Les cahiers des diables bleus

Bon voilà encore un bout un fragment de mes gribouillis et petites chroniques que je mets au point par le principe de l'écriture spirale de l'escargot ( ceux qui connaissent l'écrivain Jean Pélégri comprennent... ) sur ce que L.F.Céline a apporté dans l'écriture de quelqu'un comme mézigue tout cru sortie d'un milieu populaire et qui a rien d'intello ni d'écrivain pro et qui aboie frénétique Ouaouf ! Ouaouf ! C'est tout fouillis... c'est comme ça... ceux qui ont la passion de Céline apprécieront...

Le chien du monde suite...


      Le chien et moi on a pas cessé depuis notre vagabondage à Meudon d'essayer d'entrer en communication avec ce type trop incroyable qui soignait les pires lascars et qui en connaissait un bout sur l'âme des gens alors !... Ouaouf ! Ouaouf ! mort Céline en 1961 dans la grande fournaise du juillet qui démarre et pose son couvercle de marmite banlieue sur la Seine aux brumes d'herbes fraîches... Vous y croyez vous ? Eh bien nous autres pour sûr qu'on y croit pas une seconde et qu'à chaque fois on la sent sa présence là au creux du fouillis des plantes en sauvagerie des bords de Seine comme il aimait aller s'y frotter avec Agar le grand chien terrible !       
      Pas dire qu'on les voit en chair et en poils non... pour ça faudrait qu'on se pointe dans la Night d'automne quand les ciseaux des rives taillent au creux des tissus des brumes des fantômes légers qui dansent entre les silhouettes noires des saules et des plantes d'eau géantes...
      Mort Céline lui qui n'a fait que s'empoigner avec la chienne d'existence qui lui tenait si fort à l'âme et à la peau qu'il s'est battu brandissant les armes en papier du chevalier Don Quichotte pas qu'on le traîne au gibet et Lucette et Bébert itou tant qu'il a pu... Et même bien avant d'avoir entrepris de passer sa médecine et de boucler sa thèse sur le médecin accoucheur hongrois Semmelweis alors qu'il en revient juste de la grande tuerie déjà il s'intéressait à donner des tuyaux aux gens pas qu'ils soient dévorés crus par les maladies de la misère qui fréquente partout dans les milieux ouvriers. Oh ! c'était des choses simples... des conseils sur l'hygiène et des petites façons de se soigner comme on en a bien besoin dans les maisons des familles semblables à la mienne ainsi que le raconte Frédéric Vitoux dans son histoire de La vie de Céline, ( Ed. Gallimard, collection Folio 2004, p. 219 ) :
      " La paix pour lui ne changeait donc rien. La mort demeurait au programme, à l'horizon. Il fallait continuer d'engager contre elle une guerre de chaque instant. Appelons là la croisade contre la tuberculose, mettons. Il fallait s'épuiser à dresser une parole vigilante, consolatrice - comme autant de conseils inutiles au fond, inutiles autant qu'indispensables. Face à la mort donc, la dernière triomphatrice contre laquelle on n'en finit pas de lutter, avant de rendre les armes. "
      Non pas mort Céline pour sûr lui qu'acceptait pas jamais la mort des autres et qu'était la compassion même pour ceux qu'il soignait comme on le voit si on veut bien... je vous en ai déjà causé dans la petite chronique précédente... quand le môme Bébert le neveu de la bignolle de Ferdinand lui meurt doucement entre les pattes d'une fièvre typhoïde. " Sur sa face livide dansotait cet infini petit sourire d'affection pure que je n'ai jamais pu oublier. Une gaieté pour l'univers. " (Voyage au bout de la nuit Louis-Ferdinand Céline Ed. La Pléiade, 1981, p. 242 ) Pas plus ni moins mort qu'il est Ferdinand que sa complice Arletty qu'a comme lui la gouaille et la classe des gens des faubourgs... Ouaouf ! Ouaouf ! qu'il oublie jamais de citer dans ses lettres de Klarskovsgard au Danemark qu'il écrit à Pierre Monnier un de ses poteaux d'Armorique. Voilà comment il en cause Monnier... sûr que Ferdinand et elle ils étaient de la même trempe !
      " Elle est alors elle même aux prises avec les paparazzi et les journaleux de la presse à sensation. Mais, si quelque chose ne lui a jamais manqué, c'est la répartie, le quolibet comme elle dit elle même. Elle sait, très vite, et pour quelques secondes, abandonner cette aristocratie naturelle qui tient si bien les autres à distance et proclamer avec calme : ‘ Je ne trouve ces feuilles là qu'aux chiottes, et mon cul ne sait pas lire. " ( Ferdinand furieux, Pierre Monnier Avec 313 lettres de Louis Ferdinand Céline à Pierre Monnier, Ed. L'âge d'homme, 2009, p. 37 )

      Arletty aussi on aurait pu la croiser sa dégaine de grand oiseau nocturne au plumage luxueux blanc des chouettes effraies qu'on entend du côté de Meudon et des péniches du chemin de hallage les grosses bien ventrues bien épaisses avec leurs pontons d'amarrage aux couleurs pastel rouillées rose vif... bleu turquoise... vert pomme... leurs boîtes aux lettres branlantes pourries qui pendouillent à des poteaux où on a peint des noms tous plus croquignoles qui seraient sortis des films de Carné ou de Renoir qu'ça aurait pas d'étonnement... Ce qu'on en a fait du chemin là... nous autres à renifler les relents qui viennent direct des berges de la vase mélangée touillée avec les plantes d'eau leurs lacets bleuâtres qui grimpent gigotent aux pieds des pontons qu'on voit profond malgré les remous bruns terre et ocre et les bandes de canards bavardeux... ils ont la gouaille des faubourgs eux aussi... qui piétinent à fleur de flotte autour des barques en bois dont la peinture verte rouge cerise ou chocolat s'arrache des flancs pour dériver en reflets touillés à ceux de leurs énormes frangines...
      Sûr qu'elle les avait à la bonne pareillement les rives à cet endroit de la Seine qui se frotte sa pelure un peu rouquine contre les ruines béton gris de L'île Seguin Arletty et qu'elle y a bourlingué des fois au bas Meudon avec Céline évident avant qu'ils remontent direction la Route des Gardes... leurs deux formes noires silhouettes longues fantômes presque déjà d'un temps révolu... Les bords de la Seine à Meudon ça ne pouvait que l'enchanter même si ça n'a pas le côté heureux et insouciant que la bande des peintres impressionnistes ont donné pour toujours aux guinguettes des bords de Marne et leurs taches mauves roses blanches... elle qui avait posé pour Marie Laurencin et Van Dongen dans sa jeunesse... Et puis justement à cet endroit là Meudon vers Billancourt c'était encore du petit peuple et de la débine des prolos qu'on pouvait trouver... Enfin c'est ce qu'il en restait et Céline à son retour d'exil il n'a pas pu faire autrement que d'y aller attiré par cette population où il avait démarré y'avait une cinquantaine d'année de ça à Courbevoie pareillement... Arletty ça n'la gênait pas la langue de Céline... ses ricochets... ses balbutiements toujours à la limite extrême du retour à l'animalité... aux grognements et aux aboiements...

“ Une amie m’invite à prendre le café et me réserve une surprise. Dans un coin du salon, debout, un très bel homme aux yeux gris – Présentations : ‑ Céline. – Arletty. Ensemble : ‘ Courbevoie ’. Longue embrassade. Début d’une amitié que rien n’a pu troubler. ”  ( La Défense, Arletty, Ed. La Table ronde, 1971, pp. 140 et 141 )

A suivre...

Jeu 7 mai 2009 Aucun commentaire