Les cahiers des diables bleus
Comme une
fleur
Epinay, lundi, 12 mai
2008
Comme une fleur
Tombée d’un
citronnier elle est
Arrivée de Kabylie il y
a
Quarante ans sa tête est
couverte
De marguerites Au fond d’une
assiette
De henné ses cheveux
frisés
Jouent aux papillons il y
a
Deux scarabées indigo dans
Son front incrustés et
Dans son cou bijoux
Sa peau mie de pain plus jolie
Qu’une pierre de lune ouverte
Luit
la sueur des citrons aidant
Elle rit elle oublie qu’elle
est
Tombée ses yeux sont des
miettes
D’eau verte au mitant du
lit
Petite fille rusée
Elle a perdu ses dents de lait
Et rêve chaque jour de fête
A des gâteaux d’astres sous
Les
citronniers au pollen ardent
Comme une
fleur
Arrivée de Kabylie ses
joues
Sont des roses qu’on mange
avec
Le thé à la menthe il y
a
Quarante ans elle s’est
pointée
Les marguerites montent la garde
et
Il y a quarante ans
qu’elle
Regarde les mégots
faire
Lucioles aux cendriers du
soir
Qu’elle vide qu’elle effeuille cul
sec
Les pâquerettes des paillassons
et
Coupe les poils des balais
bruyères
Ou genêts
désenchantés
Par l’entreprise de nettoyage
ou
On lui a dit d’épeler son
nom
ZAHRA la
fleur en arabe elle
A bu au jasmin les
histoires
Petite fille ne parlait
qu’à
L’eau bavarde des
fontaines
Secrètes au jaune des
citrons
Pas d’école aux gamines
indigènes
Mais des loukoums blancs de lune
l’été
Comme une fleur
Tombée d’un citronnier il y a
Quarante ans qu’elle vit ici
Les
hirondelles crient dans les cages
D’escalier de l’agence
Havas
Où elle passe la
serpillière
Surgissant au 13ème
étage
Parmi les champs de
marguerites
Fous qui envahissent la
place
Quand les marchands d’horizon sont
partis
Avec les chaises de paille il y
a
Quarante ans qu’elle remet la
pendule
Pour les migrateurs à l’heure
d’hiver
C’est minuit le ciel fait
cirage
Bleu les hirondelles crèvent les
bulles
Des images et se tirent des
pages
De pub maisons bidons à
crédit
Dans l’ascenseur elle
interroge
Comme un chat les signaux de
fumée
Ferroviaires de la voie lactée
mais
Un carrosse l’attend c’est un
rite
Enfin elle est aux premières
loges
Après minuit fini le
ménage
Ses manches au jasmin doux
parfumé
Se sont frottées comme
jamais
Le long de la route on
entend
Les voix des vieux de son
enfance
Les roses débordent des
terrasses
Elle rit elle oublie le
temps
Tombé des citronniers elle
lance
A la lune le mot de
passe
Que comme avant tout
recommence
Saupoudré de pollen ardent le
bonheur
ZAHRA en arabe ça veut dire la fleur…