Les cahiers des diables bleus
Un reportage de notre
amie bretonne Françoise Bezombes la grande copine du Crasseux que vous connaissez tous dans un des coins les plus extras de notre chère Bretagne accompagné de photos de Robert
Bezombes...
Escapades à la Pointe du Raz
Françoise Bezombes
Le dimanche 24 janvier le beau temps était au rendez-vous sur notre Finistère. Aussi direction au bout du bout : la Pointe du Raz.
Ce site est protégé et ce pour notre plus grand
bonheur car ici la nature est reine. Et dire que dans les années 1980 on voulait y implanter une centrale nucléaire !! Quel massacre on aurait fait et tout un chacun ne peut que remercier les
courageux habitants de Plog
off et des environs
d'avoir lutté efficacement contre cet absurde projet. Et vive “ Plogoff la Révolte ” !
Les petits korrigans peuvent continuer à arpenter la lande la nuit, batifoler à leur aise dans ce lieu merveilleux classé grand site de France sans risque de
contamination !
La bruyère est ici partout présente et j'attends avec impatience le printemps pour la voir fleurir et finir d'embellir ce site. Ce sera certainement féérique sur tout le Cap Sizun.
La pointe semble un nez qui s'enfonce dans les flots
et à quelques encâblures trône le phare de la Vieille, haut de 27 mètres, qui veille sur la sécurité des marins car le Raz de Sein est dangereux pour la navigation.
Ce phare est construit sur le rocher de la Gorlebella ( “ la roche la plus éloignée ” en breton ) et a été mis en service en 1887. Il fut
le dernier à être automatisé et ce en 1995. Et je viens d'apprendre quelque chose que je m'empresse de vous faire partager : savez-vous ce qu'est un raz ?
Eh bien en breton c'est un courant rapide. D'où le Raz de Sein, passage entre l'Ile de Sein ( que par temps clair on aperçoit paraît-il au loin ) et
la Pointe du Raz.
Ce 24 janvier la mer est calme. Et dire que le
15 novembre 2009, un mois après notre installation, le vent soufflait ici à 126 kilomètres/heure !! C'était notre première tempête bretonne, une sorte de comité d'accueil pour nous
acclimater...
Cette côte déchiquetée, où une magnifique plage en retrait est entourée de chaque côté par une pointe ( celle du Raz et celle du Van où se trouve une chapelle ) et porte le nom tragique de Baie des Trépassés, est sujette à légendes. Je vous livre les deux que j'ai pu trouver :
La Barque du Raz de Sein
“ Dans les courants de la Pointe du Raz, apparaît parfois une barque qui navigue sans sillage, toute voile dehors, contre vents et marées. Elle n'a d'autre équipage qu'un seul homme à
l'arrière.
Il tient la barre et regarde droit devant lui... C'est ‘ L'Ankou marin ’, le premier noyé de l'année. Personne n'a jamais pu l'aborder. C'est la
barque
des morts. ”
Légende de la Baie des Trépassés
“ C'est dans la Baie des Trépassés que les
noyés attendent, certaines nuits, la barque des morts se présentant à la grève.
Une voix appelle un pêcheur. Celui-ci prend place au gouvernail et, aussitôt, la barque plus rapide que le vent, s'en
va rejoindre les îles bienheureuses, le paradis du couchant où débarquent d'invisibles passagers.
La barque allégée revient aussitôt à son point de départ et le pêcheur ne se souvient plus de rien. ”
Ces légendes ne sont pas bien gaies mais il faut dire que ce paysage est tourmenté !!
Mardi 9 février, nouvelle excursion à la Pointe du Raz mais... de nuit !
Avec des amis venus de la Région Parisienne et fanas
de phares nous sommes partis voir les phares de cette côte allumés. C'est munis de lampes torches – car bien sûr ce site sauvage n'est pas éclairé – que nous avons quitté le parking pour
touristes ( mais en cette saison et à cette heure nous étions les seuls à nous aventurer ainsi dans le noir.
Seul un camping-car et ses occupants se reposaient en ce lieu isolé la nuit ! ) et nous sommes dirigés vers le bout de la pointe par le petit sentier
piétonnier.
Nous n'avons évidemment dérangé que les lapins qui ont dû être bien surpris de voir des noctambules sur leur territoire et les facétieux korrigans ont dû se cacher
sous la végétation rase car nous n'avons aperçu aucun chapeau ou bonnet de ces petits êtres surnaturels malicieux qui pourtant auraient pu nous jouer bien des tours vu notre isolement.
Le Phare de La Vieille, depuis son îlot, nous a
accueillis en venant à chaque tour de piste nous accorder un clin d'oeil, comme pour nous remercier d'avoir cheminé jusqu'à sa lumière protectrice.
Et dans la nuit nous avons essayé de localiser ses compagnons qui, comme lui, mettent en garde les navires contre les traîtres écueils.
Maintenant il ne nous reste plus qu'à faire ce coin perdu au bout du bout par temps venteux car avec la tempête la Pointe du Raz doit être tout simplement sublime...