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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Samedi 4 juillet 2009

      Nous avons appris ce soir que la librairie Résistance ( voir le lien ) animée par Olivia Zemor a été saccagée hier vendredi par des personnes se réclamant de la ligue de défense juive... Les livres ont été couverts d'huile et les ordis cassés mais personne n'a été blessé... heureusement c'est l'essentiel...
      Nous sommes bien entendu solidaires de nos amis qui ont fait et font chaque jour de ce lieu un espace d'expression libre et passionnée en mettant leurs locaux à la disposition de celles et de ceux qui défendent la liberté d'expression et de création et le droit des Palestinien à vivre sur leur terre et à connaître ainsi que le désirent tous les peuples du monde la paix le bonheur et la dignité.
      Il est fort regrettable de constater les nombreuses dérives violentes qui se généralisent insidieusement dans ce pays et qui s'en prennent de plus en plus souvent à la liberté individuelle et commune de dire, d'écrire, de penser et d'exprimer ce que bon nous semble comme s'il fallait désormais demander l'autorisation à qui de droit de n'être pas d'accord...
     Or il se trouve justement que nous sommes en total désaccord avec bien des choses qui se font ici désormais et que nous continuerons à manifester par les paroles et les images notre droit à la résistance, notre refus de moutoner avec le plus grand nombre et notre désir d'un monde ouvert et généreux...
      Tout notre soutien à nos amis de la librairie Résistances et notre espoir que les enfants de Palestine aient enfin une terre où vivre en paix...

Des enfants de Gaza envoient un message au monde...

Mardi 30 juin 2009

 

Récit et photos : Ayman Quader


Ce texte peut être lu sur le site www.info-palestine.net

Depuis l’établissement des camps de réfugié palestiniens en 1949 au lendemain du conflit palestino-israélien, les réfugiés palestiniens ont profondément souffert et cette souffrance est d’une longueur extrême.

Le droit le plus élémentaire à la vie elle-même leur est refusé. Il faut rappeler que les camps de réfugiés ont été établis comme solution provisoire après que ces personnes se soient sauvées ou aient été expulsées de leurs maisons. Les conditions de vie du réfugié palestinien sont très misérables et il manque des éléments quotidiens et de base qui lui sont nécessaires pour un développement dans des conditions saines.

Les conditions de vie des Palestiniens réfugiés sont terriblement difficiles car ils vivent sous l’indice de pauvreté et luttent pour leur survie alors que leur nombre a considérablement augmenté. Les maisons des réfugiés sont si proches les unes des autres qu’il n’y a que des passages étroits pour circuler.

 

La famille d’Al Aqra’ est une famille orpheline de père et qui vit dans le camp de réfugiés de Dair Al Balah au centre de la bande de Gaza. La longue souffrance de cette famille parmi d’autres est représentative de toute la vie qui règne dans ces camps misérables. La situation de cette famille a empiré il y a quelques années au cours d’un siège de Gaza car ils ont perdu leur unique soutien de famille et n’ont depuis disposé d’aucun appui.

Ali Aqran, âgé 9 ans, parle de ses conditions vie comme d’un enterrement pour lui et sa famille. “ Nous avons vécu dans des conditions très difficiles. Et moi, un enfant de 9 ans, qu’ai-je fait de mal pour être traité aussi cruellement ? ” Le famille d’Ali se compose de 5 personnes, la mère comprise, qui luttent pour maintenir une vie décente pour ses enfants. Ils vivent dans une structure dont on ne peut dire qu’il s’agit d’une maison. La “ maison ” a été construite avec différents matériaux mais sans ciment.

La seule pièce couverte [en dur] a été totalement détruite lors de la récente guerre contre Gaza, lorsque cette pièce a été frappée par un missile au moment d’une des attaques. Cette pièce est devenue un endroit pour les chatons des enfants, inutilisable pour les humains. Le reste de la “ maison ” est fait de bois renforcé avec des feuilles d’amiante. Il fait insupportable chaud durant les mois d’été. La salle de séjour est peu aménagée avec quelques meubles de mauvaise qualité.

 

La plupart des familles qui ont perdu leur principal soutien ont aussi perdu tout support affectif. La responsabilité de soutenir la famille et les besoins de plus en plus importants, dans ces cas-là, reposent sur les épaules de la mère. Tout dépend principalement des associations caritatives et de l’aide de quelques autres.

Ali et ses deux autres frères dorment habituellement à l’extérieur, sous le ciel, pendant que le seul abri disponible est réservé à la mère et à la soeur. Il n’y a pas assez d’espace pour que tous dorment à l’intérieur et l’espace disponible leur est réservé à toutes deux.

J’ai interrogé Ali au sujet de ses expériences personnelles d’enfant pendant la récente guerre contre Gaza. “ Nous avons connu des conditions très critiques pendant la période de la guerre car nous n’avons plus eu aucun endroit sûr. ” Il a poursuivi : “ Regarde ! Regarde ! Regarde ! Il n’y a pas de toit qui pourrait nous protéger contre les tirs israéliens et comme nous vivons près de la mer nous avons été visés au hasard par les vaisseaux de guerre israéliens. ”

Ali a ensuite ajouté : “ Nous n’avons pas évacué notre maison pendant la durée de la guerre car les écoles de l’UNRWA qui servaient d’abris étaient loin d’ici, ainsi nous sommes restés les uns près des autres. Un jour le matin, des dizaines d’éclats d’obus ont directement frappé notre maison aussi bien que celles de nos voisins et ont gravement blessé mon ami Mohamed. ”

 

Quand j’ai demandé à Ali comment il passe habituellement son temps, il a pris une respiration profonde et répondu : “ J’ai du temps disponible pour jouer, mais je n’ai pas d’espace pour jouer. Comme nous sommes des enfants sans leur papa, j’essaye toujours d’aider ma mère à s’occuper des enfants plus petits et de notre maison. Je vais régulièrement à la mer qui est à côté et j’y passe du temps avec mes amis à jouer sur la plage et à marcher. Parfois, quand nous entendons un vaisseau de guerre israélien tirer sur les filets des pêcheurs, nous courons de nouveau à nos maisons ” raconte encore Ali.

“ Je voudrais que nous ayons du temps pour nous comme tous les autres enfants du même âge dans le monde. Je veux, comme enfant palestinien, avoir le droit de jouer et de m’amuser comme les enfants du reste du monde. J’espère que le conflit, la guerre, et la violence finiront et que les gens vivront dans une société paisible. La nature des gens c’est la liberté, la sécurité, et non pas les massacres, la haine, les attaques et la destruction. ”

 

D’autres photos peuvent être consultées à :

http://picasaweb.google.com

 

* Ayman T. Quader vit dans la bande de Gaza. Il peut être joint à ayman.quader@gmail.com

Adresse de son blog : http://peaceforgaza.blogspot.com

 

Du même auteur :

 

Après le petit garçon Feras, Yasser doit-il lui aussi attendre de mourir ? - 1° juin 2009

Le soldat israélien modèle est un tueur... mais aussi un voleur - 22 avril 2009

Attendant que le monde réponde ... - 31 mars 2009

Lorsque tout fait défaut - 22 mars 2009

Pluie noire sur Gaza - 14 mars 2009

 

25 juin 2009 - Communiqué par l’auteur

Traduction : Claude Zurbach

 

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Jeudi 25 juin 2009

Israël “ tabasse des enfants ”

Lundi 22 juin 2009

 

Jonathan Cook

 
Cet article est tiré du site www.info-palestine.net

      NAZARETH - Les droits des enfants palestiniens sont régulièrement violés par les forces de sécurité israéliennes, selon un nouveau rapport qui affirme que les passages à tabac et la torture sont routiniers.

      Les conclusions de l’association “ Defence for Children International ” ( DCI ) suivent de peu les révélations de soldats et de hauts responsables militaires israéliens selon lesquelles c’est une “ procédure normale ” en Cisjordanie afin de terroriser les civils palestiniens, notamment les enfants.

      Le Colonel Itai Virob, commandant la Brigade Kfir, a révélé le mois dernier que pour accomplir une mission, “ l’agressivité vis-à-vis de chacun des habitants du village est habituelle ”. Il ajoutait que les interrogatoires comprennent gifles, coups de poing et coups de pied.

      A la suite de quoi Gabi Ashkenazi, chef des services armés, a été forcé de comparaître devant le parlement israélien pour désavouer le comportement de ses soldats. Les tabassages seraient “ absolument interdits ”, a-t-il dit aux députés.

      Le Colonel Virob a formulé ses remarques au tribunal pendant un témoignage soutenant la défense de deux soldats, notamment son commandant adjoint, accusés d’avoir battu des Palestiniens dans le village de Kaddum près de Naplouse. L’un d’eux a déclaré à la cour que “ dans les FDI [ l’armée ], les soldats sont éduqués pour l’agression ”. Le Colonel Virob est venu confirmer son observation, disant que c’était une politique visant à “ troubler l’équilibre ” de la vie du village pendant les missions et que la grande majorité des agressions avaient lieu “ contre des personnes non impliquées ”.

      La semaine dernière, d’autres révélations sur de mauvais traitements à des Palestiniens, dont certains n’avaient que 14 ans, ont été diffusées à la télévision israélienne, montrant le matériel recueilli par des soldats dissidents faisant partie du projet “ Breaking the Silence ”, qui braque les projecteurs sur les brutalités de l’armée.

      Deux soldats servant dans le bataillon Haroub disent avoir été témoins de passages à tabac dans une école du village cisjordanien de Hares, au sud-est de Naplouse, lors d’une opération effectuée en mars pour faire cesser des jets de pierres. Beaucoup des personnes arrêtées n’étaient pas impliquées, disent les soldats.

      Au cours d’une opération de 12 heures entamée à 03 heures du matin, 150 détenus, les yeux bandés, ont été menottés dans le dos avec des liens en nylon tellement serrés que leurs mains sont devenues bleues. Les pires tabassages, disent les soldats, ont eu lieu dans les toilettes de l’école.

  
      Selon le témoignage d’un des soldats, un garçon de 15 ans environ a reçu “ une gifle qui l’a jeté au sol ”. Il ajoute que beaucoup de ses camarades “ donnent des coups de genou [ aux Palestiniens ] simplement parce qu’ils s’ennuient, parce qu’on est là pendant 10 heures sans rien à faire, alors on tabasse les gens ”.

      Le tableau brossé par les soldats en service confirme les conclusions de DCI, qui notait que beaucoup d’enfants étaient ramassés lors de ratissages généraux après des troubles ou lors de rafles nocturnes tardives de leurs maisons.

      Son rapport inclut un choix de témoignages d’enfants qu’il représentait en 2008, dans lesquels ceux-ci décrivent comment des soldats israéliens les battent ou comment des interrogateurs les torturent.

      Un garçon âgé de 10 ans, identifié comme Ezzat H, a décrit une perquisition de sa maison familiale à la recherche d’un fusil. Il dit qu’un soldat l’a giflé et battu à coups de poing pendant deux heures d’interrogatoire, avant qu’un autre soldat ne pointe une arme sur lui. “ Le canon de l’arme était à quelques centimètres de mon visage. J’étais tellement terrifié que je me suis mis à trembler. Il s’est moqué de moi ”.

      Un autre garçon, Shadi H, 15ans, dit que lui et son copain ont été forcés par des soldats de se déshabiller, dans une orangeraie près de Tulkarem, pendant que les soldats leur lançaient des pierres. Ensuite ils ont été battus à coups de crosse.

      Jameel K, âgé de 14 ans, décrit comment il a été emmené dans un camp militaire où il a été agressé après quoi on lui a passé une corde au cou en un simulacre d’exécution.

Yehuda Shaul, de “ Breaking the Silence ”, dit que des soldats traitent tout Palestinien de plus de 12 ou 13 ans comme un adulte.

      “ Pour la première fois un soldat de haut grade [ le col. Virob ] nous a rejoints en soulevant cette question - même si ce n’était pas son intention - que l’usage de la violence physique contre les Palestiniens ne relève pas de l’exception mais d’une politique. Il y a quelques années, aucun officier haut gradé n’aurait eu le culot de le dire ” ajoute-t-il.

      Le rapport de DCI souligne également l’usage systématique de la torture par les interrogateurs de l’armée et de la police secrète, le Shin Bet, pour essayer d’arracher des confessions aux enfants, souvent dans des affaires de jet de pierres. Islam M, 12 ans, dit qu’on l’a menacé de lui verser de l’eau bouillante sur le visage s’il n’avouait pas avoir lancé des pierres, avant de le jeter dans un buisson épineux. Un autre garçon, Abed S, 16 ans, dit qu’il a eu les mains et les pieds attachés au mur d’un local d’interrogatoire en forme de croix pendant toute une journée, avant d’être mis à l’isolement pendant 15 jours.

      Le mois dernier, le Comité des Nations Unie contre la Torture, un panel d’experts indépendants, a exprimé sa “ profonde inquiétude ” devant le traitement de mineurs palestiniens par Israël.

      Selon le rapport de DCI, quelque 700 enfants sont inculpés chaque année devant des tribunaux militaires israéliens, avec des enfants de plus de 12 ans interdits de contact avec un avocat en cours d’interrogatoire.

Il ajoute que les interrogateurs ont l’habitude de bander les yeux et de menotter des enfants détenus pendant les interrogatoires et d’utiliser des techniques incluant gifles et coups de pied, privation de sommeil, détention en isolement, menaces contre l’enfant et sa famille, l’enfant étant ligoté pendant de longues périodes.

 

      De telles pratiques ont été interdites par la Cour Suprême israélienne en 1999 mais des groupes israéliens en faveur des droits humains ont prouvé qu’elles sont toujours largement utilisées.

      Dans 95% des cas, les enfants sont inculpés sur la base de confessions signées écrites en hébreu, langue que peu d’entre eux comprennent.

      Une fois jugés, les enfants sont détenus, en violation du droit international, dans des prisons en Israël, où la plupart se voient interdire la visite de leur famille et où ils ne reçoivent que peu ou pas d’éducation.

“Yesh Din ”, un groupe israélien pour les droits de l’homme, rapportait en novembre dernier que les soldats se voient rarement infliger une mesure disciplinaire pour l’illégalité de leur conduite.

      Les données de l’armée de 2000 à fin 2007 ont révélé que la police militaire n’avait inculpé des soldats que dans 78 enquêtes sur 1.268. La plupart des soldats ont reçu des sentences minimes.

 

Jonathan Cook est écrivain et journaliste basé à Nazareth, Israël.

Ses derniers livres sont : Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East ( Pluto Press ) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair ( Zed Books ).

 

Son site : http://www.jkcook.net

 

Du même auteur :

 

Torture : les Nations unies exigent d’accéder à la prison secrète d’Israë

Des Palestiniens bénéficient d’une dégradation des relations turco-israéliennes

Bataille de l’électricité avec Israël pour une petite bédouine

Un parc israélien, leçon de l’histoire oubliée

Un Djihad de l’armée israélienne ?

 

Traduction de l’anglais : Marie Meert

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Samedi 20 juin 2009

                C'est drôle parce que bien avant toute l'histoire des jeunes de Tarnac je suis tombée sur le bouquin L'insurrection qui vient et il m'a bien causé alors je vous en ai fait un p'tit article sur notre blog des Cahiers sans me douter bien sûr de ce qui allait se passer par la suite... comme quoi quand on a le présent en ligne de mire on peut aussi être un peu visionnaire... Oh ! rien qu'un peu...
      Juste j'avais trouvé dans ce texte la même utopie passionnée et joyeuse que celle de nos années rebelles et j'avais eu envie de vous la faire partager car tout espoir de voir d'autres formes de résistances naître aujourd'hui vaut la peine...
      Donc je vous relaie avec le même bonheur et plus encore si possible cet article d'Yldune Lévy qui fait vraiment du bien quand on sait que les jeunes de ces temps de vieillerie absolue ont vraiment des tripes d'essaier ce qu'on a tenté nous autres y a trente piges de ça et déjà ça n'était pas de la tarte !
      Ouais un autre monde est possible plus généreux et plus fou... Et on est encore quelques-uns à y croire et à le vouloir très fort... Et vive la fête de l'amitié de l'amour de la jeunesse et de la poésie partagés !

      Vous trouverez cet article sur le site du Monde : www.lemonde.fr

Deux ou trois choses que j'avais à vous dire
, par Yildune Lévy

LE MONDE le samedi 20. juin 2009

 

C'est un homme, dans un bureau, comme tant d'autres hommes dans tant d'autres bureaux auxquels il ressemble sans ressembler à rien. Celui-là dispose d'un pouvoir spécial, certainement dû au fait que son bureau occupe le dernier étage d'une quelconque tour d'un palais de justice.

On dit qu'il instruit, qui ? quoi ? Il instruit. Il écroue. Il interroge. Il rend des ordonnances, de pâles ordonnances, où quelques articles de loi, une poignée de formules convenues et de considérations vagues se concluent par d'impénétrables mesures de contrôle judiciaire. Benjamin, certainement trop apprécié comme épicier à Tarnac, sera assigné à résidence chez sa mère en Normandie, où il n'a jamais vécu, à 30 ans. Manon et moi, qui partagions tout à Fleury, n'avons plus le droit de nous voir maintenant que nous sommes “ libres ”. Julien peut se mouvoir dans toute la couronne parisienne, non traverser Paris, au cas où lui viendrait la tentation de prendre d'assaut l'Hôtel de Ville, sans doute.

Tel ami qui le visitait au parloir de la Santé doit se garder de le croiser désormais, sous peine de réincarcération. L'homme au bureau construit un dédale de murs invisibles, un labyrinthe d'impossibilités factices où nous sommes censés nous perdre, et perdre la raison. Il y a un ordre dans cet écheveau d'absurdités, une politique de désorientation sous les accents neutres du judiciaire.

On nous libère en prétextant qu'il n'y a pas de “ risque de concertation frauduleuse ” pour ensuite nous interdire de nous voir et nous exiler ici ou là, loin de Tarnac. On autorise un mariage tout en en faisant savamment fuiter le lieu et la date. On fragnole (1), à coup sûr, mais pas seulement.

C'est par ses incohérences qu'un ordre révèle sa logique. Le but de cette procédure n'est pas de nous amener à la fin à un procès, mais, ici et maintenant, et pour le temps qu'il faudra, de tenir un certain nombre de vies sous contrôle. De pouvoir déployer contre nous, à tout instant, tous les moyens exorbitants de l'antiterrorisme pour nous détruire, chacun et tous ensemble, en nous séparant, en nous assignant, en starifiant l'un, en faisant parler l'autre, en tentant de pulvériser cette vie commune où gît toute puissance.

La procédure en cours ne produit qu'incidemment des actes judiciaires, elle autorise d'abord à briser des liens, des amitiés, à défaire, à piétiner, à supplicier non des corps, mais ce qui les fait tenir : l'ensemble des relations qui nous constituent, relations à des êtres chers, à un territoire, à une façon de vivre, d'oeuvrer, de chanter. C'est un massacre dans l'ordre de l'impalpable. Ce à quoi s'attaque la justice ne fera la “ une ” d'aucun journal télévisé : la douleur de la séparation engendre des cris, non des images. Avoir “ désorganisé le groupe ”, comme dit le juge, ou “ démantelé une structure anarcho-autonome clandestine ”, comme dit la sous-direction antiterroriste, c'est dans ces termes que se congratulent les tristes fonctionnaires de la répression, grises Pénélope qui défont le jour les entités qu'ils cauchemardent la nuit.

Poursuivis comme terroristes pour détention de fumigènes artisanaux au départ d'une manifestation, Ivan et Bruno ont préféré, après quatre mois de prison, la cavale à une existence sous contrôle judiciaire. Nous acculer à la clandestinité pour simplement pouvoir serrer dans nos bras ceux que nous aimons serait un effet non fortuit de la manoeuvre en cours.

Ladite “ affaire de Tarnac ”, l'actuelle chasse à l'autonome ne méritent pas que l'on s'y attarde, sinon comme machine de vision. On s'indigne, en règle générale, de ce que l'on ne veut pas voir. Mais ici pas plus qu'ailleurs il n'y a lieu de s'indigner. Car c'est la logique d'un monde qui s'y révèle. A cette lumière, l'état de séparation scrupuleuse qui règne de nos jours, où le voisin ignore le voisin, où le collègue se défie du collègue, où chacun est affairé à tromper l'autre, à s'en croire le vainqueur, où nous échappe tant l'origine de ce que nous mangeons, que la fonction des faussetés, dont les médias pourvoient la conversation du jour, n'est pas le résultat d'une obscure décadence, mais l'objet d'une police constante.

Elle éclaire jusqu'à la rage d'occupation policière dont le pouvoir submerge les quartiers populaires. On envoie les unités territoriales de quartier ( UTEQ ) quadriller les cités ; depuis le 11 novembre 2008, les gendarmes se répandent en contrôles incessants sur le plateau de Millevaches. On escompte qu'avec le temps la population finira par rejeter ces “ jeunes ” comme s'ils étaient la cause de ce désagrément. L'appareil d'Etat dans tous ses organes se dévoile peu à peu comme une monstrueuse formation de ressentiment, d'un ressentiment tantôt brutal, tantôt ultrasophistiqué, contre toute existence collective, contre cette vitalité populaire qui, de toutes parts, le déborde, lui échappe et dans quoi il ne cesse de voir une menace caractérisée, là où elle ne voit en lui qu'un obstacle absurde, et absurdement mauvais.

Mais que peut-elle, cette formation ? Inventer des “ associations de malfaiteurs ”, voter des “ lois anti-bandes ”, greffer des incriminations collectives sur un droit qui prétend ne connaître de responsabilité qu'individuelle. Que peut-elle ? Rien, ou si peu. Abîmer à la marge, en neutraliser quelques-uns, en effrayer quelques autres. Cette politique de séparation se retourne même, par un effet de surprise : pour un neutralisé, cent se politisent ; de nouveaux liens fleurissent là où l'on s'y attendait le moins ; en prison, dans les comités de soutien se rencontrent ceux qui n'auraient jamais dû ; quelque chose se lève là où devaient régner à jamais l'impuissance et la dépression. Troublant spectacle que de voir la mécanique répressive se déglinguer devant la résistance infinie que lui opposent l'amour et l'amitié. C'est une infirmité constitutive du pouvoir que d'ignorer la joie d'avoir des camarades. Comment un homme dans l'Etat pourrait-il comprendre qu'il n'y a rien de moins désirable, pour moi, que d'être la femme d'un chef ?

Face à l'état démantelé du présent, face à la politique étatique, je n'arrive à songer, dans les quartiers, dans les usines, dans les écoles, les hôpitaux ou les campagnes, qu'à une politique qui reparte des liens, les densifie, les peuple et nous mène hors du cercle clos où nos vies se consument. Certains se retrouveront à la fontaine des Innocents à Paris, ce dimanche 21 juin, à 15 heures. Toutes les occasions sont bonnes pour reprendre la rue, même la Fête de la musique.

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Mercredi 10 juin 2009

       
      En lisant cet article sur le site www.info-palestine.net j'ai vraiment eu une grande émotion et je vous le copie pour que vous découvriez si vous ne la connaissez pas cette femme extra qu'est Djamila Bouhired.
     Je savais sa participation à la lutte et aux combat pour l'Indépendance de l"Algérie et j'ai encore mieux découvert sa personnalité à travers le film de Barbet Schroeder sur Jacques Vergès : Jacques Vergès l'avocat de la terreur puisque c'est lui qui a défendu Djamila lors de son procès.
      Je me demandais pourquoi parmi mes amis algériens si peu se positionnaient clairement par rapport à la Palestine et ma tristesse et ma colère étaient grandes parfois de les voir silencieux eux qui avaient tant agi pour libérer leur pays de la colonisation...
      Voilà enfin quelqu'un dont on connaît l'histoire et qui ne peut agir qu'avec justesse car quand on a frôlé la mort de si près... on ne voit pas la vie de la même façon que la plupart des affairistes politicards...  
      Que Djamila Bouhired prenne sur son temps et sur sa vie pour combattre à nouveau avec celles et ceux dont les trois-quarts du monde se fichent pas mal depuis 61 ans c'est un vrai espoir pour nous et une façon de nous dire que nous ne sommes pas seuls... Nos amis algériens n'ont pas oublié Sétif le 8 mai 1945 et leur soutien aux Palestiniens en lutte pour leur liberté et leur dignité humaine est le plus fort message qu'on puisse donner au monde occidental pour qu'il se bouge enfin !...

Lettre ouverte à Obama

Mardi 9 juin 2009

Comité populaire algérien de soutien à la Palestine 

 

      Le Comité populaire algérien de soutien à la Palestine et à sa résistance a suivi avec attention le discours que vous avez prononcé le 4 juin à l’Université du Caire. Vous y avez abordé différentes questions sans pourtant aller jusqu’au fond des choses et sans vision d’ensemble prenant en compte toutes leurs dimensions.  

     Nous voudrions dans cette lettre rappeler certains faits qui peuvent aider à atteindre ce but.


      Premièrement, le monde musulman, auquel vous vous êtes adressé dans ce discours du 4 juin, représente certes une région vitale pour les intérêts américains. Les peuples de cette région le savent et le comprennent. Cependant, les Etats-Unis d’Amérique veulent préserver ces intérêts en les défendant au lieu d’une négociation honnête à leur sujet. La politique des Etats-Unis de défense de ses intérêts est ainsi basée sur l’utilisation de tous les moyens, dont la force militaire et l’occupation. Cela explique l’intense présence militaire américaine dans de nombreux pays de la région.

      Nous pensons qu’une telle politique est vouée à l’échec, quels que soient les changements de chefs militaires chargés de son application. Il n’existe pas de chef militaire américain qui puisse faire de cette politique une mission couronnée de succès. La voie suivie par les Etats-Unis pour défendre leurs intérêts est le nœud gordien des relations de l’Amérique avec le Monde arabe et islamique.

      Le respect que vous avez exprimé plus d’une fois à l’égard de l’Islam et du monde musulman est sans aucun doute sincère, mais il perd beaucoup de son sens dès qu’il se heurte à cette réalité.

      Deuxièmement, la violence, ou “ le terrorisme ” dans lequel l’Amérique range jusqu’à la résistance légitime à l’occupation, s’alimente essentiellement à deux sources :

       La politique américaine et occidentale de façon générale à l’égard des causes arabes et musulmanes ;

       la défection des gouvernements nationaux dont les peuples attendaient qu’ils s’élèvent contre cette politique erronée.

 

      Troisièmement, la politique occidentale a consisté à gérer la question palestinienne suivant deux lignes parallèles :

       L’une consistant à soutenir l’occupation sioniste ;

       l’autre à faire miroiter continuellement des projets de paix et de règlement dont les résultats ont été :

      de favoriser l’expansion continue de l’occupation sioniste et l’aggravation inquiétante de sa nature et de ses orientations ;

      de voiler l’occupation par une succession de projets de paix sans arrêt et sans résultats.

 

      Le moment est-il vraiment venu d’un règlement juste de la question palestinienne qui prendrait en considération les droits légitimes du peuple palestinien ?

 

      Quatrièmement, nous craignons que la solution proposée de deux Etats recèle, dans son essence, la même politique du deux poids, deux mesures et soit construite sur une tromperie sémantique : un Etat réellement existant, disposant de tous les attributs d’un Etat, armé jusqu’aux dents, appuyé par les Etats occidentaux, face à un Etat n’existant que sur papier, dont l’existence repose sur le bon vouloir de l’Etat occupant et qui serait soumis aux critères et aux concepts de celui-ci en matière de sécurité et de voisinage.

         Cinquièmement, les initiatives de paix appuyée par les Etats-Unis exigent des organisations palestiniennes de renoncer à la résistance avant même la fin de l’occupation qui est, en elle-même, une guerre chronique. Elles exigent aussi la reconnaissance par elles de l’Etat occupant alors qu’elles ne sont que des organisations que les Etats-Unis de plus qualifient de “ terroristes ”. Or, le droit international est formel : ce sont les Etats qui reconnaissent les Etats.

         Sixièmement, il est étrange de demander aux Etats arabes et musulmans de reconnaître Israël, alors que c’est un Etat dont on ne connaît ni les frontières ni la nature et qui de plus occupe les terres palestiniennes et celles d’autres Etats membres des Nations unies. Ne serait-il pas plus raisonnable et logique, dans le cadre de la solution de deux Etats, que soit d’abord établi l’Etat palestinien avec l’assentiment de son peuple, et qu’après la reconnaissance réciproque des deux Etats, vienne celle des pays arabes et musulmans ?

        Septièmement, le secteur de Ghaza représente, dans les circonstances actuelles, le visage dramatique de la question palestinienne. L’établissement de la sécurité et de la paix au Moyen-Orient nécessiterait-il le blocus de Ghaza, d’affamer et d’humilier ses habitants ? Est‑il concevable, à l’heure où prend fin Guantanamo en Amérique, qu’un autre Guantanamo soit créé aux dimensions de Ghaza et cela avec l’appui et la complicité même des Etats qui font annonce de la paix et y invitent ?

 

       Avec notre respect, Monsieur le Président, et nos souhaits d’une paix juste et véritable da ns notre région et le monde entier.

 

Pour le Comité : Djamila Bo uhired, Lakhdar Bouregaâ, commandant de l’ALN

 

8 juin 2009 - Comité populaire algérien de soutien à la Palestine - Vous pouvez consulter cet article à :


www.elwatan.com

A consulter absolument l'article concernant la prise de position de Djamila Bouhired au sujet de la situation palestinienne et Gaza aujourd'hui qu'elle expose dans son interviw par El Watan.

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Dimanche 7 juin 2009

        D'un délire l'autre...

       Y a quelques jours que cette histoire d'avion avec son drame médiatisé à fond en dissimulant un autre : la mort du petit Pablo un gamin Rom de sept ans dont la famille chassée de partout et de nos bonnes villes de banlieue en dépit de la loi qui les oblige à mettre à la disposition des gens du voyage un terrain approprié qui ne soit pas une décharge à ordures... la famille donc a atterri dans un entrepôt abandonné qui a pris feu et voilà... je vous disais qu'il y a quelques jours que je voulais écrire là-dessus et sur cette folie religieuso-délirante morbide dans laquelle la population de ce pays se roule depuis deux années en gros...

      J'ai fini parce que c'est ma façon à moi par écrire un poème pour Pablo que je voulais vous faire partager ce soir... Mais dans les pages du journal Le Monde j'ai trouvé ce texte que je pense essentiel de Danielle Sallenave et il m'a semblé qu'enfin une personne sensée et sensible avait écrit là quelque chose que beaucoup d'entre nous avaient envie de lire... Le voici donc et vous pourrez découvrir le poème pour Pablo demain...

" AF 447 : un hommage national déplacé

LE MONDE, 6 juin 2009

 

      L'extrême émotion que suscite légitimement l'accident du Rio de Janeiro-Paris ne doit pas nous interdire de réfléchir sur quelques-unes des manifestations auxquelles il vient de donner lieu. L'“ hommage ” public rendu le 3 juin aux 228 victimes, en présence du chef de l'Etat, sous forme d'une messe à Notre-Dame, nous permet en effet de mesurer à quel degré de confusion nos sociétés développées sont parvenues dans un domaine d'une grande importance pour la démocratie : la distinction de la sphère publique et de la sphère privée. Le relever n'est pas manquer de compassion envers les victimes et leurs familles, ou de considération pour leur deuil. Au contraire. Rappeler qu'une frontière doit séparer le public du privé, c'est rappeler tout à la fois la dignité de la sphère publique et celle de la sphère privée.

      Rendre hommage, c'est manifester à quelqu'un son respect, sa déférence, pour son mérite, son esprit de sacrifice, les qualités éminentes qu'il a montrées, par exemple, dans l'accomplissement d'une action en vue du bien public. Mais si douloureuses que soient les circonstances de leur mort, pour quelle action les victimes d'un accident de l'aviation civile mériteraient-elles cet “ hommage ” public de la nation, de l'Etat ?

      Quelque chose encore s'y ajoute, qui en fait un hommage au sens propre déplacé. C'est qu'il a été rendu au cours d'une cérémonie religieuse, célébrée à Notre-Dame, en présence du chef de l'Etat, entorse caractérisée à la laïcité. L'aurait-on une fois encore oublié ? La France est un Etat laïque, et son président, le président de tous les Français, quelle que soit leur confession.

Il ne peut donc assister à une cérémonie religieuse ès qualités - il ne peut y assister qu'à titre privé. On a cru répondre à une objection immédiate en signalant que l'impartialité des autorités avait été respectée, puisque, au même moment, des prières étaient dites dans la Grande Mosquée de Paris et dans une synagogue.

      Il est particulièrement choquant qu'on puisse considérer qu'un hommage égal est rendu à toutes les victimes parce que le dieu unique des monothéistes a été rituellement invoqué sous trois espèces ! Bel “ hommage ” en effet, aux athées, aux agnostiques et aux incroyants de tous bords !

 

LIBERTÉ DE CONSCIENCE

 

      On aurait donc le droit d'être athée, à condition de ne pas le dire trop haut, mais ce droit vous serait retiré au moment de la mort, où plus que jamais les convictions d'un vivant doivent être respectées ! La France ne se serait-elle pas dotée il y a plus d'un siècle d'un corps de lois proclamant une séparation des Eglises et de l'Etat, ajoutant à la neutralité de ce dernier le respect institutionnel de la liberté de conscience ?

      La séparation du public et du privé est le résultat historique d'une conquête, elle est un des fondements des démocraties modernes qui oblige chaque citoyen à ne pas confondre l'intérêt public et les intérêts privés. Introduire dans la sphère publique les formes strictement privées de la compassion, c'est confondre ces deux ordres, et ouvrir à toutes sortes de manipulations des esprits et des consciences. Et c'est encore les confondre que de soumettre la sphère privée à une parade institutionnelle qui retire aux victimes leur figure singulière et transforme leur tragédie en un spectacle collectif pour heure de grande écoute dans le plus profond mépris de leurs convictions intimes.

      En rendant un hommage public à ces malheureuses victimes, loin de s'associer au deuil de leurs familles, l'Etat retire en fait à celles-ci le droit de le manifester à leur façon. Un deuil, même lorsqu'il réunit des personnes en grand nombre, est une affaire privée. Chacun doit pouvoir chercher et trouver des ressources là où il lui convient, et comme il lui convient, dans ses croyances religieuses ou philosophiques, dans ses attachements familiaux, dans la solidarité de ses amis, de ses voisins...

     Le rôle spécifique de l'Etat ne doit pas être seulement de dépêcher a ux familles des “ cellules de soutien psychologique ” rituellement saluées par l'onction des médias, mais d'abord et surtout de veiller à l'application rigoureuse et rapide de leurs droits. Or, de l'aveu des associations de familles de victimes, c'est là bien souvent que l'Etat traîne et tarde.

     La sphère publique se dégrade, dès lors qu'elle est envahie par un sentimentalisme où les institutions et leur chef ne devraient pas se complaire, mais dont ils espèrent sans doute un bénéfice politique. Mais la sphère privée ne se dégrade pas moins, si à chacun de nous est retiré le droit au silence, à la dignité d'un deuil qu'il choisira de vivre à sa façon, et quand on plaque sur la vie singulière de chacun de ceux que le destin vient de faucher brutalement une image collective, médiatique, héroïque et mystifiée, qui ne leur rend en aucune façon justice. "

 




Danièle Sallenave est romancière et essayiste, auteur chez Gallimard de Castor de guerre ( 2008 ) et de Nous, on n'aime pas lire ( 160 p., 11,50 €  )

- Publié dans : Colères noires
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