Les cahiers des diables bleus

Des artistes ?
Epinay, jeudi, 21 mai 2009 

 Djida la grand-mère du photographe Djamel Farès

Cahiers Parl'images 

      Ouaouf ! Ouaouf ! De ce qui se passe en ce moment dans le petit monde vraiment très petit de ceux qu’on appelle “ des artistes ” j’en suis chiennement sur le cul ! Faut vous dire que si j’n’en suis pas moi loin s’en faut heureusement… j’ai l’occasion depuis pas mal de piges de m’y frotter à ce petit monde très petit des artisses en marnant dans le milieu de l’édition donc de l’écriture donc des écrivains… 
      Bon sûr que c’est moi luisant mais pas moins reluisant que celui du show-biz comme univers mégaphore et clignotant sa lampe rouge ego ego ego ! à chaque fois qu’y en a un qui passe devant le tas énorme de prétendants.

      Ouais… c’est vrai qu’on peut s’attendre de la part de gens qu’on habitue à être considérés comme des êtres à part qui bénéficient de naissance de la grandeur du génie et qui alors et contrairement à pas mal de vrais créateurs eux qui ont crevé la dalle et la zermi de leur vivant tiens donc… et qui alors que je disais touchent ric‑rac ce qui leur est dû du fait qu’ils sont des sortes de… trésors vivants… ouaf !          
      Ouais c’est drôle… parce que dans le petit monde des artistes connus et qui palpent depuis des piges donc c’est encore une partie pas ordinaire de ces gaziers‑là qui font causer d’eux et par hasard probable ceux qui dans la hiérarchie artistique si j’peux permettre d’emprunter au grand langage sont les mieux placés… 

      La hiérarchie moi qui ne suis qu’une scribouilleuse chiennement pas connue Ouaouf ! Ouaouf ! ça m’a toujours fait suer et pire ça m’a toujours paru bon à jeter… Pas dire pourquoi mais une idée comme ça que ça nous pourrit la vie. Bon revenons à nos artisses… Donc ceux qui font du bazar pour l’heure ce sont ceux qui se pointent déjà sous les feux de la rampe et des projos à tous les coins de plateaux de cinéma de salles de spectacle géantes de scènes de théâtres nationaux pleins comme des œufs… Si on résume pour faire simple s’agit en gros des vedettes de variétés des acteurs de cinoche et du théâtre on l’a dit avant et c’est tout !

      Voilà pas que notre monde déjà petit des artistes il nous devient une fraction de lui‑même qu’est pour le coup vraiment très très petite hein ? Vous suivez ?… Et c’bout infime de notre société est d’autant plus en vue et en ouïe qu’il représente vraiment que quelques privilégiés du milieu de “ l’Art ” qui n’ont rien mais rien du tout à voir j’vous assure avec tout le reste de ceux qui triment dans la création dans tous les jobs possibles… opérateurs du son… éclairagistes… costumiers… intermittents du spectacle… photographes de plateau… Et encore je n’vous cause là que de la caste en question c’est‑à‑dire le monde du spectacle vous avez pigé et pas celui des peintres… sculpteurs… céramistes… verriers… écrivains… poètes… graphistes… dessinateurs de BD… architectes… et pis de tous les autres…

      Donc notre petit monde d’artisses admirables sous les projecteurs a fait jusqu’ici largement son beurre ‘tant donné qu’il se trouve hiérarchiquement dessus des larbins de l’affaire qui marnent autour et qui sont eux que des techniciens des figurants ou des seconds rôles et que ceux qui se manifestent bizarre beaucoup moins alors qu’ils ont quand même des prérogatives me semblerait… les réalisateurs par exemple ou bien les scénaristes bon…  Se trouve qu’on a tous banqué quand on pouvait des places de concert hors de prix et que mézigue qui vous parle j’y arrive où c’est que je voulais en venir… ne va jamais plus au théâtre depuis un bail faute d’artiche pour payer la place à 40 euros premier prix sauf quand ma copine Marie Virolle qui bosse dans le même job d’édition et d’écriture que moi m’invite comme dernièrement…


      On est allées voir la pièce de théâtre Les Coloniaux aux Amandiers de Nanterre écrite et jouée en partie par Aziz Chouaki qu’est un poteau aussi… c’était ma seule incursion théâtrale pour les années passées présentes et à venir… Ouaouf ! Ouaouf ! Maintenant s’il faut qu’on cause de la gratuité de l’Art et de pourquoi y en a des artisses qui bossent gratis ou presque et d’autres qui s’assoient sur des tas de douros qu’ils n’ont pas l’intention de lâcher même s’ils en ont déjà tellement qu’ils pourraient bien partager un peu… Ouais mais ça voudrait dire lâcher aussi leurs privilèges et voilà on y est les grands mots ou les grands maux !

      Et si vous avez un peu l’habitude de fouiner dans les Petites Chroniques de ma chienne de banlieue ou de ma chienne de vie… c’est pareil y a du chien en moi partout maintenant Ouaouf ! eh bien ! vous ne serez pas surpris que cette affaire de privilèges nous ramène d’un bond à celle qui m’occupe régulier des deux sortes de cultures : la culture produite par et pour ces messieurs dames qui font partie de l’élite des Artisses des Intellectuels avec la majuscule  et de tous ceux en général qu’ont les moyens et qu’appartiennent aux classes dominantes… et puis y a l’autre… la culture populaire dont vous savez que je vous cause souvent vu que c’est celle de tous les autres en vrac… les fauchés les autodidactes les marginaux de la création et du reste… les classes popu… la nôtre…

      Ouais… et bien malgré qu’on a aboli les privilèges un certain 4 août 1789 et définitivement supprimés en juillet 1793 quand la Convention vote leur abolition complète, sans indemnité, et le brûlement des titres féodaux… se trouve qu’on est dans un pays pourri de hiérarchies et de privilèges et que nous voilà bel et bien obligés d’y revenir à c’t’histoire des deux cultures qui ont jamais cessé de séparer les gens et que l’affaire dont on cause c’est encore ça me semble… Je n’vous ferai pas un cours là‑dessus mais si vous voulez lire un paplar formidable sur le sujet de la culture et de l’éducation populaire justement allez faire un tour dans le Monde Diplo de ce mois de mai. Vous y trouverez l’article de Franck Lepage intitulé “ De l’éducation populaire à la domestication par la ‘ culture ’ dont voici le chapeau :

      “ Il y a cinquante ans, le général de Gaulle présidait à la création du ministère des affaires culturelles. La naissance de cette institution a précipité le déclin d’un autre projet, à présent méconnu : l’éducation politique des jeunes adultes, conçue dans l’immédiat après-guerre comme un outil d’émancipation humaine. Pour ses initiateurs, culture devait rimer avec égalité et universalité. ” En très gros dans cet article vraiment passionnant on apprend que le projet qui a été ajourné définitif par la création du ministère des affaires culturelles devenu depuis le Ministère de la Culture était destiné à donner accès à une culture populaire et une éducation politique aux personnes issues de milieux modestes et celui qui avait été pressenti pour s’en charger était… Albert Camus… 


      Tout me monde sait que le ministre de la culture choisi par De Gaulle a été André Malraux et on connaît la suite quant à l’égalité de chacun devant ce qu’on peut appeler sans hésiter la culture des élites ou la culture dominante… Nous reste plus qu’à imaginer ce qu’aurait pu faire Camus s’il avait eu ce poste pour lequel évidemment il était tout désigné étant donné le milieu pauvre d’Alger où il est né et où il a grandi et les obstacles qu’il a dû affronter comme tout petit gamin de la population algérienne de l’époque afin de devenir l’écrivain qu’on connaît qui n’a jamais oublié les gens modestes qui ont accompagné son enfance comme on peut le découvrir dans le bouquin extra dont je vous ai déjà causé et qui est à lire absolument : Albert Camus et les libertaires ( 1948‑1960 ) écrits rassemblés par Lou Marin, Ed. Egrégores, 2008.

      Ouais… mais revenons‑en à nos moutons bien tranquilles installés sur leur trône depuis qu’ils sont dans le giron des élites culturelles et pas décidées à le quitter ni à perdre le pognon qui va avec et qu’ils nous taxent allègrement… Faut vous dire que mézigue qui vous cause je connais un peu ce dont il est question vu que le petit milieu des artisses je le fréquente depuis un bail et celui dont je peux vous affranchir c’est celui des écrivains des poètes enfin des gens du livre en général… Là c’est encore pire si c’est possible  et ça n’se passe pas sous les feux des projecteurs mais dans le secret des maisons d’édition et des librairies et pis aussi des Salons du Livre qui sont des lieux vraiment très peu fréquentés si on compare avec ceux du show‑biz et où le fric en jeu est bien moins énorme sauf quand ça concerne une dizaine de nababs qui se partagent à peu près tout l’artiche…

      Moi qui vous cause faut que vous sachiez que j’en suis pas d’aucune sorte de ces écrivains‑là bien que j’aie publié à peu près une douzaine de bouquins sans parler des centaines d’articles chroniques textes poèmes et récits divers en revues comme tout critique littéraire que je suis et scribouilleur que je suis aussi… J’n’en suis pas du tout pas de danger… Ouaouf ! Ouaouf ! et j’ai aucune envie d’en être de la façon dont ça se magouille actuellement. Ce qui fait que ce que j’vous raconte ici c’est pas par envie ou par dépit vu que mon statut “ d’artiste sans art ” expression très jolie que j’ai raptée à mon ami Louis le dessinateur de notre blog des Cahiers me convient radical sauf un léger détail : qu’il ne m’assure pas du tout de quoi même survivre et qu’il n’est reconnu nulle part et ça c’est un peu embêtant hein ?

      Mais je vous reviendrai sur le sujet à la fin de mon baratin car c’est pas ça qui nous intéresse d’abord… Pourtant faut que vous sachiez que c’est un peu ça qui me fait écrire cette petite bafouille car quand je lis que la culture ne peut pas être gratuite sous la plume d e prétendus “ artisses de gauche ” j’ai comme une magistrale et tartignole envie de rigoler qui me prend parc’que dans la géante quantité de gens qu’écrivent depuis des lustres que je connais ou pas on est presque tous pas payés pour le travail qu’on effectue… et pourtant encore… nos articles nos bouquins sont publiés… ils sont lus et ils sont étudiés dans les Facs… Et que la plupart d’entre nous ont un autre job pour bouffer. Quant à ceux comme moi qui en ont pas eh bien ! ils crèvent croyez‑moi… alors les CD à 20 euros et les DVD à 35 on se les met quelque part c’est sûr ! Ouaouf ! Ouaouf !…

 

A suivre… 

 

Sam 23 mai 2009 Aucun commentaire