va devenir une demeure féconde m’émeut. Bien plus avide que le mien le corps de Zahra… il se plaît à sauter d’un miroir à l’autre… Quête la plénitude dont le manque m’ignore. Morgane moi je n’ai besoin que des histoires pour être comblée comme la gerba est comblée d’eau pure.

Morgane moi c'est de la lumière des mots que j'ai envie… des brouettes pleines des mots des griots… et d'yeux qui tracent la piste… Poussières lucioles dans mon jardin à solitude…

En attendant que j’arrive avec les armes pour la défendre devant Zahra passent et repassent des types qu’on n’connaît pas avec qui on a pas grandi… y a des vieux aussi de quarante berges et plus ceux‑là ils sont pires !… Les types ils jettent un coup d’œil sur ses jambes fines et remontent jusqu’à sa petite culotte. Ils ouvrent des châsses comme des roues de carrosse… Ils grouinent en pleine gadoue de fantasmes qui leur collent aux gencives… Leurs mégots pendent à leurs babines… Ils patouillent les ordures… Retournent… Reniflent… se lèchent les uns les autres jusqu'aux oreilles… S'ils osaient ils ouvriraient leur braguette avec en dessous leur mou qui pend… Moi ils m'approchent jamais parce qu'ils savent que j'ai le rasoir de mon rire à la main… Et que Kee‑Bock le boiteux m'a affranchie sur le cloaque qui bout dedans leur tronche. Sous les paillassons Kee‑Bock il les épie et il attend… il attend… qu'ils crèvent…

A cette heure pas la peine de compter sur les garçons pour virer les chasseurs qui partent à l’abordage des filles dans les quartiers… pour nous rendre notre territoire d’enfance sauvage… Ils sont préoccupés seulement par la prise d’assaut du super marché et les commissions en bande efficace et hiérarchisée que P’tit Nègre qui travaille seul regarde avec mépris. Y a que Mouloud le grand‑frère de Sami avec sa bande des poteaux du quartier des Blocks qui surveille notre territoire indigène et qui protège les p’tits des tribus de crânes rasés organisées guerrières qui déboulent le samedi des transports avec leurs guns et leurs barres de fer pour fracasser tout c’qui est pas gaulois d’origine et derrière eux y a les marchands d’herbes à rêves qui passent ramasser leur pognon…Le voleur de clefs

Mouloud il a des droits parc’qu’il est le fils aîné d’Ali l’épicier arabe de la tess’ que tout l’monde respecte avec sa famille c’est un grand frère et il a l’autorité pour matter ceux qui abusent et qui viennent faire la loi avec des loustics des autres Cités ailleurs plus loin on n’sait pas… 

Avec Nourredine dit Nono José qu’on appelle Djo et Neh‑Yui ou le Chinois Mouloud il s’occupe que les gaziers d’Alphabêtes City qu’ont des habitudes plus hard que les nôtres à la Cité des Blocks ils mettent pas la pagaille milieu des troupes d’Indiens qu’ont juste des frondes pour se défendre… A Alphbêtes City y a tous ceux qui ont transité par la Medina et qu’avaient l’âge de mézigue quand la guerre de l’Indépendance elle est arrivée et leurs vieux ils avaient vécu Sétif et Guelma ils revenaient de la tuerie par ici et voilà…

Eux ils savent l’histoire des hommes qu’on a balancé dans les eaux brumeuses du fleuve et ce qu’y s’est passé ils s’en souviennent mais ils en causent pas non plus ils gardent à l’intérieur de la peau le parfum d’la violence qui est lourde comme les pierres que Rémi mon daron il ramasse au terrain vague les pierres à désespoir… 

Eux ils ont pas eu la baraka de connaître le dresseur de rats… Nous autres Morgane moi Zahra ma frangine de lait P’tit Nègre Sami et la bande des mômes black­‑café et café‑crème on est nés après tous ces pataquès dont les grands frères ils ont trop pâti et du kif au même pour nos vieux… Faut dire sans charibote qu’on a été drôlement vernis de n’pas croiser la clique des kakis vert de gris au coin de Macadam black et la trouille elle nous a pas grignoté les arpions vous comprenez ?…Mécanique du rêve détail

Nous autres on a poussé du côté des conteuses comme djeda Fatima des aventuriers poètes comme Arthur et des fous pareils à Monsieur Antonin… sûr qu’on a appris à rêver et à chevaucher les récits de la mémoire du fleuve et ses cavales rouquines aux crinières d’algues m ais pas à se défendre et maintenant que Mouloud il trime pour devenir conducteur de bus et qu’les autres ils bricolent la mobylette qu’Abdel un poteau à Mouloud un autre il a récupérée sur le parking à force ils vont en faire un aéroplane alors on est des proies de la savane rouge pistées par les chasseurs… De toute façon les garçons nous ont trahies y a longtemps… Toujours… toute notre vie on s'en souviendra.

 

A suivre...

Mar 15 jun 2010 Aucun commentaire