Les cahiers des diables bleus
Testament du jardin et du jardinier
Epinay, samedi, 27 février 2010
L'oiseau de la joie
2
Face à face avec une plaine de lin blanc
Rupture Silence
Voyage suspendu au bord de cette délicate inquiétude
Oser croire que tu vas savoir lui dire OISEAU
Signe éperdument volage
Signe bleu inscrit en toi aussi intimement que ton nom
Et puis ce sentiment d'impuissance
A quoi servent donc les mots qui nous ont donné des ailes ?
Qui laissera les doigts ouverts ?
Ouverts sans la capture des promesses au bout des ongles
Question déjà posée mille fois pas de réponse
Plus pesant encore en moi le fardeau des jours passés
Leur pierre que je porte
Révolte inutile et brisures sur le tas de chiffons
J'atterris là pourquoi ? J'aimerais qu'il me devine au cœur des vents
Légère silhouette des photophores le long du réseau des rails
Tu as besoin de fuir la peau des fleurs la chair des fruits
Tu as envie de te fondre tout entière avec la plaine de lin blanc
Petit nuage dans ta tête quand tu penses à lui
Et au don qu'il t'a fait au creux de sa main ouverte
Bleu quand il t'a posée sur le seuil de la fenêtre et qu'il t'a dit
Regarde et voyage bien au-delà de moi
Echappe-moi
Miracle d'avoir été libérée par lui des doigts lacés sur ta gorge
Oiseau je suis avide du vol
Autour des silhouettes légères des photophores
J'ai mis longtemps avant de revenir roder
Dans les parages du jardin abandonné
Humides ses pommiers aux troncs remplis de mésanges et de trous
Trous de mésanges dans la tête du jardinier
Tu ne l'imagines pas
Heureusement tu ne sais pas faire marche arrière
T'arrêter non plus tu ne sais pas
Si tu t'arrêtes sur cette image-là précisément
Des larmes brûlent trop fort comme des boules de camphre
Alors tu t'enfuis sous la tunique de lin blanc
Où tu ne leur laisses entre-voir qu'une vieille ébauche d'odeurs
Dans l'enfance on se disait en ce cas là précisément des choses
Lesquelles ? Oubliées c'est pas grave
A chaque fois je fonçais dans le tas de houx avec mon vélo
Et je revenais en sang
Ça fait mal c'est pas grave faut que je m'habitue
Je savais avant qu'il faudrait que je m'habitue
Pagaille dans le sac aux oiseaux
Que faire pour leur rendre la joie du vol ?
Un oiseau prisonnier c'est encore un oiseau ?
Quel sens ont donc les mots ?
Quel sens intime et fripé a donc le mot
ois… oiseau…
Si on lui retire son I par exemple ?
Oseau… c'est joli aussi
Mais ça boite quelque part ça sautille ça cloporte maladroitement
Avec ce I moi je vois bien ce que je peux faire pour l'oseau dans le sac
J'attrape le mot vol et je lui refile le I perdu de l'oseau
Mais attention ! Où je le mets ? Avant ou après ?
Dans le sac on voit pas
Voil ou viol ?
Si c'est voil il me faut un E pour les mettre au bout du compte
L'osau il n'est plus à ça près VOILE donc
Ça me rend plus proche de lui moi l'oiseau-tortue sur le dos
S'il lui avait pris de foutre des voiles à cet animal
Le vieux Brancusi peut-être qu'on l'aurait pas pris pour l'envers de lui-même ?
Je sais pas VOILEje peux en faire quelque chose
L'OSAU n'aura pas été sacrifié pour rien
Reste viol et celui-là quoi que tu lui retires ça revient au même
Alors devant mes yeux un peu gris l'osau qui m'aime trop
Pour me savoir dans le besoin
M'a donné sa dernière chance de revenir un jour
A son état de buveur de vents
Il m'a refilé l'A qui lui servait d'a-marre au rite des navires
Ça m'a tout de suite fait un bien fou ce petit val
Je l'avais quand même mérité à force de marcher entre les interlignes du diable
Les pieds en sang et la tête et le cœur
Là on peut s'arrêter et s'asseoir
Voir ce qui reste dans le sac
Faire le bilan
Est-ce que j'ai réussi à semer le mot qui a tué les oiseaux de mon ventre ?
Viol celui qui coupe les ailes et le souffle
Et le sexe tant pis pour lui
J'ose pas plonger ma main dans le sac
C'est tout noir
Qu'est-ce que ça cache encore ?
Je m'endors sans crainte c'est plein de glaïeuls
Mais l'osu ne va pas bien du tout
Il est en train de perdre le seul secret qui lui restait
Planqué sous sa tunique rouge
L'OSU n'a plus l'air de rien
Il n'a plus l'air tout court
Quelqu'un est venu fouiller à l'intérieur de son corps sans méfiance
Et d'un doigt au fond de sa gorge il l'a retiré
C'était un air de rire et de danser dans la lumière
Il l'avait eu au creux de son berceau
Parce qu'il était seul et pas trop débrouillard
C'était un don du ciel comme l'eau des larmes
Tiens il m'a dit prends encore le U si tu veux
Avec le U c'est certain que je reprenais courage
J'avais au moins une chance de m'en tirer puisque le temps
Venait de me mettre l'air dans l'oreille gauche
Avec la sonnerie du téléphone interstellaire qui sent parfois
Les choses et les mouillures
C'était le conducteur de locomotive mon grand-père le jardinier
Qui m'avait offert les patins aux roues comme des yeux d'or
Il me les avait posés dans un énorme choux
Le jour de mes douze ans
Je m'en rappelle vu que j'allais tout de suite sortir de la caverne
Où je somnolais depuis ma naissance en compagnie
De l'oiseau torture
C'est à ce moment-là qu'il est mort
Mon grand-père Et le jardin avec
Un petit peu de temps avant il m'a dit
Ce sont des patins magiques !
Lorsque tu les mettras tu rattraperas le cœur des vents
Mais d'abord il faudra que tu sortes
C'est moi qui vais prendre ta place
Dans la caverne de l'ère du temps
Et à ce moment-là il est mort
A suivre...
Et je suis drôlement heureuse de ton retour tu nous as manqué ! Oui les p'tits piafs ont fini après deux mois d'absence par revenir timides et appeurés sur notre fenêtre et je les ai nourris et dorlotés tout l'hiver ! Mais les oufs de Plaine Commune ( c'est l'appelation du groupe qui gère la cité ) ont entrepris à nouveau de couper tous les buissons où ils se réfugient... des gros nases quoi ! Heureusement qu'ils ont des tas de planques comme notre fenêtre sauvage pour s'abriter des corbeaux qui les pourchassent !
Bises diablotines