Les cahiers des diables bleus

Le nain sale et les éléphants blancs suite...

      Ecoute… écoute…

    Avant que j’aie pu prononcer un mot pour dire que c’était une cuillère que je voulais un point c’est tout j’ai vu le nez de la personne qui servait à servir cette soupe pas ambitieuse pour un sou avec quelques nouilles dedans se froncer alors que je venais de me laver de ma poussière d’encre devant le petit œil noir et fervent d’un troupeau d’éléphants blancs on s’en souvient bien. Ses petits yeux à elle recroquevillés derrière de grosses loupes à piéger la moindre coquille sur une épreuve que le papier bien éprouvé tente à reculons d’éviter m’ont déballé sur le trottoir salle à manger de mon enveloppe d’habits protégeant ma peau aussi fragile que celle des éléphants en dessous.

      - Vous auriez pu venir plus tôt !… elle a grogné en me tournant le dos et ses mains parsemées de bagues comme celles d’une vieille fée dont les dons se sont transformés en anneaux d’une chaîne inusable se sont mises à remplir des choses que je ne voyais pas avec d’autres choses dont j’ignorais tout.

       - Tenez !… elle s’est retournée d’un bond diaboliquement lent mais pas diable pour de bon car ça demande du talent dans la dérision et elle avait juste de l’indifférence à offrir comme un feu d’artifice mouillé.

Elle me tendait un sac rempli de choses à manger sans doute d’une main et un bol en plastique où il y avait de la soupe avec quelques nouilles dedans de l’autre. Je me préparais à lui déclarer que je n’avais jamais volé la nourriture des gens qui n’ont pour s’attabler qu’une scène de théâtre improvisée où même les chiens peuvent venir pisser et qu’en tant que fabriquant d’encre j’avais ma pâtée qui m’attendait là-haut au beau milieu d’un troupeau d’éléphants blancs et d’une savane rouge et qu’heureusement aucun chasseur d’ivoire n’avait réussi à découvrir le code de l’ascenseur sinon ç’en était fait de nous quand elle a répété d’un ton qui ne permettait pas de laisser libre cours aux éléphants :

      - Tenez !… Et la prochaine fois venez plus tôt !… C’est à neuf heures le service…

      Alors j’ai attrapé le sac avec sans doute les choses à manger dedans d’une main et le bol en plastique où la soupe et les quelques nouilles prenaient le frais de l’autre en songeant au petit homme dont la barbiche lui donnait un air de pinceau chinois qui serait probablement ravi de ce supplément imprévu à son dîner très éventé et que nous pourrions partager deux bols de soupe au lieu d’un.

      - C’est à neuf heures hein !… la prochaine fois…





A suivre...

Mer 17 jun 2009 Aucun commentaire