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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Image de Dominique par Louis

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Banlieues

Mercredi 10 novembre 2010 3 10 /11 /Nov /2010 23:09

          Celles et ceux qui connaissent notre blog des Cahiers seront sans doute aussi passionnés que mézigue par cet article qui nous affranchit quant à la réalité de la façon dont s'est mise en place ce qu'on a appelé la banlieue ou plutôt " la zone " avec toute la tendresse qu'on porte nous autres à ce mot-là... Moi qui écris sur le sujet depuis un bail j'y ai trouvé des références à la fois socio et littéraires à mes sensations et à mes souvenirs les plus vifs là où je n'avais pas toujours ni les dates ni les lieux exacts pour retrouver les pistes inscrites tout au coeur de mon enfance de banlieue... N'hésitez pas à aller faire un tour sur le site où je l'ai pioché à votre intention... c'est béton !

Tangui Perron ( Périphérie, centre de production documentaire ) et Benoît Pouvreau ( Bureau du patrimoine, DCJS, Conseil général de la Seine-Saint-Denis )
http://www.peripherie.asso.fr 6-Famille-Perrin-1941.jpg 1941 à Drancy

Bidonvilles en Seine-Saint-Denis, images et représentations

Article de Tangui Perron et Benoit Pouvreau

            Si les bidonvilles ont une histoire, quasiment sans trace dans le paysage urbain, ce terme si explicite a également un passé riche d’enseignements sur la perception du phénomène et ses traitements politiques. Né en “ Afrique du Nord ” dans un contexte colonial où se mêlaient déséquilibre et explosion démographiques, exode vers les villes, croissance urbaine anarchique et injustices sociales, le terme de bidonville fut importé vers la métropole du temps des guerres coloniales ( principalement la guerre d’Algérie ) et il triompha lors de la dernière décade des “ Trente glorieuses ”, alors que l’immigration vers la France était encore massive et organisée. ( … )

 Zone, taudis et bidonvilles ( 1940-1954 ) 

De l’usage des mots

 En Afrique du Nord, le mot “ bidonville ” apparaît dès la fin des années trente et se diffuse au cours des années quarante. Une première occurrence peut être relevée dans un film du PCF, Maurice Thorez en Algérie ( 1939 ) : le vocabulaire politique s’empare alors d’une réalité émergeante pour mieux la stigmatiser. Certains architectes et urbanistes entament une réflexion sur le sujet. Dans les faits, la lutte contre les bidonvilles algériens se limitera à l’éradication brutale et inefficace, sans contrepartie de “ recasement des indigènes ”.

Le mot de “ bidonville ” met plus de temps à s’imposer en métropole, car il est associé à la situation nord-africaine et ne peut, de ce fait, se confondre avec le mal-logement ouvrier, une constante, notamment dans le nord-est parisien, depuis le XIXème siècle. Nombre de baraques et logements précaires se situent encore au sein de la “ zone ”, espace non‑ædificandi séparant Paris de la banlieue, jouxtant “ les fortifs ”. La zone est alors fréquentée par un sous-prolétariat ou un prolétariat pauvre, majoritairement parisien.

Cependant, outre cette population, l’habitat précaire en banlieue concerne aussi et déjà les travailleurs étrangers. Dès le début du XXème siècle des Espagnols commencent à s’installer au Cornillon à Saint-Denis, à la limite d’Aubervilliers, une ville où existe déjà, près de Pantin cette fois, une “ petite Prusse ” constituée d’Alsaciens-Lorrains. A Saint-Ouen, au Blanc-Mesnil ou à Drancy naissent des quartiers espagnols baptisés quartier “ nègre ”, “ chave ” ou “ chinois ”.  La terminologie employée comme la réalité de l’habitat pouvait ainsi préparer une partie de l’opinion à envisager cette réalité sociale et urbaine sous le registre d’une double exclusion.

Des Italiens, des Polonais, des Portugais sont également présents dans la banlieue du nord-est parisien mais ne créent pas des quartiers avec une identité aussi marquée. De même, les Nord-Africains, essentiellement des Kabyles vivant et travaillant à Saint-Ouen, Saint‑Denis et Aubervilliers, souvent célibataires, se logent dans les hôtels meublés. Pour toutes ces populations de travailleurs immigrés, y compris les Français musulmans d’Algérie, la zone constitue également un abri plus ou moins durable accueillant aussi les Tsiganes ou Roms venus du sud-est de l’Europe. Il y a donc, en banlieue nord-est, juxtapositions de populations diverses et d’habitats pauvres, de longue date, avant que les évolutions démographiques et urbaines, ainsi qu’une certaine médiatisation opérant dans un contexte politique précis, n’imposent le terme de “ bidonville ”. ban.jpg

Aubervilliers, images du peuple

           Jusque dans les années 1945, le paysage du logement précaire en banlieue est donc peu modifié, “ les ruines de la guerre ne faisant que s’ajouter aux simples ruines de la misère ”, pour paraphraser le commentaire de Jacques Prévert dans Aubervilliers d’Eli Lotar qui par deux fois, en début et en fin de film, insiste sur cette banale continuité.

Ainsi, après les destructions causées par le bombardement du 2 août 1944, les baraques du Franc-Moisin situées au bord du canal à Saint-Denis, sont “ reconstruites ” les dimanches et jours de fêtes. Certes la loi du 11 octobre 1940 apermis au gouvernement de Vichy de chasser les habitants de la zone repoussés plus loin. En ce début d’après-guerre, la réalité du mal-logement est dénommée par le vocabulaire populaire ( zone, taudis, baraques… voir “ village nègre ” ) ou administratif ( habitat insalubre ou défectueux ), et par des  images qui contribuent à ancrer un type de représentation.

 Quand Henri-Cartier Bresson photographie à Aubervilliers, en 1932, un enfant largement “ casquetté ” adossé à des planches, sur fond de baraques en bois ( avec rideaux ), il n’efface pas toute trace de pittoresque, nous renvoyant ainsi des références extérieures ( Poulbot triste ou mauvais garçon ou encore The Kid ( 1921 ) de Charlie Chaplin ). C’est que la zone et les taudis ont leurs images et leur imagerie.

En 1928, dans un documentaire consacré à La zone, Georges Lacombe mêle ainsi description documentaire, presque didactique, et recherche du pittoresque. Dans un décor de baraques en ruine et de paysage industriel ( avec des lambeaux de campagne ), se presse un peuple de travailleurs, des chiffonniers, de badauds et de personnages “ typiques ” ( gitane amoureuse et portrait en pied de La Gouluedéchue ). Le réalisateur allemand réfugié en France, Victor Trivas, avec Dans les rues ( 1933 ) recrée l’ambiance de la zone lieu de rédemption pour son héros un moment fourvoyé, espace d’une liberté nouvelle.Zone.jpg

Au sein du réalisme poétique comme de la photographie humaniste on retrouve ce même amour du “ petit peuple ”, dominé par les habitants des quartiers populaires parisiens, avec leurs cours, escaliers et bistrots. Né en 1910 à Paris, Willy Ronis ne franchit le boulevard de Belleville qu’en 1947 et les images des enfants d’Aubervilliers qu’il capte en 1950 se mêlent joyeusement à celles des petits parisiens des classes populaires. De même, si Robert Doisneau prend quelques clichés de Saint-Denis en 1944, c’est plusieurs décennies plus tard qu’il ausculte la topographie nouvelle de la banlieue.

L’environnement et l’univers des gitans  est également difficilement abordable en dehors de tout un système de représentations déjà fixées. Ainsi, les images des gitans du bidonville de Montreuil réalisées par Henri Cartier-Bresson en 1952-1953 ne semblent pas pouvoir dépasser complètement certains stéréotypes. “ Poésie de la zone ”, “ images du petit peuple éternel ” et folklore tsigane ont beaucoup dominé les représentations du mal-logement ouvrier en région parisienne, ce qui a longtemps empêché de révéler l’ampleur des misères réelles ainsi que leurs évolutions.

 En regard, le film d’Eli Lotar et Jacques Prévert, Aubervilliers ( 1946, 34 min ), apparaît bien comme une rupture dans l’histoire des représentations du logement précaire. En fait, ce court-métrage s’inscrit dans la tradition du documentaire de création se fixant, entre autres, pour tâche de révéler et dénoncer certains aspects occultés de la société, la misère sociale en particulier.

Les deux auteurs insistent à plusieurs reprises sur les origines prolétaires et ouvrières de ce petit peuple de la misère. La part du travail et du labeur est constamment présente au texte et à l’image ( Aubervilliers contient ainsi une évocation de conditions de travail épouvantables dans l’usine Saint-Gobain de la commune ).

Chaque adulte est ainsi présentée selon son métier. Le premier nommé est symptomatiquement un travailleur immigré portugais, José Pereira, “ maçon tombé du toit, plus d’une fois qu’à son tour ”. La seconde caractéristique originale de ce documentaire ( au‑delà donc de l’image récurrente, et sans doute plus convenue, de l’enfance malheureuse ) est aussi l’extrême attention portée à l’habitat, y compris dans son rapport à la propriété. Aubervilliers, qui s’inscrit donc dans la continuité du documentaire politique sans être militant, rompt ainsi avec les représentations en définitive rassurantes du mal-logement ouvrier, que celles-ci soient portées par des regards extérieurs, à la recherche de visions exotiques, ou par des regards plus proches du mouvement ouvrier, souvent enclins à l’optimisme et à la propagande.

Le terme de bidonvilles n’y apparaît pas, mais émerge déjà à l’image, entre autres, une réalité qui caractérisera en partie ces derniers : se dressent, en effet, sur des terrains non aménagés, à la propriété hasardeuse, des baraques de bois et de tôle ainsi que des caravanes immobilisées. Cette vision à contre-courant, s’il elle marque l’histoire du documentaire et sera par la suite imitée et réintégrée dans l’histoire de la ville, était au sortir de la guerre quasiment irrecevable pour l’opinion. I Bidonville-de-la-femme-sauvage-copie.jpg l faudra d’autres médiations pour rendre visible le mal-logement ouvrier. A suivre...

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Lundi 22 mars 2010 1 22 /03 /Mars /2010 20:11

Comme un espoir entre nos mains suite...

Epinay, dimanche, 21 mars 2010

  Liberte.jpg

 

Ouaouf ! Ouaouf !… Comment on fait pour raconter l’histoire d’une époque tellement différente de celle que se farcissent les jeunes d’aujourd’hui dans les cités ici partout où mézigue et Bonie la chienne on zone encore à nouveau toujours comme si c’était le lieu premier celui où il bat sans cesse le Tam‑tam du récit populaire le nôtre celui dont on arrive pas à se séparer parc’que maintenant il n’en existe plus d’autre tout simplement ? Me semble que j’ai toujours su même quand je le savais pas que l’histoire la vraie celle qui résonne au cœur du monde dans les ruelles des barrios de Caracas des favelas de Rio des townships de Calcutta ou de Johannesburg du Bronx à New York dans les quartiers pauvres de toutes les périphéries des grandes Babylones modernes est devenue la voix des paysans sans terres des ouvriers sans usines sans mines sans outils… elle est la messagère qui gronde appelle pleure et chante la goualante des peuples qui tracent leur destinée sur tous les chemins de la terre…

Ouaouf ! Cette histoire populaire qui se transmet d’une culture à l’autre avec sa dignité et sa grandeur à travers l’oralité par les paroles des conteurs des griots des témoins multiples de la mémoire des villages et maintenant par les mots des rappeurs et des slameurs des banlieues elle n’est pas écrite dans nos grimoires pas communiquée dans une littérature populaire digne de la formidable invention qu’elle renferme avec ses langages qui se croisent et se mêlent parce que nous sommes des voyageurs et que là se trouve notre trésor… 

Elle ne l’était pas jusqu’à ces années‑ci de terrible retour d’une misère aussi féroce que celle qu’a bien décrite Zola. Mais désormais la violence de notre situation nous a conduit nous autres qui avons la double expérience d’abord des quartiers de banlieue des années 60 où on était plongés dans une culture populaire riche de celles des immigrés d’Orient et d’Afrique et ensuite des campagnes où les traditions paysannes ont survécu jusqu’aux années 80 à prendre conscience de notre rôle de témoins et de scribes et qu’il fallait s’y coller Hop là !… Ouaouf !…

Faut vous dire d’abord que pour mézigue si c’est plus facile que pour d’autres de vois les choses qui se trament juste sous notre tarbouif c’est que par le hasard de l’existence j’ai été placée dès le départ dans cette sorte d’entre‑deux qui les voyageurs connaissent bien qui fait qu’on n’prend pas le pli de se fixer quelque part comme les grands arbres qui racinent et mon goût pour la transhumance c’est pas du tout celui des mômes des quartiers en général… La transhumance c’est comme ça que je l’appelle parc’que Bonie la chienne et moi on en a vécu de ces journées à marcher à flancd de montagne raide jusqu’au bout des chemins forestiers à la recherche des foutues cavaleuses de chèvres et si c’était pas l’authentique traversée par les crêtes pour emmener le troupeau plus vers le Nord l’été du côté de l’herbe fraîche c’était des montées milieu des genêts et des fougères plus hautes que nous qu’en finissaient jamais !… Alors ce mot je l’ai piqué vu qu’il est beau et qu’il cause du chemin pour partir et de celui pour revenir…

Ouaouf ! Donc mon enfance à Aubervilliers je vous en ai déjà causé… elle a pris vite fait l’allure quand j’avais à peine trois piges de la transhumance direction l’herbe verte d’une petite campagne et retour grâce à mon grand‑père le conducteur de locomotives et c’est drôle mais je suis sûre aujourd’hui que j’écris qu’y avait là tout de la scène primitive dans ce village à 200 bornes de notre cité d’origine où on vivait de manière quasi collective et on n’s’en doutait même pas !… Bref !… cézigue j’étais déjà toujours en vadrouille milieu d’un monde qu’est bien ficelé au niveau de l’enfermement la banlieue comme ghetto ce qu’on en a fait c’est pas mal y faut voir !…

Ouais… comment vous la raconter notre histoire alors que désormais elle n’est plus qu’une série d’images et de moments fabuleux et presque si j’avais pas encore quelques photos quelque part bien camouflées que je n’reluque plus y a longtemps je me dirais que tout ça je n’l’ai jamais vécu et qu’on a pas été nous autres les Indiens des seventies autre chose qu’un mirage !… Ouaouf ! Sûr que je ne vous mettrai pas les noms de notre hameau paumé ni de ceux qu’y avait autour comme je voulais au départ vu que j’ai eu la pas bonne idée du tout pour éviter d’me gourer dans la situation précise des lieux… hé ! y a trente piges de ça hein ?… donc je vous disais que j’ai eu la pas reluisante idée de faire une p’tite recherche et là c’que j’ai trouvé ça m’a pas plu alors pas plus ça non… Notre hameau sauvage et rebelle… nos “ terres en péril ” ils ont été rachetés par des… gens qu’ont le pognon Une-seule-vie-detail.jpg pour faire des villages de vacances pour touristes partout où c’qu’ils passent et pis voilà… 

  Rien d’autre à dire sur le sujet parc’que du coup je sais que je vais vraiment vous raconter une histoire…
     Une histoire qui sort de la bouche de lune des griots d’Afrika et que rien ne pourra jamais me la retirer de la mémoire…

 

Une histoire de chiens qui se coursaient dessus un sentier de montagne y a longtemps et qu’avaient fui le refuge des clébards de Genevilliers… Ouaouf ! Ouaouf !… Mais que je vous embrouille pas plus longtemps et que je commence à vous raconter… 

 

Ecoute… écoute…

Ouaouf ! C’était un jour du printemps un très beau jour quand on s’est pointés la première fois du côté du petit chemin de terre qui prend à droite à un tournant d’la route en bas après avoir quitté la nationale zig‑zag mais c’est pas forcé qu’on arrive sur son dos de vieille routarde crevé de partout par le gel qui tient bien dans c’coin‑là jusqu’à fin mai et plus encore… ouais c’est pas forcé parc’que si vous venez de la mer qu’est en bas dedans son coffret à turquoises vous en avez pour des plombes à traverser des gorges et un tas de ruisseaux cavaleurs chahuteurs… une vraie promenade milieu des flancs de roches brun‑gris qui comburent de pétillements dorés quasi planqués dessous les mousses et les fougères !

Nous on reluquait tout ça à bord de notre deux chevaux bleu jean une ancienne avec la manivelle devant pour démarrer une authentique que tu t’enfonces tout au fond des sièges le pif au ras du carreau un pare‑brise si on veut vu qu’avec la capote ouverte la brise hein ?… Ouais c’était une deudeuche qui arquait pas des masses dans les côtes elle peinait fort des fois en première… Ouin ! Ouin ! Ouin !… alors là pour c’qui est de se farcir des cols de 1100 et mèche elle assurait moyen ce qui nous permettait de nous gaver du paysage à outrance… Vrai qu’on était tous des loustics de la banlieue d’une grande Babylone et comme on avait qu’environ 23 balais de moyenne en exagérant un peu on avait pas eu l’occasion d’un tel festin d’enchantement en sauvagerie et en délires de couleurs qu’en sont pas si vous voyez Les mangeurs de pommes de terre de Vincent hein ? juste pour vous indiquer un chouïa…

Ouaouf ! Ouaouf !… c’était un jour de printemps 1980… ouais peut‑être comme ça ou un peu avant… On avait rempli la deudeuche de nous trois plus la Bonie l’illusionniste que vous voyez parfait on y est !… Nous trois c’est­‑à‑­dire mézigue que vous connaissez et comme le prénom que ma daronne m’a refilé il m’a jamais trop plu j’en avais ramassé un autre un drôlement class que j’ai utilisé dans les histoires après c’est Jessica à cause de Shakespeare vous vous doutez… Le second c’était mon poteau Marko un vrai fils de prolo lui pour le coup alors qu’il était et qu’avait calté du préfa lunaire de ses vieux à 16 piges mais je vous raconterai…

Marko c’est pour cézigue que je vais tenter d’vous la faire cette sarabande de nos 20 balais vu qu’on s’est bien serrés les coudes une partie de notre existence et voilà dix a Enfance.jpg nnées même un peu plus qu’ils a pris la tangente le camarade et que je saurai sans doute jamais ce qu’il est devenu… Ouaouf ! Ouaouf !… Et puis y avait Frédérique mais son vrai blaze c’est Fred… une fille de la banlieue tout pareil qui sortait juste avant la bonne aventure d’une family de Maos purs jus comme on en fait pas et ça nous a instruits forcé et après ça nous a fait rigoler un peu… Fred elle avait en commun avec Marko une incapacité génétique à n’pas vivre dedans un bordel à tout envoler aux nuages à eux deux ils faisaient pire qu’Augias et ils s’entraînaient… c’était que le début !…

Quant à la Bonie l’effrontée la folle à mettre en cage avec mille piafs pour lui picorer lui vidanger le cerveau qu’elle a rempli de projets de fugues et de gueuletons énormes vous en avez déjà une p’tite idée hein ?… Ouaouf !

Donc on s’est pointés à quatre pour tout dire au rebord du printemps qu’avait dressé sa nappe de narcisses sur les flancs d’la montagne pour un repas d’enfance qui allait durer trois années sans sortir de table et on le savait pas… C’était le seul festin de rêves qu’on allait avoir nous autres et il était prêt et il nous attendait… Ouaouf ! Ouaouf !…  

A suivre...

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Lundi 15 mars 2010 1 15 /03 /Mars /2010 20:07

Comme un espoir entre nos mains…

Samedi, 13 mars 2010 Mort de Jean Ferrat

  Cevennes-1.jpg

Ouaouf !… Trop dur !… Je n’peux pas entendre les premiers mots de “ Que la montagne est belle ” qui est pourtant pas du tout mon texte préféré de Jean Ferrat sans que les larmes elles se pointent avec leur écume salée qui pique y a rien à faire… Comme ça depuis que la news nous est tombée et au fond c’est bien parc’que ça remue la vieille bête poussive le canasson qu’arpentait bouillant des arpions les drailles de la Cévennes y a pas trente ans de ça et qui là maintenant que je vous cause bouffe son picotin aux hormones dedans son HLM… Ouis il y est retourné l’animal sur les lieux toujours aussi zone de son enfance la honte !… Et ma pote de chienne Bonie elle a pas suivi elle s’est envolée déjà 18 piges de ça vous maginez… Elle est restée milieu des herbes sauvages des rosiers batailleurs des pommiers et des saules de notre dernier jardin c’est une p’tite part de moi enterrée là‑bas dedans l’argile où je suis encore avec elle… Je vous le dis là en confidence vu que Bonie la clébarde anarchiste la terreur de l’Ouest et des histoires elle est bien vivante la bougresse hein ? Allez pas douter des fois vous me feriez de la peine… Ouaouf !

Ouais… revenons y un peu… donc pas moyen que je m’écoute cette montagne de l’ami Jeannot le camarade du meilleur de tout sans que ça me retourne les sangs et me fasse un mal de chien !… Ouaouf !… Faut vous dire pour que vous croyez pas que je suis dans l’émotion comme ça que la raison elle est simple aussi simple que l’histoire qui va avec… C’est que la période de ma life que je garde en moi comme un secret dont je vous cause par ci par là mais à peine celle de ma jeunesse dans un hameau abandonné des Cévennes où on a mis en route une communauté… ouais ce mot je sais vous connaissez mais est‑ce que vous avez-vous un jour vécu cette expérience‑là ?… où on est devenus à la fois bâtisseurs maçons charpentiers paysans éleveurs potiers fabricants de fromages jardiniers tisserands mécanos et tant d’autres choses encore… et où on a vécu reliés avec les autres communautés éparpillées à travers les vallées qui vont d’Alès à Saint‑Jean du Gard à Florac et à Mende… elle représente pour moi tout l’espoir du monde… Ouaouf !

Oh ! c’est pas longtemps que ça a duré mais chaque jour cette rengaine et surtout ses deux ou trois derniers vers on se la chantait… C’était notre choix à nous gamins d’la banlieue qu’elle auréolait de la beauté des mots… Elle nous donnait raison d’être des marginaux des Indiens aux yeux des autres bien casés bien rangés bien morts… Elle nous libérait de leur jugement et de leur façon de tout bousiller et d’être sûrs qu’il existe qu’on monde le leur… “ Il faut savoir ce que l’on aime Et rentrer dans son HLM Manger du poulet aux hormones… ”  Ouaouf !… Et parce que ce monde qu’on croyait inventautomne-cevennes.jpger un peu comme on écrit une histoire à chaque jour une page du cahier quadrillé… comme on s’en souvient à chaque soir un fragment un bout de mémoire quand on est un griot conteur… ce monde on l’a laissé filer se séparer de nous de notre jeunesse brûlante qui nous l’avait offert notre butin d’enfance notre réalité en devenir chaque matin… alors je ne peux plus l’écouter cette chanson sans avoir au creux des mains comme un espoir perdu qui en finit pas... Ouaouf ! Ouaouf !...

 

C’est drôle en écrivant les mots au‑dessus j’ai l’impression que je cause de quelque chose qui vient définitif de s’éteindre comme un petite lampe douce et bonne de lumière que quelqu’un a emportée avec lui… Ouais c’est ça… y a plus d’espoir entre nos mains d’aujourd’hui si on y regarde de près y en a plus du tout c’est l’ombre partout dans tout au bout de tout !… Mais si on se dit ça comme ça tout brutal et qu’on essaie pas encore de s’y coller à la petite loupiote… de s’y réchauffer nos paluches d’hiver et de prolos des mots de griffeurs de paplars d’atenteurs à la pudeur du silence de mort alors ça sera trop dur… Alors mézigue et le clébard de la bonne aventure on va tenter une autre fois de vous les enchanter vos cages à miel !… Ouaouf !

Et là ça va être de l’histoire populaire de la vraie de la vécue de l’origine de l’authentique mémoire de cézigue et Bonie la chienne anarchiste comme vous la fréquentez pas vu que ceux qui les racontent les histoires toujours on s’demande où donc qu’ils l’ont casée leur life comme s’ils étaient vautrés entre l’parquet en chêne et la moquette pure laine depuis qu’ils ont mis leur museau au portillon et que jamais ils posent leurs arpions dedans la vie hein ? Ouaouf ! Ouaouf !… Enfin pour nous autres c’est la pénibilité totale c’t’époque qu’on se farcit alors !… Oh ! pas tout l’temps que ça a été comme ça bien vrai et on a même eu la frime comme je vous disais de se fader nos 20 piges dans les années où y avait des p’tites camoufles allumées par tous les recoins de la Cévennes notre territoire à utopies… les miens c’était 1976 qu’on imagine ! Ouais les miens c’t’entendu vu que Bonie la bestiole d’épouvante la fouineuses à poubelles l’éventreuse de boîtes à conserves pourrissantes une horreur sur pattes qui schlingue du clapoir que c’est pas supportable… elle avait tout juste trois balais et c’était une semeuse de zone comac… Ouaouf !

Et mézigue qui est une bavacheuse sans retenue c’est exact je l’ai modéré l’enthousiasme de vous la dire notre histoire qui est pourtant de ces temps vautrés aplatis au fond d chevres-troupeau.jpg e la niche avec collier d’interdits trois tours et muselière sur le tarbouif aussi peu probable que si on l’inventait que ça ferait un extraordinaire cinoche science‑fiction pour les marmots mais… Ouais mais le problème c’est que si je vous l’allume ma lampe à mirages j’vais en avoir bien du mal à continuer à faire limace ici milieu d’un monde qui est si tellement vieux que celui d’y a trente piges derrière à côté du coup il a l’air tout momignard “ comme un espoir mis en chantier… ” Ouais probable que c’est pour ça que j’me décide pas depuis que j’écris y a un bail… à en causer de notre transhumance qu’on avait tous mise en route les gamins des banlieues et des campagnes les enfants de prolos et de bourges touillés mic‑mac à la même marmite des désirs qui sont devenus sans qu’on sache comment notre réalité…

Ouaouf ! Ouaouf !… Me semble que c’est ça… tant que je l’écris pas notre espoir il y reste encore un peu accroché “ comme une étoile au firmament ” à la lumière qui pétillait de ses centaines de petites loupiotes des hameaux de la Cévennes sauvage… notre Commune perchée aux flancs de sa montagne de lauzes noires de la Vallée Longue à la Vallée Française au‑dessus de la ville d’Alès noire encore plus alors la cité des mineurs de charbon… Et qui sait… que je me dis vu qu’on a été des tas d’allumeurs de rêves le long de cette tranchée qui s’étire du Gardon aux Gorges du Tarn et qui s’enfonce encore plus encore plus jusqu’à Mende à l’autre bout du plateau sucé frotté ravagé des zephs les plus épouvantes et de tous les soleils d’insensé… y en a d’autres que mézigue à cette heure qui se souviennent et qui pourraient eux z’aussi la chanter la goualante des Indiens de la grande terre qu’avaient déjà y a 30 piges de ça je vous le confirme et c’est pas Bonie qui me contredira… Ouaouf ! Ouaouf !… qu’avaient déjà pigé qu’elle venait juste de commencer la transhumance des hommes sans terre et que la vraie histoire des peuples c’est qu’ils sont pour toujours des nomades…

Ouais c’est ça que j’aimerais ça me botterait de la raconter avec les poteaux qu’étaient tout pareil que nous autres des mômes de la zone qu’avaient décidé sub andre1.jpg it que ça allait bien de crounir rancir ici à l’intérieur des Blocks béton de Macadam city blues et qu’ils s’en vont reprendre la route que leurs vieux ils ont arrêtée là dedans la tess’ y a des années de ça et Hop !… Nos vieux ils étaient racinés dedans ces cités et ils pouvaient pas retirer leurs arpions du bitume on aurait dit qu’y avait pas le monde tout autour qu’y avait pas au‑delà de l’océan l’Arabie et aussi l’Afrique et au‑delà du fleuve la petite campagne la terre de leurs ancêtres paysans ouvriers qu’y avait rien d’autre que les murailles de la Babylone ghetto d’où ils bougeront plus jamais !… Ouaouf !…

 

Ouaouf ! Alors quand on a choisi de se casser ils ont pas compris nos vieux… ils nous refilaient un présent avenir de béton bien solide bien lourd bien rassurant pour des siècles et on en voulait pas !… Nous ce qu’on guignait c’était la bonne aventure la piste qui s’en va là‑bas loin qu’on en voit pas le bout la croisée des chemins le Far Ouest l’Abyssinie l’Andalousie Cuba les Papous le TransSibérien…Bonie-petit.jpg tout c’qui bouge qui refuse de s’installer quelque part… Bon attention ! je vous raconte pas tout là franco de comment on y est arrivés à nos Cévennes communautaires parc’que sans ça on y passera des lustres et pis pas que j’exagère avec mézigue… suis pas du genre à étaler ma bio comme un greffe sa pelure de loustic lézard au soleil sauf pour écrire l’histoire des gens hein ? Et d’abord faut que je me remémore… que je me rafraîchisse… pas que j’embrouille et que je vous distille du frelaté de l’inexact du fermenté aux bloches !… Que la Bonie l’infernale la farfouilleuses elle me reprendra si je me goure en fourrant son tarbouif baveux entre mes paluches comme elle fait avec ses mirettes à l’inventaire des côtelettes et Zouh !… Ouaouf ! Ouaouf !…

Publié dans : Banlieues
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Samedi 2 mai 2009 6 02 /05 /Mai /2009 22:31

Atlantide… suite…

Epinay, samedi, 2 mai 2009

 

“ Nous n’avons l’accès que d’un être humain – nous‑même – et il est impossible d’inventorier les autres, si ce n’est par rapport à cet inventaire premier que nous ne pouvons trouver qu’en nous. Si l’on ne se connaît pas soi‑même, on ne connaîtra jamais personne. Et oserai‑je dire qu’on ne se connaît qu’à l’usage ? Un usage de nous‑même, il est vrai, qui remonte à notre naissance, et qui peut, à cause de cela ressembler à l’intuition pour les êtres rares que chaque expérience instruit. ”

Fragments de vie Germaine Tillion, in Le Monde Diplomatique avril 2009,p.3

 

      Ouaouf ! Ouaouf ! On n’conn aîtra personne si on n’se connaît pas soi‑même… Ouais mais alors léger léger la connaissance de cézigues hein ? Parc’qu’à cette heure pour ce qui est de se connaître les héros du grand cirque de la mise en avant en relief en éclat fluo debout devant et tout le monde qui suit son p’tit ego en drapeau levé agité… redoutable hein ? L’humilité des gens qui sont de simples humains comme l’était Germaine Tillion elle s’est tirée où alors ?…

      Le dégoût et l’horreur que j’ai quand je me balade dans les super marchés à bouquins c’est une sensation à l’intérieur qui monte et qui me déborde… c’est à dégueuler tout à fait… cette prétention à se prendre… à en tartiner l’endroit et l’envers… et pas un brin d’humour ça n’risque pas… 
      Ce qu’il faudrait c’est si peu de mots aujourd’hui… une langue essoufflée… qui se tient au‑dessus comme un moineau… vous savez l’aventure… qui évite surtout de se faire ligoter capturer par le fil à pêche… Une langue en plein vol Hop ! et qui revient juste sur la terre pour la pétrir… la saisir à pleines paluches… lui faire toucher son centre et éclater Hop !

      Mais tout ça… tout ça… ce vide-ordures d’évidences vides où la vulgarité revient… des grands rouleaux de papiers mazoutés qui rendent leur jus puant et poissent le tout petit espace sable blanc et frais avec deux trois goémons étoilés de mer où on marche nous… les gens… quelques‑uns… oh ! pas beaucoup… et aussi des peuples entiers… qui ont jamais écrit qui ont jamais causé… qui ont jamais… prétendu… osé… où on marche pieds nus avec à l’intérieur juste un minuscule aboiement… grave joyeux très loin énorme et muet… Ouaouf !…

 

      Attention je vous mets au parfum tout de suite… pour c’qui est de l’Atlantide enfin la nôtre… celle que mézigue le clébard et moi on a déterrée en creusant hardi petit la glaise bitume fondante des parkings de la cité… là qu’on l’a retrouvée pas du tout rancie par les années qu’elle a attendu sa renaissance fraîche comme les premiers narcisses qui maquillaient les collines du printemps nous on en avait 20 et on ne savait pas que c’était elle… Et qu’elle nous avait choisis mis sa paluche aux bracelets bleu jade d’algues dessus nous autres les mômes des quartiers… tous on en était d’origine d’Auber de Saint‑Denis de Montfermeil de Clichy pour resurgir de son engloutissement profond à l’intérieur des eaux d’oubli…

      Ecoutez un peu… ce que mézigue le clébard et moi on vous dit là y a sans doute pas beaucoup de personnes qui vous l’ont dit… Vous imaginez pas la rareté que c’est d’avoir sa petite histoire à soi puceron microscope pas d’envergure rataplan rase pâquerettes convié à rechausser les pompes percées de ses vieux devenue d’un coup celle des gens… sa jeunesse qui rencontre la jeunesse du monde qui vient de virer là tout juste sa vieille pelure d’acier mitée à rouille… Ouaouf ! Ouaouf !

      Le hasard poétique que c’est alors vous voyez ?… On n’peut pas dire qu’on était destinés nous les gamins des cornichons de la zone… le lieu qui se prête pas… et puis l’époque qu’était plutôt drôlement mariolle… On est les enfants d’après la grande tuerie et nos vieux comme rigolos on fait mieux… Les ouvriers z’avaient des quantités et des quantités de désespoir en stock à écouler… à c’moment‑là ils faisaient pas dans la fantaisie… enfin pas tous mais ceux que j’ai connus… ce qu’ils se fadaient comme famille les poteaux… Celles des prolétaires qu’avaient jamais mis un pied au syndicat ou à la politique y en avait plein et eux ils étaient tombés là‑dedans les ouistitis…

      Pas s’étonner si ça a donné des êtres avec tout l’intérieur en vrac et la révolte à ras de la peau comme les mômes des cités aujourd’hui… je vous raconterai… Donc la voilà notre Atlantide qui se pointe et nous on ignorait tout de ce qui se passait… 1970 on était encore très mômes… 15 berges à peine c’est tôt pour plonger ric‑rac au fond de l’inconnu de la vie… 

      Ce qui se passait… y’a personne qui a calculé que c’était juste un siècle après la Commune de Paris… 1870… les Partageux ça n’vous dit rien ? Moi non plus ça n’me disait pas en ce temps et pourtant elle n’avait pas mis longtemps l’Atlantide… un siècle les colibris c’est rien du tout dans un monde de géants… une faribole… une plaisanterie… Un siècle de tueries aux grands abattoirs que les fabricants d’armes arrêtaient pas de remplir… un siècle de vieillards aigris et prêts à s’engraisser sur le tas…

      Et voilà qu’elle nous choisissait nous … notre génération de p’tits loustics éberlués pas du tout formatés révolutionnaires qu’on était je vous assure… rien de rien… nous on allait s ’ébahir devant les films d’Easy Rider et de la vie de Janis Joplin au Déjazet… ce temps il était déjà passé pour nous… Et peut‑être c’est pour ça qu’on a foncé en plein dans l’aventure innocents ribouldingues avec pas de projets en tête ni d’avenir au cordeau… Devant nous la piste pas autrement… la piste jusqu’au bout de la terre qui s’ouvre… s’ouvre pour nos pas d’enfants du béton… Ouaouf ! Ouaouf ! 

      “ Le vieux monde est derrière nous ” voilà un des slogans de ces moments nomades qu’on préférait et ça voulait dire qu’il fallait y aller en laissant ce qui avait rassuré nos vieux… leur société de dominants blancs colonialistes basta Hop ! par‑dessus bord… On n’avait pas peur… on était généreux de nos vies… ça valait la peine… fallait être à la hauteur de notre Atlantide… Ouaouf ! 





A suivre....

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Vendredi 1 mai 2009 5 01 /05 /Mai /2009 23:13

Atlantide…

Epinay, jeudi, 30 avril 2009

 

      “ Je devais apprendre plus tard qu’il n’y a qu’une expérience valable pour chacun de nous, celle que nous avons sentie dans nos propres nerfs et dans nos propres os. ( … ) Comprendre, imaginer, deviner, c’est associer selon des modalités inépuisablement diverses des sensations acquises par l’expérience, et acquises seulement par l’expérience… Toute la mécanique de notre érudition ressemble aux notes écrites d’une partition musicale, et notre expérience d’être humain, c’est la gamme sonore sans laquelle la partition restera morte. Combien y a‑t‑il d’historiens, de psychologues, d’ethnologues ‑ les spécialistes de l’homme ‑ qui, lorsqu’ils assemblent leurs fiches, ressemblent à un sourd de naissance copiant les dièses et les bémols d’une sonate ? ”

Fragments d’une vie, Germaine Tillion, Ed. du Seuil, 2009 in Le Monde Diplomatique Avril 2009 p. 3

 

       Ouaouf ! Ouaouf !

      J’pense que ça n’vous surprendra pas de retrouver la voix de cézigue le clébard dans une histoire chienne… Toute façon va falloir vous y faire vu que maintenant on ne se causera plus que par jappements et compagnie… Savez pourquoi que la langue des autres c’est pas la nôtre… celle de notre culture populaire… des contes qu’on dit et des histoires qu’on se repasse avec les mots qui viennent… 

Donc nous voici en train de rapatrier notre langue qu’a tellement d’atmosphères différentes d’images et de petites musiques aussi là où on la cause et c’est très bien et c’est pas trop tôt ! Une langue chiennement inclassable vu qu’elle s’écrit au moment où elle s’entend et après Hop ! elle bondit ailleurs… Elle ne sera jamais emprisonnée dedans son costume de papier… Ouarf !

 

      Vous n’me croirez pas mais en lisant ce texte quasi‑inédit de Germaine Tillion je suis tombée sur le cul… Un cul de chien vous me direz… y’a pas grand effort à faire… Germaine Tillion je la connais de son travail sur l’Algérie et voilà qu’elle explique comment son expérience terrible des camps lui a ouvert la compréhension de ses observations d’ethnologue qui ont duré pas moins de quatre années parmi les peuples berbères d’Algérie…

      Son texte qui tient deux grandes pages du Monde Diplo je pourrais le recopier intégral tellement il me colle à la peau des pattes comme si j’avais pu l’écrire avec d’autres mots… les miens mais c’est de la même chose qu’on causerait… Le chien et moi forcé qu’on en revienne pas qu’une personne comme ça qui a bien été servie pour c’qu’y est des études et des diplômes écrive à la finale et dans les dernières époques de son existence ce que mézigue le clébard qu’a jamais fait d’études de rien ça se saurait même si j’ai fourré ma truffe dans toutes les sortes de bouquins qui parlent de l’humain… ce qui m’est venu à coup de grosses colères par la tripe direct au bout des doigts… que l’histoire des gens c’est de l’intérieur qu’on se la prend pardi !… Ouaouf ! Ouaouf !

      Combien de fois j’ai ressenti ça en lisant les textes des intellos de toutes les catégories possibles du “ grand savoir ” et encore plus quand ils se mêlent de causer de quelque chose qui touche la réalité de la vie des “ classes populaires ” enfin de nous autres quoi… Fichtre ! que je me disais à chaque fois… ces gens‑là n’ont jamais trempé leurs godasses dans du fumier de chèvre bien bouseux et bien odorant et encore moins ils ont été remplir des bidons de plastique à un petit ruisseau bien glacé pour remonter ça à bout de doigts gelés en pleine bise d’hiver cévenol en haut du hameau c’est probable… 

      Ça c’était du temps où je vivais cette expérience paysanne qui m’a servi de scène primordiale donc c’est à ça que mézigue le clébar se réfère pour tout le reste vous pigez ?…

      Ce qu’ils racontaient au long de pages et de pages c’était sûrement très intéressant et drôlement documenté pas de doute… ils les avaient étudiées les théories piochées ci ou là dans les écrits ou les paroles de ceux qui avaient fait un p’tit tour par les communautés ou les villages communautaires comme le nôtre entre les années 1970 et 1980… Ils en avaient potassé des bouquins qui étalaient des théories libertaires… situationnistes… les histoires de la vie des Indiens d’Amérique… des tribus Papoues et des habitants des plus sauvages petits bleds d’Afrique… Ils avaient peut‑être bouquiné des bibliothèques entières qui parlent des révoltes des jeunes et de leurs désirs de changer le monde que tiennent systématique à leur refiler leurs vieux mais jamais jamais ils ont vécu une simple expérience humaine qui met tout leur être toute leur peau tout leur passé et leur histoire perso d’un seul coup en jeu… qui les met en danger terrible de s’y perdre et d’aller au bout tout au bout de leur night…

      Jamais ils n’ont connu l’Atlantide… Ça non jamais ils l’ont pas connue et ce qu’ils bavouillent c’est juste des mots mais c’est pas la vie…

      Sûre je suis en la lisant Germaine Tillion que pas un qui a traversé l’épouvante de ces camps de mort qui est l’expérience du bout de la vie… ou d’autres territoires différents comme ceux de la marginalité de la rue qu’a connue Bukowski ou la déchirure des mondes colonisés quand on est pris entre ( sans cesse ) le rôle du maître et celui de l’esclave si on veut être de son côté et qu’on n’peut pas comme ça a été le cas pour Hélène Cixous et pour Jean Pélégri en Algérie… Non… aucun de ceux‑là ne nous aurait jugés comme ils l’ont fait les autres ces bouffons… 

      Les mêmes qui remplissent des rouleaux de papier des imprimeries de leurs discours de rassasiés sur ceux qui voulaient juste vivre autrement… Mes amis morts d’overdose… de dérapages incontrôlés sur une petite bécane trafiquée à Rungis… partis pour l’Afrique et jamais revenus… mes amis qui n’avez rien mis de côté pour l’hiver pour le retour improbable… vous y êtes allés au bout de la colère au boute de l’errance au bout de la vie…

      Non aucun de ceux‑là n’aurait raconté nos jeunesses extrêmes que nous sommes les seuls à connaître dans toutes les cicatrices qu’elles nous ont faites avec le mépris hautain pour l’authenticité de nos actes et la pureté joyeuse de nos utopies…

      Ce qu’ils en savent eux qui n’ont pas bougé de leur statut de maîtres des grandes écoles… de leurs chaires de leurs salles de conférences… de leurs appartements chauffés rue des Ecoles ou rue Saint‑Jacques… ce qu’ils en savent de ce que ça veut dire à 17 berges de quitter sa famille pour se retrouver dans un milieu différent… hostile… souvent étranger à tout ce qu’on connaît et sans la moindre sollicitude pour notre jeunesse… Ce qu’ils en savent de ce qu’a été à la fois notre désarroi et notre espoir de ce grand rêve commun qui n’en a pas fini aujourd’hui de faire charogne dans les banlieues où ils ne mettent jamais les pieds… hein ?

      Ce qu’ils en savent de l’Atlantide notre territoire reperdu englouti à nouveau tout au fond de nous de notre devenir barré par leurs milliers de bedaines alignées de notre mémoire braises dessous les collines de déchets morts de notre silence devant l’enfant couvert du sang rouge de nos foulards dénoués… l’enfant venu juste après… ce linceul de notre jeunesse posé sur lui…                     Photo tag Jacques Du Mont
A suivre...
   

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