Les cahiers des diables bleus

Enfants étoiles
Vendredi, 14 septembre 2006

 

Enfants un jardin d’étoiles sous vos pieds
Enfants vous allez dans l’herbe un peu mouillée
A peine elles venaient fraîches de tomber
Ça n’était plus la nuit presque pas le jour
Enfants sur des sentiers bleus de rosée
Jusqu’en haut de la colline il faut marcher
Marcher parmi d’étonnants soucis orange
Coquelicots chardons qui cardent léger
Des bouts de laine pour habiller le jour
D’un burnous soleil aux couleurs qui changent
Vous ne l’avez jamais vu regards piégés
Par les collines Froids colosses d’acier
Que braveront vos armures de papier
Griffent vos yeux des étoiles barbelées
Gardant une cité ancienne ruinée

Enfants sur la colline marcher marcher
Sur la colline d’or glissent vos souliers
C’est un jardin d’étoiles ensorcelées
Qui dans les ronces mauves se sont couchées
Un drôle de trésor s’endort sous vos pieds
Enfants vous déferez les longues épines
De vos mains qui se retiennent à l’été
Dans leur peau ses parfums seront bien gardés
Vos talons étoilent les parkings de blé
C’est l’hiver enfants enfants il faut marcher

Demain plus de fleurs d’herbe crue de sentier
Et de givre les étoiles des cahiers
Pages que sur le bitume vous semez
Criblent les boîtes de conserves rouillées
Nains les vieux arbres petits courbent l’échine
Comme les jardiniers très désenchantés
Que vous ne croisez pas jeunes chevaliers
N’aiment ni votre enfance ni les palmiers
Des oasis bleues poussant entre vos pieds
Ni leur rigoles étoilées de candeur
Des cités anciennes vous vous souvenez

Enfants encore plus haut il faut marcher
Toutes ces collines n’ont pas de sentier
Ne vous reste qu’à semer des capucines
Qui taggeront la ville triste blancheur
Et vos terrains vagues livides hantés
Quand vos bonnets pointus creusent par bonté
Bouffons enfants fiers aux grelots d’insensé
Des tunnels où les taupes boivent le ciel
Enfants nous enviions leurs pattes palmées
Jetant les étoiles de fer des chantiers
Du tas de bagnoles cassées Les collines
Tôle ondulée cuivre roux fil argenté
Même un autobus beau comme un arc-en-ciel
Vous montre le chemin des roses cachées
Etoiles ensablées y a des années

Enfants dessus la colline il faut marcher
Deux lourdes bennes se disputent l’entrée
Rouleaux de câble électrique entortillé
Mais ce sont des queues de comètes rebelles
Troupeaux d’étoiles de bougies Vont craquer
Des milliers d’allumettes Toujours la fête
Enfants vous monte à la tête pirouettes
Vos tendres incendies rusent les guerriers
La peau neuve de vos pieds les faits hurler

Enfants ivres vous dormez aimez rêvez
A côté de la cabane du chiffonnier
Où mijotent des feux de tissus Brasiers
D’Afrique et ses couleurs sur les tas d’ordures
Enfants enfants jusqu’au ciel il faut marcher
Jusqu’au ciel d’étoiles tout emperlousé
Et de poudre de lune tout maquillé
Sur sa peau nue zig-zag des ruisseaux d’or pur
C’est une femme bleue d’Afrique mouillée
Par la boue du fleuve qui l’a enfantée
Sur ses reins d’ivoire elle vous a portés
Dans son boubou nuages vous a serrés
Contre son dos indigo doux le voyage

Enfants enfants tant elle vous a aimés
Avec sa chair de feu vous a modelés
Un torse des jambes de tendres guerriers
Des mains ouvertes aux bracelets d’orage
Des doigts fins qui sont aux papillons légers
Comme les chardons aux vêtements volages
Du jour Un visage elle vous a donné
Au cœur profond du grand baobab taillé

Enfants enfants c’est une femme d’Afrique
Bleue Ses scarifications sur votre nez
Votre front vos joues vos paupières fermées
Ce sont les traces de la nuit étoilée
A peine elles viennent fraîches de tomber
Du pinceau d’un peintre prêt à tout larguer
Pour retrouver son corps vaste et s’y bercer
Au cœur d’une cité ancienne innomée

Enfants enfants tant elle vous a aimés
Son coffre rempli de couleurs magiques
Des peintres devenus fous de pauvreté
Au-dessus des collines de vos cités
Collines d’ordures où las vous marchez
Quand elle l’a enfants sur vous renversé
Le vent s’est couché dans l’herbe un peu mouillée
Enlil le dieu des vents bleus vous a bordés
Et vos lits terrain vague où le ciel d’été
Se reflète jardin aux soucis orange
Gardent enfants étoiles vos rêves étranges
D’une cité ancienne où vous n’êtes pas nés.

Ven 18 jui 2008 Aucun commentaire