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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Samedi 23 mai 2009

Des artistes ?
Epinay, jeudi, 21 mai 2009 

 Djida la grand-mère du photographe Djamel Farès

Cahiers Parl'images 

      Ouaouf ! Ouaouf ! De ce qui se passe en ce moment dans le petit monde vraiment très petit de ceux qu’on appelle “ des artistes ” j’en suis chiennement sur le cul ! Faut vous dire que si j’n’en suis pas moi loin s’en faut heureusement… j’ai l’occasion depuis pas mal de piges de m’y frotter à ce petit monde très petit des artisses en marnant dans le milieu de l’édition donc de l’écriture donc des écrivains… 
      Bon sûr que c’est moi luisant mais pas moins reluisant que celui du show-biz comme univers mégaphore et clignotant sa lampe rouge ego ego ego ! à chaque fois qu’y en a un qui passe devant le tas énorme de prétendants.

      Ouais… c’est vrai qu’on peut s’attendre de la part de gens qu’on habitue à être considérés comme des êtres à part qui bénéficient de naissance de la grandeur du génie et qui alors et contrairement à pas mal de vrais créateurs eux qui ont crevé la dalle et la zermi de leur vivant tiens donc… et qui alors que je disais touchent ric‑rac ce qui leur est dû du fait qu’ils sont des sortes de… trésors vivants… ouaf !          
      Ouais c’est drôle… parce que dans le petit monde des artistes connus et qui palpent depuis des piges donc c’est encore une partie pas ordinaire de ces gaziers‑là qui font causer d’eux et par hasard probable ceux qui dans la hiérarchie artistique si j’peux permettre d’emprunter au grand langage sont les mieux placés… 

      La hiérarchie moi qui ne suis qu’une scribouilleuse chiennement pas connue Ouaouf ! Ouaouf ! ça m’a toujours fait suer et pire ça m’a toujours paru bon à jeter… Pas dire pourquoi mais une idée comme ça que ça nous pourrit la vie. Bon revenons à nos artisses… Donc ceux qui font du bazar pour l’heure ce sont ceux qui se pointent déjà sous les feux de la rampe et des projos à tous les coins de plateaux de cinéma de salles de spectacle géantes de scènes de théâtres nationaux pleins comme des œufs… Si on résume pour faire simple s’agit en gros des vedettes de variétés des acteurs de cinoche et du théâtre on l’a dit avant et c’est tout !

      Voilà pas que notre monde déjà petit des artistes il nous devient une fraction de lui‑même qu’est pour le coup vraiment très très petite hein ? Vous suivez ?… Et c’bout infime de notre société est d’autant plus en vue et en ouïe qu’il représente vraiment que quelques privilégiés du milieu de “ l’Art ” qui n’ont rien mais rien du tout à voir j’vous assure avec tout le reste de ceux qui triment dans la création dans tous les jobs possibles… opérateurs du son… éclairagistes… costumiers… intermittents du spectacle… photographes de plateau… Et encore je n’vous cause là que de la caste en question c’est‑à‑dire le monde du spectacle vous avez pigé et pas celui des peintres… sculpteurs… céramistes… verriers… écrivains… poètes… graphistes… dessinateurs de BD… architectes… et pis de tous les autres…

      Donc notre petit monde d’artisses admirables sous les projecteurs a fait jusqu’ici largement son beurre ‘tant donné qu’il se trouve hiérarchiquement dessus des larbins de l’affaire qui marnent autour et qui sont eux que des techniciens des figurants ou des seconds rôles et que ceux qui se manifestent bizarre beaucoup moins alors qu’ils ont quand même des prérogatives me semblerait… les réalisateurs par exemple ou bien les scénaristes bon…  Se trouve qu’on a tous banqué quand on pouvait des places de concert hors de prix et que mézigue qui vous parle j’y arrive où c’est que je voulais en venir… ne va jamais plus au théâtre depuis un bail faute d’artiche pour payer la place à 40 euros premier prix sauf quand ma copine Marie Virolle qui bosse dans le même job d’édition et d’écriture que moi m’invite comme dernièrement…


      On est allées voir la pièce de théâtre Les Coloniaux aux Amandiers de Nanterre écrite et jouée en partie par Aziz Chouaki qu’est un poteau aussi… c’était ma seule incursion théâtrale pour les années passées présentes et à venir… Ouaouf ! Ouaouf ! Maintenant s’il faut qu’on cause de la gratuité de l’Art et de pourquoi y en a des artisses qui bossent gratis ou presque et d’autres qui s’assoient sur des tas de douros qu’ils n’ont pas l’intention de lâcher même s’ils en ont déjà tellement qu’ils pourraient bien partager un peu… Ouais mais ça voudrait dire lâcher aussi leurs privilèges et voilà on y est les grands mots ou les grands maux !

      Et si vous avez un peu l’habitude de fouiner dans les Petites Chroniques de ma chienne de banlieue ou de ma chienne de vie… c’est pareil y a du chien en moi partout maintenant Ouaouf ! eh bien ! vous ne serez pas surpris que cette affaire de privilèges nous ramène d’un bond à celle qui m’occupe régulier des deux sortes de cultures : la culture produite par et pour ces messieurs dames qui font partie de l’élite des Artisses des Intellectuels avec la majuscule  et de tous ceux en général qu’ont les moyens et qu’appartiennent aux classes dominantes… et puis y a l’autre… la culture populaire dont vous savez que je vous cause souvent vu que c’est celle de tous les autres en vrac… les fauchés les autodidactes les marginaux de la création et du reste… les classes popu… la nôtre…

      Ouais… et bien malgré qu’on a aboli les privilèges un certain 4 août 1789 et définitivement supprimés en juillet 1793 quand la Convention vote leur abolition complète, sans indemnité, et le brûlement des titres féodaux… se trouve qu’on est dans un pays pourri de hiérarchies et de privilèges et que nous voilà bel et bien obligés d’y revenir à c’t’histoire des deux cultures qui ont jamais cessé de séparer les gens et que l’affaire dont on cause c’est encore ça me semble… Je n’vous ferai pas un cours là‑dessus mais si vous voulez lire un paplar formidable sur le sujet de la culture et de l’éducation populaire justement allez faire un tour dans le Monde Diplo de ce mois de mai. Vous y trouverez l’article de Franck Lepage intitulé “ De l’éducation populaire à la domestication par la ‘ culture ’ dont voici le chapeau :

      “ Il y a cinquante ans, le général de Gaulle présidait à la création du ministère des affaires culturelles. La naissance de cette institution a précipité le déclin d’un autre projet, à présent méconnu : l’éducation politique des jeunes adultes, conçue dans l’immédiat après-guerre comme un outil d’émancipation humaine. Pour ses initiateurs, culture devait rimer avec égalité et universalité. ” En très gros dans cet article vraiment passionnant on apprend que le projet qui a été ajourné définitif par la création du ministère des affaires culturelles devenu depuis le Ministère de la Culture était destiné à donner accès à une culture populaire et une éducation politique aux personnes issues de milieux modestes et celui qui avait été pressenti pour s’en charger était… Albert Camus… 


      Tout me monde sait que le ministre de la culture choisi par De Gaulle a été André Malraux et on connaît la suite quant à l’égalité de chacun devant ce qu’on peut appeler sans hésiter la culture des élites ou la culture dominante… Nous reste plus qu’à imaginer ce qu’aurait pu faire Camus s’il avait eu ce poste pour lequel évidemment il était tout désigné étant donné le milieu pauvre d’Alger où il est né et où il a grandi et les obstacles qu’il a dû affronter comme tout petit gamin de la population algérienne de l’époque afin de devenir l’écrivain qu’on connaît qui n’a jamais oublié les gens modestes qui ont accompagné son enfance comme on peut le découvrir dans le bouquin extra dont je vous ai déjà causé et qui est à lire absolument : Albert Camus et les libertaires ( 1948‑1960 ) écrits rassemblés par Lou Marin, Ed. Egrégores, 2008.

      Ouais… mais revenons‑en à nos moutons bien tranquilles installés sur leur trône depuis qu’ils sont dans le giron des élites culturelles et pas décidées à le quitter ni à perdre le pognon qui va avec et qu’ils nous taxent allègrement… Faut vous dire que mézigue qui vous cause je connais un peu ce dont il est question vu que le petit milieu des artisses je le fréquente depuis un bail et celui dont je peux vous affranchir c’est celui des écrivains des poètes enfin des gens du livre en général… Là c’est encore pire si c’est possible  et ça n’se passe pas sous les feux des projecteurs mais dans le secret des maisons d’édition et des librairies et pis aussi des Salons du Livre qui sont des lieux vraiment très peu fréquentés si on compare avec ceux du show‑biz et où le fric en jeu est bien moins énorme sauf quand ça concerne une dizaine de nababs qui se partagent à peu près tout l’artiche…

      Moi qui vous cause faut que vous sachiez que j’en suis pas d’aucune sorte de ces écrivains‑là bien que j’aie publié à peu près une douzaine de bouquins sans parler des centaines d’articles chroniques textes poèmes et récits divers en revues comme tout critique littéraire que je suis et scribouilleur que je suis aussi… J’n’en suis pas du tout pas de danger… Ouaouf ! Ouaouf ! et j’ai aucune envie d’en être de la façon dont ça se magouille actuellement. Ce qui fait que ce que j’vous raconte ici c’est pas par envie ou par dépit vu que mon statut “ d’artiste sans art ” expression très jolie que j’ai raptée à mon ami Louis le dessinateur de notre blog des Cahiers me convient radical sauf un léger détail : qu’il ne m’assure pas du tout de quoi même survivre et qu’il n’est reconnu nulle part et ça c’est un peu embêtant hein ?

      Mais je vous reviendrai sur le sujet à la fin de mon baratin car c’est pas ça qui nous intéresse d’abord… Pourtant faut que vous sachiez que c’est un peu ça qui me fait écrire cette petite bafouille car quand je lis que la culture ne peut pas être gratuite sous la plume d e prétendus “ artisses de gauche ” j’ai comme une magistrale et tartignole envie de rigoler qui me prend parc’que dans la géante quantité de gens qu’écrivent depuis des lustres que je connais ou pas on est presque tous pas payés pour le travail qu’on effectue… et pourtant encore… nos articles nos bouquins sont publiés… ils sont lus et ils sont étudiés dans les Facs… Et que la plupart d’entre nous ont un autre job pour bouffer. Quant à ceux comme moi qui en ont pas eh bien ! ils crèvent croyez‑moi… alors les CD à 20 euros et les DVD à 35 on se les met quelque part c’est sûr ! Ouaouf ! Ouaouf !…

 

A suivre… 

 

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Mercredi 4 février 2009

      D’ordinaire j’aime pas parler de choses persos quand j’écris des poèmes et quand j’emploie le “ je ” c’est pour que ceux qui lisent puissent entrer dans les mots plus facilement… mais là s’agit comme je fais parfois de donner la parole à mon grand-père aux yeux bleus à qui je dois probable mon envie d’écrire…
      Il a jamais rien écrit lui et je n’suis pas sûre qu’il aimerait mes histoires mais ce sont les gros livres aux dos rouges carton de son armoire très haut que je le regardais aller chercher pour me les lire quand la nuit nous tombait dessus à côté de la cuisinière à bois en fonte qui ronchonnait gentil auxquels je songe à chaque fois que je commence à écrire quelques mots…
       Il a jamais rien écrit mais il savait le goût léger acide et réglisse de la vie… me l’a refilé avec les glaïeuls rouges les oiseaux du ciel la lumière crépuscule qui se tire de l’autre côté le cri des hiboux aux géants quinquets dorés… A tous ceux des miens et tant d’autres ouvriers paysans artisans gens du labeur que la cruauté des heures obscures du jour ont enfoncé dans le silence je dis que c’est pour vous que j’écris et pour vous je continuerai…  




Le tant aimer

Mardi, 30 mars 2004

A Célestin mon grand-père aux yeux bleus

  

J’ai aimé le feu que tu m’as donné 

J’ai aimé l’arbre et sa forêt

J’ai aimé un matin neuf sans peur et sans honte

J’ai aimé un à un chaque matin du monde

J’ai aimé l’instant mouillé où tout se tait

J’ai aimé ton regard heureux posé sur moi

Frais comme une guirlande de petites lunes

J’ai aimé guetter l’heure de la veillée

Pendant que les vieilles femmes filaient des contes

Et démêlaient les écheveaux de nos émois

Toi et moi nous désirions caresser le monde

Comme un arbre le ciel avec ses doigts

 

J’ai aimé les mots que tu m’as donnés

J’ai aimé l’arbre et son secret

J’ai aimé sous nos pieds sentir danser la dune

J’ai aimé son ventre couvert d’étincelles

Que nous n’avions pas peur d’éteindre en marchant

J’ai aimé le désert son silence son cri

Pendant que les outres vidées sur les margelles

De nos puits rêveurs buvaient le vent

Les couleurs des fruits que tu as apportés

Mieux qu’un grand festin m’ont ravie

J’ai aimé cet instant où tout était

J’ai aimé entre nous les portes du monde

J’ai aimé leur lourd montant de bois s’ouvrant

Le seuil que nous franchissions si léger

 

J’ai aimé les cailloux que tu m’as donnés

J’ai aimé l’arbre que tu aimais

J’ai aimé la forêt d’anciens livres posés

Comme de vieilles mains sur les tables claires

De ton atelier J’ai aimé les pages

Des lettres de cet écrivain volage

Qu’avec des gestes tendres tu recollais

Pendant que les gens de bien  brûlaient ses livres

J’ai aimé ta présence comme une clairière

Où un instant se serait arrêté le monde

La forêt le désert le temps une seconde

Tout ce que j’ai aimé ne vieillira jamais.

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Mardi 2 décembre 2008

Dialogue avec Halina Menaï
Halina Menaï est une jeune fille peintre qui vit en banlieue à Cergy et que j'ai eu l'occasion de rencontrer il y a quelques années. Son parcours déjà passionnant a donné ce dialogue que je partage avec vous en souhaitant que depuis elle ait réalisé bien d'autres création... 

 

      Halina, tout d’abord ce qui m’a frappée en regardant ta peinture, c’est qu’elle s’inscrit dans un passé, dans une histoire liée à l’Afrique et d’une certaine façon à la “ négritude ”. Toi tu es originaire d’Algérie et tu vis à Cergy. Peux-tu nous raconter comment et d’où t’es venue cette relation à l’Afrique et comment elle s’exprime par la peinture ?

 

Halina Menaï : Ma relation à l’Afrique c’est difficile à expliquer. Ce n’est pas un choix, une décision volontaire ou plutôt consciente… C’est une sorte de “ sym-pathie ”, de lien inconscient que j’ai découvert en moi. Quand je peins des visages je m’inspire la plupart du temps de photos, de personnages qui sont en fait des personnes réelles, qui existent sûrement encore et qui transportent en eux tous leurs bagages… ils viennent tous de quelque part et vont tous quelque part… et cette histoire peut transparaître par la magie de l’expressivité du corps, une expressivité qui dépasse le langage.
Quand je parcours ces photos certaines me touchent particulièrement, m’arrêtent, c’est peut-être une sorte de compréhension ou de compassion particulière. Et ce lien indéfinissable agit souvent face à des visages africains. Je ne peux pas l’expliquer plus que ça…

      Tu es très jeune mais peux-tu nous parler de l’évolution de ta création et plus en plus précisément d’où on est partie peut-être sans le savoir, et vers où tu aimerais aller ?

H.M. : C’est vrai qu’il se produit une évolution artistique et pour moi c’est un véritable épanouissement personnel. Je m’explique : cette évolution qui m’a fait dépasser le figuratif vers de plus en plus d’expressivité m’a aussi rendue plus consciente du sens de ce que je fais. En accumulant les créations, on y voit des thèmes récurrents, des associations qui finissent par nous révéler des liens avec notre propre parcours. Plus je comprends ma création, plus je me comprends et me connais, et plus je crée en moi une harmonie et ainsi trouve la paix…

      A plusieurs reprises tu mêles l’image d’un visage au graphisme très moderne, esquissé en transparence en lavis bruns ou bleus et l’écriture. Des fragments de papier ajoutés, du carton, des tissus et toutes sortes de matières vivantes dans l’emploi que tu en fais. Comment t’est venue l’idée de ces collages, de ces mélanges d’éléments divers et proches en même temps ?

H.M. :
Quand je peins, ça n’est pas prémédité. C’est une émotion forte que je transcris par la peinture. Une émotion forte dans ma vie personnelle, ou une émotion forte par la vue d’une image qui me touche et qui doit faire appel inconsciemment à mes propres émotions, à mon ressenti mémoriel.
Alors je passe dans un état particulier où je dois peindre tout de suite. Je laisse aller mon instinct et utilise tout ce qui m’entoure pour créer. La toile est pour moi l’expression de la vie, et si elle est pleine d’éléments divers c’est parce que pour moi la vie est comme ça et que c’est ça qui la rend si belle.

      La plupart des personnages que tu représentes sont Blacks comme on dit aujourd’hui. Te sens‑tu proche de celles et de ceux qui ont connu l’esclavage, le mépris, le fractionnement de leur corps et l’anéantissement de leur âme ?

H.M. : Déjà je ne me ressens pas comme ayant une couleur qui fasse mon identité, ni d’ailleurs une nationalité, ni même une terre. Et même si tout cela (mes origines…) fait partie de mon histoire donc de mon identité, je ne suis pas cela.
Je ne me sens sincèrement, aucune appartenance culturelle même si mon mode de vie doit bien être imprégné d’habitudes culturelles… Ça  vient de mon parcours marqué aussi par une sorte d’exode et de cassure culturelle entre deux parents de cultures différentes mais qui les opposaient au lieu de les laisser se rencontrer.

Donc je me suis construite moi, un peu hors culture,… mais toujours en recherche de culture. Peut-être que je retrouve dans cette culture africaine multiple un parcours qui me ressemble : fait de contrastes entre les souffrances et déchirements vécus et la vie pleine et débordante que certains réussissent à retrouver en donnant par là de l’espoir aux autres. Et j’espère que malgré la violence et la souffrance que retracent mes peintures, la vie qui s’y trouve et résiste malgré tout rend l’espoir.

      Aucune de tes peintures ne porte de titre et tu ne les signes pas non plus. Tu as écrit sur plusieurs toiles : “ Je ne signe pas les œuvres qui parlent de ma vie ” Pourquoi ?

H.M. : Peindre c’est jeter son émotion sur la toile. Jeter une émotion qu’on ne peut pas décrire avec les mots… plus tard peut-être on retrouve la possibilité de parole… Ecrire c’est évoquer ce qu’on sait et qu’on ne peut dire. Ecrire sur la toile c’est donner à voir ce qu’on tait, laisser une place à l’intuition et au ressenti pour le déchiffrage, chercher la compréhen sion de soi par les autres tout en en ayant peur. Je ne lirai pas ce que j’ai écrit, mais pourtant j’accepte et même presque je désire qu’on puisse le lire.

Je laisse le hasard de l’encre décider de la lisibilité et du degré d’ouverture sur mes propres secrets. Mais je suis persuadée que sans même lire, juste en déchiffrant des mots par ci par là, quelque chose passe et qu’en écrivant ainsi sur les toiles, j’ouvre des possibilités, plus que l’expressivité du visuel, je laisse comme des indices.

“ Je ne signe pas les œuvres qui parlent de ma vie ” peut-être parce que mon nom est moins moi que ma toile.
A suivre...

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Mardi 13 mai 2008

Mangeurs de terre
                              Sylvain

A Sylvain

Epinay, jeudi, 8 mai 2008

Je rêve que je n’ai pas d’autre famille
Qu’un très vieil ouvrier aux filatures
Du Nord c’était le temps de la Commune
Il s’appelait Sylvain c’était un homme bon
Il avait vingt ans et pas appris à lire
La campagne est charbon là où il est né
La maison a une treille un petit jardin
Son père trime au service d’un grand Monsieur
Un grand seigneur des terres On a la vie dure
A l’usine le travail c’est comme les billes
Qu’il garde précieuses quand il en a
Mais pas souvent si c’est bonne fortune
Si c’est mauvaise on fait leur fête aux lapins
Quand les grands chassent à courre ça a du bon
Dans la petite maison des champs soupire
La marmite Sylvain serait tout étonné
D’apprendre que Vincent qui n’est pas un Monsieur
A peint comme un labour sur une toile brune
Des pommes de terre lui quand il en a
Précieuses il les mange avec les épluchures
                        Portrait après la chasse

Je rêve que je n’ai pas d’autre famille
Qu’un très vieil homme assis son chien son fusil
Sous la treille devant la maison le soir
Attend que la campagne charbon crépite
De lampes aux verres luisants comme les yeux
Des hiboux A l’usine il est mécanicien
C’est l’hiver pas de travail on débauche dur
Lui il préférait le jardin les chemins
De givre ou de bruyère il connaît le pays
Avec ses pieds avec ses mains comme les billes
De plomb il a appris à compter faut voir
Pas un qui lui raflait c’était ses pépites
Sombres Il fait froid le jardin donne peu
Bientôt plus que des pommes de terre c’est sûr
Mais le grand Monsieur généreux qui chasse à courre
Sur son domaine les prend comme rabatteurs
Lui il n’aime pas tuer les bêtes pour rien
Eux ils ont le droit de tirer les lapins pour
Remplir la marmite grâce au seigneur
Des terres Il sent bien qu’il y a forfaiture
                                                 Mains d'ouvrier paysan

Je rêve que je n’ai pas d’autre famille
Que Sylvain son chien les hérissons du jardin
Sous la treille de la petite maison
L’été il boit un verre de vin le dimanche
Le chien à ses pieds en quête d’aventure
Il fait doux sur la photo sépia il pose
Solitaire sans savoir que c’est pour moi
Cent ans après la Commune on se rencontre
Je sais qu’il regardait les livres d’images
Peut-être qu’il a appris à lire enfin
Sa culture c’étaient les oiseaux les saisons
Les fruits les arbres les fleurs et les ruches blanches
L’âme profonde des sources et de la terre
Il ne possédait rien mais il était leur roi
Dans ses mains d’ouvrier paysan les roses
Ont la couleur du sang rouge et noir l’un contre
L’autre sur ma palette qui mirage
La campagne charbon là où il est né
Serait-il étonné que je l’imagine
Rebelle et fraternel et que je sois fière
De l’idéal humain qu’il m’a donné
Que mon labour de la peinture à l’écriture
Nourrisse le jardin et la treille mutine.
                    Sylvain dans les années 1870-80

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Mardi 29 avril 2008
                                         Rêveries...
      A la suite de l'entretien que j'ai eu avec elle à partir de son livre Les rêveries de la femme sauvage Hélène Cixous m'avait invitée à parler de ce recueil devant ses élèves à la Fac de Saint-Denis... J'ai gardé un souvenir très fort de cet échange avec une femme hors du commun... et avec les étudiantes et les étudiants tout aussi passionnés qu'elle... Voici la lettre qu'elle m'a envoyée après ces moments de travail partagé intense et vrai...
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