Les cahiers des diables bleus

Africa blues

Mardi, 15 mai 2001

 

Il est cinq heures je me casse

Sinistre tour de passe-passe

Par un chapeau troué de guerre lasse

Et pourtant j'aime tant faire la grasse

Matinée De soleil boire la tasse

Grains de café ton cou enlacent

Prêtresse rouge d'Afrique en disgrâce

Escaliers trottoirs caniveaux En face

De moi qui fuis un immeuble bourgeois tu danses

 

Il est cinq heures je me casse

Quand le plastique jaune des godasses

Et les gandouras et les boubous font surface

Enterrés les ouvriers pas de trace

Dans la panse de la mère une volte face

Surtout qu'on ne les voie pas C'est dégueulasse !

A la sortie de l'ascenseur je croise en douce

Une petite dame ensommeillée qui pousse

Un chariot étoilé de balais et d'enfance

 

Il est cinq heures je me casse

De la vie d'un type vide la place

Aux carrefours de nos regards une rosace

Elle a soixante ou plus sa troublante tignasse

D'Afrique décolorée par la pluie aux trousses

Explose dans la crasse en une gerbe rousse

Liane de feu qui enflamme la frousse

De nos âmes paumées loin des appels de brousse

Qu'expions-nous ma sœur dans ces odeurs d'essence ?

 

Il est cinq heures et je me casse

D'une demeure d'or où je perdais la trace

De mes sentiers voyous aux églantines douces

Où tes cheveux carotte et tes nattes d'épices

Sur le coup de cinq heures alors qu'on se glisse

Dans les savanes d'encre aux saveurs de réglisse

Avaient tissé pour moi en un serment de mousse

Toute l'Afrique femme à ma désespérance.

Mer 27 mai 2009 Aucun commentaire