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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Journal d'une fille de banlieue

Dimanche 1 janvier 2012 7 01 /01 /Jan /2012 17:56

C’est Beyrouth ici !

Il a combattu jusqu'au bout 1

Epinay, dimanche, 1erjanvier 2011

Que faire quand on habite à Beyrouth

Qui sait l’enfer de notre décadence

Rouge vif l’impuissance de la violence

C’est comme un piège de neige refermé

Qui fond sur nous et muet nous envoûte

Du présent il nous reste lasse cramée

Sur le parking la carcasse rouillée

Un temps cassé toute la vie verrouillée

C’est un monde entier parqué au fond des soutes

Qui n’en finit pas de faire naissance

 Ça va faire pas loin de deux piges que je n’écris plus sur ce qui a fait au départ le sujet des Petites Chroniques des Diables Bleus et ne plus écrire pour quelqu’un qui bricole dans les plumes et les bouts de paplars comme d’autres font cuire le pain du petit matin c’est quelque chose qui a de la gravité… En reprenant rien que pour comprendre mon silence vu que du silence c’est de ça dont y va être question ici quelques‑unes des Chroniques d’une chienne de vie j’ai constaté comme ça que la dernière date du 27 août 2010 et que son sujet c’est ce qui venait juste de m’arriver… me fracasser l’épaule droite il y a juste un an et demi et la douleur qui s’en est suivie… bref ! je n’écris plus parce que je ne peux plus écrire c’est mon corps qui en a décidé et voilà…

Y a bien plus longtemps que ça que je ne donne plus de nouvelles de l’existence des gens des cités de banlieue à tous ceux qui vivent ailleurs et qui n’ont pas la moindre mais pas la moindre petite intuition de ce que ça peut être de crécher à l’intérieur d’une tess’ qui est comme un grand village rassemblé là mais sans rien des institutions ni des liens sociaux qui vont avec… Ouais… y a sans doute à peu près cinq piges que je me suis renfermée peu à peu avec la conscience de ne pas avoir le choix ou peut‑être pas envie de l’affronter ce choix dans le silence mortel le même ou peut‑être pas tout à fait que celui qui me fait bondir dehors du trou à mémoire ce matin tout soudain et Hop ! Les infos formatées au quotidien par les graveux de la presse ça fait longtemps qu’elles ont été cadrées exact aux mesures du cerveau de l’humain d’aujourd’hui qui les accepte et les engloutit et la bande de ceux qui refusent l’abrutissage collectif écrivent eux ailleurs autrement… 

Ouais… c’est vrai mais voilà que concernant les cités de banlieue et leur micro monde tellement pas ordinaire et casé dans la case : “ Y a rien à dire et pas de mots pour le dire… ” qu’il a failli faire sa petite révolution tout seul dans l’hiver 2005 que pas un d’entre nous autres les mutants des faubourgs n’a mis au rancart il n’y a pas de parole vraie et venue de l’intérieur du ghetto parce qu’il faut bien l’appeler par son nom qui circule respectant du coup l’ordre mortifère du silence alors même que le bruit le barouf le hurlement est ici plus puissant et plus désespéré que jamais… “ Mais c’est Beyrouth ici !… ” cette expression‑là c’est en 2005 novembre pour être précis que je l’ai entendue la première fois pendant que la plupart des quartiers étaient chaque nuit en pleine guérilla et que les incendies nous tenaient debout parce que nous autres les habitants on savait que d’un instant l’autre ça pouvait devenir autre chose que ce qu’ils ont appelé une émeute des jeunes des quartiers…

  Beyrouth-2.JPG

Et puis ce matin il se trouve que ça suffit ! Ouais c’est ça le silence qu’on s’impose qu’on s’implose qu’on se fait péter à l’intérieur chaque nuit un peu plus profond parce que c’est convenu c’est entendu qu’il ne faut pas dire que c’est sans doute des quartiers que nous montera nous enchantera la plus belle la plus éblouissante des fins de ce monde taré toxique à plus en pouvoir la fin de ce monde de morts vivants qu’aucune jeunesse pas plus celle des papillons que celle des petits humains ne peut supporter… ce silence de ceux qui savent qu’y a longtemps déjà que “ C’est Beyrouth ici ! ” et que ça empêche de dormir il vient lui aussi de voler en éclats de cris… Vous tous qui ne vivez pas à Beyrouth ou qui le croyez vu que la séparation en tribus hostiles en clans opposés par la haine et la peur en voisins qui planquent la kalach sous le matelas ça fait pas mal de petits matins qu’elle a démarré sa reptation mine de rien pépère en silence pour sûr vous l’avez avalé comme mézigue ce matin l’info la nouvelle la bonne l’année Hein ? A moins d’être sourdingues vous l’avez bien entendu : “ Il ne s’est rien passé cette nuit nulle part… nouvel an dans la sérénité… ”

Eh bien non ! Ouaouf ! Ouaouf ! Moi je peux vous le hurler vous l’aboyer vous le gratter dans la plaie à vif et rouge de notre nuit sans sommeil encore une encore dix encore cent mille !… Au nom des explosions et des incendies répétés qui crèchent encore à l’intérieur de mes esgourdes bien profond et au nom de cette jeunesse qui n’en veut pas plus qu’on en voulait nous autres y a de ça quarante piges au bas mot mais on a pas changé on est toujours là avec nos rêves formidables et nos enchantements avec notre idéal au bout de nos nuits… au nom de cette vie qui n’en peut plus de l’énorme du géant ghetto des marchandises avariées et dégueulasses dessous lesquelles on l’étouffe on l’enterre on la trépasse je peux vous raconter qu’il s’en passe des choses ici à Beyrouth et que le printemps que nous vous avons laissé enfermer dessous les neiges de l’hiver ne ressemble pas mais pas du tout à ce que vous avez jusqu’ici réussi à propagander partout parce que le printemps c’est nous tous le peuple tout simplement qui allons décider de quand il sera temps de le mettre au goût du jour !

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 La Cité d’Orgemont à Epinay‑sur‑Seine… vous savez je vous en ai déjà causé… c’est un quartier à elle toute seule d’ailleurs on l’appelle le quartier d’Orgemont tellement elle est vaste et étendue aussi bien sa surface son territoire que le nombre des blocks des barres des tours… elle a ses commerces sa poste son annexe de la gendarmerie sa bibliothèque ses sept écoles ses dizaines de rues d’impasses de recoins de couloirs ses centaines de halls d’escaliers et ses milliers de familles d’habitants de passants… Une cité comme toutes les grandes cités de toutes les banlieues qui vit exactement les mêmes bouleversements depuis plus de 50 piges qu’elles existent… les mêmes migrations mouvements déplacements les mêmes révoltes car la population qui y vit est toujours la plus déclassée déconsidérée la plus pauvre… une population qui se retrouve quoi qu’il arrive depuis 50 ans mise au ban de la société dans son ghetto à misères à galères à petites ou grosses magouilles pour s’en sortir et sortir la famille de la faim de la honte du mépris et croyez‑moi je sais de quoi je cause vu que dans de genre de lieu j’y suis née j’y ai grandi et désormais j’y vis une partie de ma vie…

Donc la cité… ce soir c’est la fin de l’année et tout le monde a envie de faire la teuf comme partout comme toujours bon… Nous on est là chaque fin d’année depuis que comme les favorisés qui se font des p’tites vacances l’été on a plus du tout de quoi partir le reste de l’année mais on ne va pas se plaindre vu qu’on s’est préparé un petit repas agréable et qu’on a l’intention de passer une soirée tranquille et de faire notre teuf à nous avec musique Jazz and co c’est notre blot notre bonheur et voilà… Ni plus ni moins que tout le monde on a envie de se prendre la tototte de s’angoisser et d’avoir le lampion serré par les carambouilles des empêcheurs de vivre et leurs conséquences toujours néfastes… Mais hier soir pour tout dire on était plutôt optimistes Louis et mézigue vu que ça fait plus d’un an qu’il ne s’est rien passé de hard dont on a pris l’habitude à force pas le choix là non plus… Aucune voiture cramée pas de combats de rues avec la BAC depuis les descentes de ces messieurs cet été tous les soirs à l’heure de la rupture du jeûne durant Ramadan ramdam comme on l’appelle nous autres… Là ça avait été la grosse provocation et le Monsieur marocain notre voisin nous a raconté à notre retour des vacances que les gros bras de la BAC s’en étaient pris comme c’est le cas à chaque fois qu’ils déboulent dans la tess’ à tout le monde et à n’importe qui les gens très nombreux sur les trottoirs en cette période de fête tirant avec leurs balles de caoutchouc là où jouent les p’tits et provocant la réaction des jeunes à coups de canettes de bière…

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Mais ce soir c’est drôle on a à la fois l’espoir que ça va bien se passer et à la fois l’intuition que le calme étrange presque bizarre et disproportionné pour un quartier d’ordinaire vivant et animé à ces moments‑là ne va pas durer… Sur le coup d’un peu avant minuit par la fenêtre grande ouverte grâce à la tiédeur de l’air on voit débouler trois camionnettes et voitures des poulagas qui viennent probable nous souhaiter la bonne année on les connaît… Nous comme on est rue de Marseille une des rues chaudes du quartier tout au début de l’entrée de la tess’ côté Enghein et Argenteuil on est toujours aux premières loges pour ce qui est de la baston on est vernis… A peine les premiers cris de “ Bonne Année ” et le tam‑tam des casseroles avec deux ou trois pétards mouillés de feu d’artifice parce qu’il pleut ont commencé à retentir et les habitants qui sont là pas sortis à Paris faire la teuf à se mettre à la fenêtre pour exprimer leur joie et échanger leur enthousiasme que les gaziers descendent de leurs voitures et appellent à rentrer chez soi et à la boucler… 

C’est drôle ça alors l’année dernière ils nous ont pareil interdit de nous souhaiter la bonne année et de manifester notre plaisir d’exister ensemble dans notre quartier en criant de la fermer en envoyant des insultes et des quolibets… Ce sont encore une fois les maîtres du monde qui ne fichent jamais les pieds là où on vit qui décident qui a le droit de faire la teuf aux Champs‑Elisées à Neuilly à Juan‑les‑Pins ou à Nice Promenade des Anglais et pas dans le quartier d’Orgemont ou à La Source hein ? Bon on s’en tape… on continue à crier à chanter à mettre la zik à donf et à s’embrasser dans la rue pendant que la petite pluie fine recouvre la cité de son voile léger et protecteur… Ce qui nous inquiète vraiment c’est qu’à part les poulagas qui font le tour avec voitures au ralenti et une dizaine de gaziers à pieds roulant des mécaniques en plein milieu de la rue de Marseille il n’y a carrément pas un chat dehors une nuit de fin de l’année à minuit dans une cité surpeuplée… Oui c’est ça il n’y a précisément pas un chat… La pluie ? La résignation ? Ou bien les chats ils sont ailleurs en train de préparer une fête à leur façon à tous ceux qui ne se doutent pas que leur règne est bien près d’être achevé ?

Tranquilles on se couche sur le coup de une heure du mat après avoir éteint les bougies de la fête de la lumière et vérifié que rien ne risque de fiche le feu au gourbi car ça crame énormément ces derniers temps par ici entre les apparts pas restaurés depuis 1956 la création de la tess’ qui sont dans un état que vous maginez facile et les boutiques de la rue de Marseille qui sont victimes d’embrasement spontané les unes après les autres… Toujours pas un bruit en bas et on s’endort vite fait et d’un coup brutal je me réveille en sursaut avec dans les oreilles un bruit pourtant familier mais que j’avais un peu oublié celui d’une explosion… C’est tout près pas loin du tout de notre block peut-être le parking en face ou l’autre juste derrière… Boum ! Re boum !… Louis est déjà debout à la fenêtre moi j’hésite entre un cauchemar et remettre les panards dans le réel qui en pleine nuit est soudain plein de bruits… Louis me rassure c’est rien une voiture qui crame sur le parking de l’autre côté on ne voit pas les flammes mais une grande lueur blafarde qui monte au‑dessus de l’immeuble d’en face… une fumée noire et puis blanche et puis des éclats de voix et Boum ! Boum ! Boum !… 

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C’est pas un cauchemar mais il y a une série d’explosions les unes après les autres très rapprochées comme si tout le parking prenait feu et je me dis dans mon demi réveil que c’est drôle d’habitude ça ne pète pas comme ça et ça pue tout de suite le caoutchouc fondu et l’essence… Là ça ne sent pas et ça éclaire d’enfer le ciel les arbres la rue les façades tout autour comme si c’était du phosphore en fusion comme si c’était… Beyrouth ! Boum ! Pan ! Boum ! “ Mais ils vont foutre le feu à la cité c’est Beyrouth !… ” Louis qui en a vu d’autres reste accroché à la fenêtre pendant que dans les blocks autour du nôtre les fenêtres s’allument et que dehors les gens descendent enlever leurs voitures les sortir des parkings les autres reviennent de la fête à Paris ils se croisent et l’incendie crépite comme un fou de joie et les pompiers qui n’arrivent pas… Je suis debout devant l’autre fenêtre pour voir qu’il y a un nouveau départ de feu plus loin de l’autre côté de la cité sans doute un grand panache noir et de petites lueurs orange et blanches et Boum ! Boum !… 

Des explosions encore et encore… on ne sait plus combien et toujours cette immense violente redoutable lueur blafarde qui éclaire les blocks de béton en contre jour et les fait scintiller d’une ombre noire inquiétante… On n’arrive pas à retourner se coucher même après que les pompiers aient commencé à arroser le désastre et que la ronde des voitures de police avec klaxon ou sans traverse notre rue d’un sens et de l’autre dans un tourniquet effaré et incessant… Pour finir on se blottit l’un contre l’autre angoissés par le crépitement qui ne cesse pas et cette vision de guerre qui nous rappelle celle de l’hiver 2005 à chaque fois une guerre qui ne dit pas son nom et qui débouche sur un peu plus de misère et de désarroi… Je me rendors avec bien du mal et sans avoir la moindre notion du temps qui a pu s’écouler je me réveille à nouveau en sursaut même scénario c’est un remake !… Louis à la fenêtre Boum ! et Boum ! cette fois‑ci c’est en face de notre immeuble sur le parking une voiture qui explose et réexplose de notre quatrième on a le feu grandeur nature devant les yeux…

Le bazar recommence il est cinq heures du mat nuit noire flammes rouges orange jaunes lueur blanche Boum ! à répétition comme s’il y avait des dizaines de bâtons de dynamite dans la carcasse incendiée fumée noire épaisse lumières qui s’allument les pompiers enfin ils ont mis du temps ils sont débordés sans doute on a eu peur que ça se communique aux autos d’à côté il y a un monde fou en bas les gens commentent crient enlèvent leur voiture courent partout s’appellent rient les camionnettes de police reprennent leur va‑et‑vient… Boum ! Boum !… je reste à la fenêtre jusqu’à ce que tout soit éteint Louis s’est rendormi épuisé résigné… on n’en parle pas entre nous pas la peine… comment en parler aux autres… ce qu’ils vont dire ce qu’ils vont croire… mais au fond ce que je m’en fous !… Des phrases sans suite se forment dans ma tête et je ne cherche pas à les arrêter… 

Que faire quand on habite à Beyrouth

Quand le présent à toute allure recule clichy-sous-bois.jpg

Ne nous laissant que la carcasse cramée

D’un temps mort au matin et notre déroute

Que faire quand c’est tout un monde qui brûle

Eparpillant les cendres de notre histoire

La mémoire d’un peuple désarmé

Adorant les dieux qui de lui le séparent

De ses combats et de sa destinée

Que faire quand on habite à Beyrouth       

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Vendredi 24 septembre 2010 5 24 /09 /Sep /2010 23:28

Cher Jean,Montage-caillou-copie.jpg

      Il y a sept ans aujourd'hui qu'on ne se voit plus et que je continue à correspondre avec vous sur mon carnet comme s'il y avait une chance un jour que vous me lisiez comme si vous n'étiez pas parti ailleurs vous qui avez été durant six années incroyablement courtes et bonnes l'ami le plus fidèle et le plus soucieux d'une relation que nous avions nouée tardivement et qui nous étonnait et nous enchantait...

      Je ne sais pas comment c'est possible mais je continue à vivre depuis ce 24 septembre 2003 dans l'étrangeté d'un monde qui n'a plus votre sourire que je retrouvais avec la certitude que ça ne pouvait pas être autrement et que notre rencontre était programmée sur cette page du temps qui nous retire ce qu'il nous donne comme si nous n'avions pas ces trente et quelques piges qui nous séparaient... Cette-obscurite-fraiche.jpg

      Votre amitié l'estime et la tendresse d'un homme simple et grand  dont le savoir-faire et le talent poétique  ont ébloui une génération de créateurs algériens m'ont donné la confiance qu'il faut quand on vient d'un milieu où écrire ça n'est pas un métier et la conviction que c'est d'abord une façon de vivre et de s'émerveiller...

       Quel aurait été ce chemin si hasardeux et totalement improvisé que j'ai emprunté il y a quinze ans de ça dans un monde de personnages rôdés aux mécanismes des apparences moi qui sortait d'un terrier de renard en pleine brousse et qui avais tous les poils de la colère et de l'insoumission farouche hérissés si vous ne m'aviez apprivoisée avec la gentillesse et la malice enfantine que vous n'avez jamais cessé d'offrir à tous ceux qui vous approchaient ?

        Je n'ai jamais su ce qui m'avait fait prendre un stylo et entamer un premier cahier ni par quelle naïveté j'ai pu croire un instant que ces paroles qui me venaient de mes ancêtres paysans ouvriers pouvaient témoigner pour d'autres qui ne sont pas plus que moi des écrivains mais qui ont autant que moi des grenades de mots à dégoupiller pour sortir de l'absence où ils n'ont pas fini d'être réduits par cette caste de savants à l'orthographe sûre et polie comme un capot de voiture de luxe...

Montage-mains-copie.jpg      Votre présence familière complètement insensée à mes côtés et ce que vous m'avez peu à peu ouvert de vos territoires mystérieux et de ces paysages d'Algérie où j'ai voyagé avec vous durant ces six années que notre compagnonnage qui en a surpris plus d'un a duré m'ont permis de traverser sans m'en rendre compte cette société que j'ai toujours fui depuis l'adolescence pourrie à ras bord de créatures masquées aux rires figées de charognes étalées en plein midi et de bouffons grotesques et vains qui m'ont fait si peur alors que j'étais enfant et d'être pour la seule fois sans doute au milieu de cette nasse grouillante dans une insouciance et une légèreté de colibri...

      Et puis un de ces mauvais jours dont la vie a plein son sac à misère cher Jean il s'est passé ce qui n'arrive pas dans les contes car personne ne meurt et rien ne finit et les renards ont des Petits Princes qui les attendent avec des puits plein d'eau fraîche et de roses au milieu du désert... Un jour ça a été l'automne comme aujourd'hui et nous qui sommes des êtres de l'été nous n'avons rien vu venir pas même cette étrange tristesse qui pour la première fois nous avait gardé silencieux devant la couleur rouquine des arbres et le départ des hirondelles vers le Sud qui est ce paysage de votre jeunesse et de notre amitié...Lettre-Jean-a-Dom-copie.jpg

 

      Ces six années cher Jean ont été tellement lumineuses en votre compagnie qu'elles sont désormais la petite lampe chaude et douce à mes mains dans l'obscur des journées où la solitude a remplacé heureusement les fausses illusions et où je cherche  au creux des nuits de lune verte les empreintes du renard roux qui m'emmène là où vous n'avez pas cessé de m'attendre...    

     


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Mardi 16 décembre 2008 2 16 /12 /Déc /2008 23:34

Un Père Noël à crédit…
Epinay, dimanche, 14, décembre 2008   

 

“ SIMPLEMENT, LES BAS DE GAMME EN ONT MARRE QU’ON LES FASSE CHIER.

COMPRIS ? ”

Journal d’un vieux dégueulasse

Charles Bukowski Ed. Grasset, 2007

 
             Hé ! Ho ! Si je reprends cette citation de Buko que j’ai déjà utilisée dans une des p’tites chroniques c’est pas que je sois à court d’idées pas d’danger… mais c’est carrément pour vous dire que “ les bas de gamme ” avec majuscules c’est nous autres dans les cités de banlieue et que Hé ! Ho ! on est là on y est bien on y est même sacrément tout bardés de petites loupiotes comme un sapin de Nawal et leurs pointes de flèches luisantes scintillantes qui trouent le cul des étoiles…
           Ouais… mais voilà… si on la ramène avec la grande agitation les appels d’un bout l’autre des tours Ouaouf ! Ouaouf ! et le tam-tam des brousses d’Afrika qui rebondit sur la peau des trottoirs et des parkings bitume à chaque passage entre les blocks… la peau de la chèvre tendue et son poil bleu-noir et son cuir terre de Sienne c’est elle qui donne les sons qu’on entend de très loin au-delà tout au-delà de la cité géante c’est qu’y n’faudrait pas que vous croyez que les réjouissances et la teuf de la fin de l’année solaire n’sont réservées qu’aux rupins… à tous ceux qui ont de quoi se la faire extra class bourrée de p’tits fours gras de chez l’oie gavée triste de stress… de petites perles noires et rouges de la Baltique du côté d’la Russie de chez Raspoutine and Co…
          Hé ! Ho ! ça non alors les poteaux ! Z’allez pas vous maginer mirontons et zigotos que vous êtes que parc’qu’on est revenus sur nos semelles de pneus d’camions… du caoutchouc black pétrole du vrai du bon d’Arabie du grand cru des raffineries de Dubaï ou d’Assouan c’qui nous empêche pas de voler pareil… z’allez pas vous maginer que parc’qu’on est revenus à l’époque de Jean Valjean et des Misérables alors qu’on avait rien flairé nous autres bigorneaux des esgourdes fourrées à la cire comme les éclairs avec la crème… qu’on va sauter Hop ! Hop ! kangourous culs d’jatte par-dessus l’occasion mirage de s’allumer des artifices plein les mirettes… Hé ! Ho !
          Ici dans la cité des ouistitis la zermi on l’a sentie venir comme tout l’monde faut pas croire avec son stock chouravé aux loges moisies des acteurs miroboles les bouffons d’nos temps spectaculaires de ses armures de plomb qui te tombent dessus la barbaque sans défense dans la Night et te font chevalier mou de la mouise que pas un troupeau d’ânes voudrait après te servir de monture… Sûr que la zermi par ici entre deux rasades de courants-d’air sous les passages banquise bleuâtre des blocks qui t’dépouillent de tes fringues fantoches si t’as pas l’burnous de la laine épaisse des Hauts-Plateaux… sous la capuche des sweets même plusieurs comme des oignons on les met… t’as des piercings glaçons d’mercure aux oreilles et tous les frangins c’est com’ac… la zermi nous c’est dans la mémoire de notre peau qu’on l’a probable…
          Sauf que depuis qu’on est nés et qu’on a grandis entre cousins au milieu d’la ville béton d’ici sur Seine Ouaouf ! Ouaouf ! on se la coltine ensemble la copine d’un block l’autre les escaliers les halls les parkings les bancs les rues d’la tess’ aussi… donc de partout qu’on s’tourne on est logés pareil gaulois pas gaulois la galère identique on rame idem… pas de privilégiés qu’ont de la tune et des avantages… pas de lascars diamantés qui te regardent bizarres quand tu vas juste faire un tour du côté où ils crèchent leurs villas leurs parcs leurs bagnoles… Non ici y’a personne qui finit le mois facile et qui s’en met plein son écuelle alors au moins on n’se sent pas différents et y’a pas besoin qu’on se la joue entre nous…
          La zermi elle peut se pointer quand elle veut on l’attend… la gueuse c’est notre héritage des siècles qu’on se la refile… c’est notre histoire vous comprenez ? Hé ! Ho !

          Donc je vous disais qu’il faudrait pas que vous croyez que parc’qu’on est un peu fauchés et que nos vieux ont radiné dans ce coin-ci de tous les rebords d’la planète sur leurs semelles en pneus de camion qu’nous autres la fête de Nawal avec ses flammèches pointées sagaies sur le p’tit cul des anges papier doré on n’va pas se la faire Hé ! Ho ! vous rigolez ou quoi ?…
          D’abord la fête ici c’est tout l’monde qui la fait au moment du black out total d’l’hiver… “ Black out ” c’est “ Noir dehors ” que ça veut dire littéral si on traduit comme ça et c’est pas une image vu que dehors c’est la Night le matin quand on s’lève et le soir quand on s’rentre et avant et après pareil c’est la Night d’un bout du jour l’autre si on veut… Ouais tout l’monde la fait gaulois pas gaulois musulmans blacks cathos pas cathos et les autres mélangés de toute la terre ils l’a font ! C’est pas l’affaire d’la religion du pognon qu’on a qu’on a pas… même sans rien acheter presque rien quoi on la fait la teuf du moment qu’y a de la joie et de la bonne amitié dans l’air on n’laisse pas passer… Hé ! Ho !
          C’est la fête des loupiotes qui clignotent sur les murailles béton des blocks comme si ça les rendait moins moches moins tristes de gris toute l’année et qu’on les repeigne un peu de couleurs pareilles que celles des boules et des guirlandes et que ça rende les barres et les tours légères comme des flammèches qui vont trouer le cul des étoiles et leur montrer que nous aussi on a la grande classe ! Ouaouf ! Ouaouf !
          C’est tout à l’heure que je descendais direction le magasin qu’est pas loin de notre côté de la cité juste tu traverses la nationale qui nous coupe la ville en deux les veinards qui squattent du côté de la Seine c’est nous… tu traverses et tu y es… Je descendais pour les commissions la nourriture même si on essaie beaucoup on a pas réussi à s’en passer comme on fait avec le reste… je descendais sous la pluie qui bricolait ce qu’elle voulait des tas de lucioles gelées sur la figure des gens…
          On se croisait courait une grosse dame avec son parapluie retourné qui appelait le chauffeur du bus déjà il est reparti et les vitres dedans c’est que de la buée… transport de fantômes en commun renfrognés la tête dessous la capuche mais lui il l’a vue il s’arrête Hop ! ouvre la porte elle a du mal à monter elle se hisse Hop ! Hop ! Referme la porte redémarre… Nous on patauge flic‑flac… accélère… on va tous au même endroit… des bolides qui traînent des caddies ou des gros sacs… des chevaliers aux armures de plomb je vous dis…
          C’était un gamin de la cité probable avec son vieux qui n’était pas vieux du tout par exemple 25 balais dernier carat et le p’tit avait foncé bondi au milieu des rayons se choper un Père Noël chocolat avec papier doré rouge argent comme vous savez que ça brille un max c’est ça qu’est chouette… Son vieux qu’était son presque frangin venait pas pour le Père Noël vous vous doutez mais pour le sapin…
          Dans c’magasin qu’est plutôt à prix pas trop élevés y a des sapins sans les racines et qu’on peut avoir pour une dizaine d’euros des grands c’est la vraie teuf ces sapins-là ouala ! Le p’tit avait calté disparu rayon des Pères Noël qu’on se bâfre avec les mirettes dilatées d’un greffier qu’a repéré une tribu de souris sans défenses et l’autre qui s’était décidé pour un des sapins que ça avait l’air complexe vu le nombre y’avait des difficultés dans le choix… et le choix du sapin c’est primordial ! Ouaouf ! Ouaouf !… il l’appelle… personne qui répond… il l’appelle il l’appelle…
          - Mouloud ! Mouloud ou que t’es barré ?… ça y’est oui ou non ?…
          ‑ …
          Le Mouloud il devait vite fait se dire que s’il se débrouillait le Père Noël chocolat la gourmandise qu’est la plus épatante de toutes il allait l’avoir mine de rien…

          ‑ Mouloud alors !… c’est comment que je te le dis ?… tu rappliques ouais ou quoi ?…
          Toujours pas de Mouloud qui répond et l’autre avec son sapin emballé nylon blanc il a l’air de celui qu’est complice du p’tit tellement ils sont jeunes tous les deux…
          ‑ Moulou…ou ou oud !…
          Pour le coup comme le ton de la voix il part dans les aigus le Mouloud sort d’un rayon pas plus haut qu’un tabouret avec son Père Noël dans la paluche et l’air drôlement satisfait comme quoi c’est dans la poche… Sauf que vu qu’il est au parfum que si tu passes pas par les caisses t’es un faucheur de Père Noël il se pointe de l’autre côté en face du daron qui tient le sapin par la touffe et les deux ils ont l’allure que vous imaginez…
          ‑ Mouloud ça va pas non… tu laisses ça dans l’rayon et tu sors par ici qu’on paie le sapin à la dame et fissa !…
          Mouloud pas franchement d’accord il est et il prend la file des grands la plus longue des fois que ça aide… le Père Noël scintillant chocolat rouge et argent dans les pognes et sûr que s’il le lâche on va en entendre causer…
          ‑ Ya Mouloud tu passes par ici sinon je viens te chercher moi ! Comment je te le dis… ?
          Mouloud il a bien reluqué le sapin qu’est un autre objet de convoitise extra mais c’est les deux qu’il veut et la technique ça doit faire des nuits qu’il la met au point et qu’il dort pas pour améliorer l’affaire… Devant lui dans la file les gens ils commencent à se marrer franco le vigile qu’est un blackos plutôt bonne pomme pareil et les deux ils jouent à celui qui attrape l’autre terrible !
          D’un coup y’a une grosse dame une gauloise avec un fichu bleu paillettes dorées qui vient souvent faire ses courses dans c’coin je la croise régulier… elle cause avec les caissières elle connaît le job peut-être une des personnes qui fait traverser les p’tits d’la cité avec son vêtement jaune fluo… elle trouve que ça dure assez c’t’histoire pour un Père Noël chocolat à deux euros on va pas le retirer des mains du loupiot non… ça serait le comble de la radinerie alors que dans une semaine c’est la teuf des mioches !
          ‑ Allez arrive par là avec ton Père Noël que tu vas pas y coucher dans c’magasin et nous autres avec non ?…
          Le gars de l’autre côté des caisses avec son sapin par la touffe qu’il tient toujours il avait déjà tendu la monnaie à la dame de la caisse pour payer et probable il a pas plus en poche… c’est le sapin ou le Père Noël c’est pas les deux ça se voit sur sa figure qu’il est pas dans le coup qu’a mijoté le p’tit et que ça l’embête fort… il voudrait que l’autre rapplique… qu’il ait pa s à jouer d’son autorité et que ça fasse un drame…
          ‑ Mouloud… viens par ici qu’on paie le sapin à la dame et on y va… il dit d’une voix qui a pris un ton câlin au cas où le gamin se laisse avoir…
          Le p’tit s’est rapproché de la dame au fichu bleu turquoise doré et le Père Noël dans les mains il la regarde avec l’intensité d’un chercheur d’or qui a dégotté une énorme pépite… la femme qui a déjà préparé la monnaie vu que c’est elle le plus proche de la caisse pose la pièce devant la caissière qui rit et tout l’monde comme elle… Sûr que le p’tit il nous l’a bien jouée mais on est d’accord parc’que c’est comme ça entre gens qui ont pas l’habitude de faire la fête tout seuls dans leur gourbi en s’moquant des autres qui tirent la langue devant… ouais c’est comme ça chez nous… Ouaouf ! Ouaouf !
 





A suivre... 

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Jeudi 4 décembre 2008 4 04 /12 /Déc /2008 22:48

Tout au bout…
Jeudi, 4 décembre 2008 

      D’habitude j’aime pas du tout parler de moi vous savez… et même quand j’écris “ je ” c’est toujours quelqu’un qui passe un peu comme dans un de mes poèmes : “ Le sage pas sage est passé par ici… ” C’est un je‑nous enfin sans jeu de mots un je pluriel et que celle qui raconte utilise pour être là en chair et à poil sur la peau du papier pas plus… ouaouf ! ouaouf !… Mais je n’vois pas pourquoi je vous dis ça vu que depuis que vous lisez nos petites bafouilles des Cahiers vous êtes au courant…

Pourtant y’a un bout de temps depuis que je rejoins dans la galère les camarades que je n’connais pas et même si je les retrouve depuis trois piges sur les bancs ou plutôt les chaises dures de l’ANPE très moche et glauque passable on n’se cause jamais sauf pour des renseignements pratiques… c’est comme ça l’être humain qu’il est il paraît… moi je n’sais pas j’observe je matte et je mets ça sur des p’tits paplars ouaf !… donc y a un bout d’temps que je songe à vous faire profiter de ça aussi pas d’raison !

Pas d’raison même si j’ai pas plus envie que les autres de mettre dans notre blog des Cahiers le pire du quotidien qu’on est pas mal à se farcir des gens de mon âge quoi… 52 balais y en a plein qui ont choisi un chemin de traverse et qui n’se doutaient pas que le monde qu’ils voulaient changer de toutes leurs forces à 15 ans il allait devenir ça… et que là-dedans ils seraient comme la p’tite souris du placard… ( voir le blog de Quichotinne ) contraints soit à changer leur joli costume gris pailleté cendres du poêle en un tout neuf fluo jaune vert bien repérable des vigiles du travail obligatoire… soit de crever de faim et du reste…

Bien sûr qu’y a des années de ça quand on était ados et ensuite la liberté de faire de notre vie qu’est unique quelque chose qui corresponde à la vision qu’on a de soi dans ce monde c’était déjà pas donné à chacun de la même façon mais nous autres petits enfants et arrières petits enfants d’ouvriers paysans comme vous savez que je vous en ai déjà causé un peu on a des ancêtres qui se sont battus pour pas qu’on les mette en esclavage et pour défendre l’idéal qu’était déjà le leur de la solidarité et du partage alors on a des raisons très solides de continuer ce chemin-là… Et plus encore que nos décisions politiques de ne pas brader notre quotidien à n’importe qui et à n’importe quoi faut dire que quand on avait 20 piges on pouvait encore vivre libres et inventer sa route… mettre en chantier ses projets les plus fous et partir à l’aventure et puis rebondir vers d’autres destinées dans ce paysage-ci…

Sûr qu’on en a fait des choses nous autres c omme me le reprochait le gazier de l’ANPE hier en matant l’air un peu dégoutté mon CV que j’avais rédigé en tirant la langue appliquée comme à l’école… c’est vrai ma vie elle est pas ordinaire… “ Oh là la ! qu’il a dit en retournant la feuille dans tous les sens… c’est trop fourni ça… ” Ben ouais quoi… c’est pas tout l’monde qui reste dans son p’tit coin de pavillon à faire le même job à sortir son chien et à somnoler sa vie…
      Alors après hein ! faut pas venir te plaindre si tu en es là où tu en es… Mais au fait j’en suis où moi ? Il le sait le monsieur qui arrête pas de pianoter sur son clavier en grommelant des “ putain… c’est où ce truc… merde… je trouve pas… ” Drôlement pas éduqué le mec pour un fonctionnaire que je me pense en dedans… si c’était un p’tit des cités qui causait comme ça on lui dirait qu’il est grossier… mal élevé… Bof… pas d’importance… ici on est entre gens qui ont tout foiré non ?

Moi en fait je ne leur ai rien demandé et je me plains pas de ma vie qu’est pleine de petites loupiotes généreuses et de rencontres extras sauf que si on pouvait encore comme avant nous autres les créateurs vivre de notre imagination de nos inventions et de nos p’tits jobs facétieux tranquilles… ça serait bien et on aurait pas besoin de leurs aides pourries qu’ils nous comptent à l’haricot prêt et qu’ils nous monnaient de cent mille heures de RV perdues à rien dire pour rien glander avec du rien vivre au bout… de rien… Tout ceux qui ont à peu près la cinquantaine et plus se rappellent comment on passait de petits boulots en petits boulots nous qui n’étions pas “ entrés dans la carrière ” et souvent pas des plus drôles mais on avait vingt berges et de la vitale énergie plein les pognes !
         Et comment pendant au moins d’autres vingt berges qui ont suivi ont a vécu de notre utopie de créateurs et “ d’artistes sans art ” comme le dit l’ami Louis… Ce qui n’nous a pas empêchés de bosser dans les centres culturels et autres maisons de la culture avec des gens en cours d’alphabétisation avec des jeunes en échec scolaire avec des femmes immigrées qui venaient écouter nos lectures et nous offraient en échange des gâteaux qu’elles avaient fabriqués pour nous…

Ouais… c’était une époque heureuse et y faut bien comprendre que quand tu vis là‑dedans des années la vie intense et magique qui devrait être celle de tout l’monde tu n’peux pas et tu n’veux surtout pas te recycler vendeuse de machines à laver par téléphone ou démarcheuse à domicile pour des assurances pourries pas question ! non de non alors ouaouf ! ouaouf !… Faut que j’vous raconte aussi que comme je n’suis pas née de la pluie sur les coquelicots ce qu’est dommage je me suis doutée y’a quelques années que la société qui était en train de se profiler nous ferait pas de cadeaux à nous autres les créateurs d’inutile comme le dit si justement et joliment Werner Herzog un des cinéastes réalisateurs le plus follement extra que je connaisse…


      Donc après avoir publié mon premier p’tit bouquin Par la queue des diables en 1997 me suis décidée à tenter de faire la part des choses et de m’organiser un peu pour n’pas périr d’ici les lendemains que je
n'voyais pas chantant.
      Et le sort m’a filé un p’tit coup d’main sympath en me faisant rencontrer une femme et puis d’autres à Montpellier pendant la présentation de ce petit livre et j’ai cru niaisement que j’avais une ou des amies avec qui mon vieux rêve de mettre en route une édition de femmes en Méditerranée et une revue ça allait le faire… J’vous passe les fourmilières de détails que sinon vous n’lirez pas c’est qu’y en a eu des histoires depuis… On a fomenté cette édition et la revue aussi à deux d’abord puis trois filles drôlement complémentaires au départ c’était le panard !…

Ça se passait en 1999 et j’ai mis dans cette entreprise le peu de fric que j’avais qui était l’argent de la bourse d’écriture que j’avais reçu du CNL pour écrire mon bouquin Jean Pélégri l’Algérien Le scribe du caillou qui est paru début 2000 aux Ed. Marsa chez ma copine Marie Virolle… Cette petite maison d’édition associative avait un double but qui était de publier des femmes qui ne pouvaient pas le faire vu le côté un peu hors norme de leurs écritures et de me filer un salaire par le biais d’abord des contrats aidés durant quatre ans et puis d’une embauche définitive à mi-temps au départ… On avait décidé discuté palabré sur le sujet des heures et Hop ! c’était bon… enfin que je croyais… A l’époque je faisais extraordinairement confiance aux femmes…

Là-dedans j’avais officiellement un poste de secrétaire mais en réalité j’étais la responsable de rédaction de la revue… la lectrice des manuscrits et je me tapais le boulot de réécriture coton alors ça !… y’a des gens qu’écrivent avec leurs pieds et en plus il se croient… me tapais les corrections les salons les lectures les ventes et le reste avec les copines… chacune avait sa part du job et moi encore plus bête que ma grosse chienne de Bonie ( ceux qui ont lu l’histoire de la machine à écrire qui s’appelait Calamity Jane connaissent Bonie… ) j’ai jamais fait de papiers pour être sûre que je ne me tapais pas des centaines d’heures de boulot et la responsabilité maous vu que les autres elles captaient pas… le nombre de fois que j’ai dû gueuler qu’elles laissaient passer des trucs nuls… donc pas de paplars et du boulot à mort pour 600 euros par mois jusqu’à 800 le dernier mois avant qu’elles me virent…

Pas la peine d’ergoter là-dessus je vous raconterai ailleurs toute l’affaire vu qu’entre femelles on se fait le pire maintenant je le sais et je travaille avec des mecs c’est plus simple… Le coup dur pour moi c’est que je me suis retrouvée dehors de l’édition que j’avais créée en août 2005 ( le 31 c’était bien tombé c’est le jour de mon anniversaire… ) et si vous comptez bien vu que j’en ai 52 aujourd’hui ça m’en faisait juste 49 ! Si j’avais tenu encore une pige je pouvais avoir ce contrat aidé jusqu’à la retraite ouaouf ! ouaouf … le mot qui me fait rire ! à cause d’une loi sur le boulot des 50 balais et plus qu’est passée à c’t’époque… Et zouh ! moi je me retrouve dehors avec peau de balle et mes quinquets vert pomme pour pleurer… les amies c’est chouette !

      J’vous raconte pas ça pour que vous pleuriez sur mon sort car aujourd’hui j’en rigolerais plutôt avec le recul mais parc’que je sais qu’y a plein de gens à qui c’est arrivé et qui ont pas l’occasion de l’écrire ni de le dire… Alors comme disait notre poteau Antonin… Antonin Artaud évident… je l’écris pour les autres…

Me v’là dehors de l’affaire sans une tune et vrai si y’avait pas eu ma copine Marie Virolle qui me file des piges à faire de temps en temps et qui publie mes bouquins… et si y’avait pas eu mon ami Louis pour qu’on réalise nos Cahiers des Diables bleus je serais où moi à c’t’heure ?… C’est entendu pour les gens qu’ont de l’expérience que toutes les personnes qui m’écrivaient que je publie leurs bouquins et que je les aide et que et que… m’ont plus donné signe de vie une fois dehors… et que celles qu’ont pu ont sauté sur la place mais ça… c’est la vie chez les ripous non ?…

Bon… que je vous remette les pieds sur la terre en vous finissant mon récit avec l’ANPE pour son premier épisode parc’que m’est avis que vous en aurez d’autres… Donc chômage… alors chômage sur un CEC de 600 euros vous voyez un peu ?… et puis après plus chômage et pas trouvé travail dans écritures ni corrections ni lectures ni rien… alors alloc spé de solidarité… ouais vous savez bien c’est là qu’on a droit à 450 euros par mois à rien faire… le pied hein !

“ Vous pouvez pas rester à rien faire… ” qu’il m’a dit le monsieur de l’ANPE hier celui que ça fait le cinquième que je vois où on me renvoie Hop ! Hop !… rien faire… ah ouais c’est vrai j’oubliais que publier des articles dans des revues un ou deux par mois… 11 bouquins en 10 piges… tenir une revue et un blog à bout de bras depuis trois ans… faire des piges au black ici et là… participer à tous les salons possibles… écrire des entretiens avec des créateurs algériens… c’est rien faire OK… Mais c’est vrai que quand j’avais proposé à  la dame qui me coachait avant ce guignol-là drôlement fière de ma trouvaille de monter des ateliers d’écriture avec d’autres je trouverai je m’débrouillerai… elle m’a répondu “ Mais c’est complètement minimaliste ça… ” 

Drôles ces gens qui ont un job tranquille planqués dans une ANPE surchauffée et qui se permettent de mépriser le travail des autres vous trouvez pas ?… “ Même si vous devez accepter un travail pas valorisant il faut bien vivre… ” qu’il m’a dit d’un ton paternel le monsieur de l’ANPE… hier encore en me refilant à un sixième gugusse que je dois voir dans une semaine pour décider après palabres et enquêtes ce que ça sera le “ métier pas valorisant… ” je redoute le pire comme vous vous en doutez…

Bon… j’me vois bien pousser les feuilles mortes avec les autre s que je regarde chaque jour en bas sur les trottoirs de macadam black de la cité… y sont de plus en plus nombreux alors entre fous on va bien se marrer probable… Sinon y a les poubelles aussi à vider avec la dame algérienne elle est toute seule elle pour ce job répugnant… je pourrais lui filer la main… on serait entre payses et on pourrait causer de l’Algérie… des poubelles de l’Algérie qui sont pas plus crades que celles d’ici… ça me changerait pas… Et puis autour des poubelles y a des rats et moi j’aime bien les rats… c’est des papivores comme moi les rats… y’en a plein dans mes livres je pourrais les étudier de près… les rats… ouaouf ! ouaouf !…

Alors pour paraphraser un peu Céline mais à ma taille de p’tite ouistiti… ouais alors si des fois vous aviez dans vos relations des gens qui cherchent quelqu’un pour de la saisie de textes des piges des corrections… des fois hein ? même ça serait au black ça me gêne pas… vous m’aideriez… parc’qu’y faut bien vivre… et puis moi je continue à vous écrire des histoires… c’est d’accord ? Ouaouf ! Ouaouf !
A suivre...             

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Mardi 18 novembre 2008 2 18 /11 /Nov /2008 23:18

La petite ouistiti suite...
     Ce texte prend la suite de celui publié le 8 septembre 2008    
          La première des choses que je savais depuis que j’avais mis les pieds dans le pensionnat stalag Notre-Dame des impostures y avait de ça deux années et que j’avais vite fait été mise au parfum de l’atmosphère société policière qui règne dans les endroits où la liberté c’est même pas un souvenir une odeur rien du tout… la première des choses… y fallait pas qu’on m’entende approcher de la porte du bureau de la sœur supérieure… celle qu’on appelait l’0eil vous vous souvenez ? Et dans ces cas-là c’est la p’tite ouistiti qui se mettait en campagne… ça n’traînait pas elle avait des ailes aux pattes pour ce genre de comédie…

Dedans y avait les trois lascars… les caricatures qui s’étaient engouffrés pointe des panars… Hop ! Hop ! comme s’ils étaient capables de légèreté ces trois-là la casquette qui reluisait sa crasse en filaments juste au-dessus du crâne où des touffes de cheveux rares épais qu’on aurait dit du crin sans la couleur particulière de celui des bourrins derrière les oreilles s’hérissaient et l’odeur remarquable qui n’les lâchait jamais… au bistrot à la messe au bal du 14 juillet on les repérait de loin… ils reniflaient ils empoignaient… ils puaient vraiment que ça donnait mal au ventre terrible…

C’était pas des senteurs animales qu’ils embarquaient partout à leur suite… celles grasses des mamelles chaudes du crottin mouillé de la paille et du poil… et la buée des naseaux… des ramassis d’étables et de porcheries ça nous impressionnait pas au stalag des Anges vendus on remuglait abominable aussi tout pareil de notre animalité à nous autres… celle des filles au corps caché honteux… du sang en croûtes des rigoles le long des cuisses jusqu’aux chaussettes derrière les genoux… j’ai vu ça je vous raconte… douze ans qu’on avait c’était pas le Moyen Age… Et le bleu sucré doux des photophores nous planquait à notre épouvante…

Non… leur puanteur aux trois péqueneaux les rois mages de la malédiction les annonciateurs d’une mauvaise affaire qui nous arrivait du côté du village comme d’ordinaire… c’était autre chose… et ils étaient passés courbés comme des porteurs de cadavres sous le poids croquignole de leur mission par la grande porte du devant face à l’œil complaisant de la sœur gardienne que rien étonnait… C’était une sorte de sueur de mort une mauvaise haleine glacée et rance de celle qu’on trouve entre les chicots pourris des macchabées avant qu’on les mettre dans le trou du ventre de la terre et qu’elle les mange… Une croupissance d’êtres qu’avaient pas eu l’occasion de la fraîcheur… ça non alors on en était sûrs…

Ils ramonaient du dedans c’était tout le couloir qu’en avait vu d’autres vous pensez à l’intérieur du stalag si y en avait des ordures et pas du peu… qui les vomissait les schnocks… raouf ! raouf ! ses planches qui s’en gondolaient me rebalançaient en plein museau leurs relents d’agonie… leur faisanderie leurs lambeaux… Et même si j’en crevais de dégoût et que j’attrapais la maladie des femelles corbacs qui nous gardaient entre les murailles du stalag pensionnat fallait que j’y aille… que je voie les choses pour me virer un bon coup de ma niaiserie de mon ensauvagement au creux des maisons des arbres où j’avais enfoui mes premières tanières… mes demeures animales.

          A force j’avais fini par la rejoindre la porte qui me séparait d’eux… celle qui me tenait à l’extérieur de ce monde-là depuis mon expérience de petite ouistiti… depuis toujours… D’abord je collais mon oreille tout contre son bois qui avait un parfum drôle de vanille et de cire comme une douceur que je m’attendais pas et à cause du silence qui se fracassait autour à l’heure où les autres agglomérés en grumeaux les bonnes-sœurs et les filles étaient occupés à bâfrer c’était facile d’entendre ce qui se disait se chuchotait se complotait de l’autre côté… 

En somme y avait que deux voix… pas d’embrouille possible… on s’y repérait comme en plein jour entre celle aiguë aboyant de la mère supérieure et le chœur des trois figurants mâles improvisant ses répliques en sautillant d’une syllabe l’autre… Toute façon même sans avoir la compréhension des mots qu’ils crachaient comme le tabac d’une mauvaise chique c’était pas difficile de deviner ce qu’ils étaient venus faire là les trois rois mages qui arrivaient à l’heure du repas de midi un samedi les bouffons… sûrement ils nous apportaient le dessert vous pensez pas ?…

Pour savoir ce qui se tramait entre les acolytes qui étaient des créatures malfaisantes et qui possédaient l’avantage du pouvoir sur nous les prisonnées du Stalag Notre-Dame des entourloupes j’étais décidée à l’extrême des audaces et ça me bouillonnait dans les veines d’excitation et de panique à la fois… c’était de l’aventure extra qui me tombait entre mes aile s repliées sous la blouse bleue et j’allais pas louper ça… J’ai collé mon œil contre le trou en m’accroupissant c’était pas la position facile à tenir et je les ai vus… l’Oeil avait été chercher dans sa collection de souvenirs une photo de classe où on pose style les oignons dans la caisse avant la plantation et elle l’avait au bout de sa main tendue devant les trois qui mataient … qui mataient…

Ils se sont reculés pour voir mieux et ils ont hoché la tête de connivence les trois en même temps avec le mouvement des automates des bazars quand on les remonte tous et qu’ils agitent leur crâne de ferraille creux haut bas… haut bas… droite gauche… gauche droite… Hop ! Hop ! Ils étaient d’accord… y’avait pas de doute tous les trois ils s’échangeaient les regards approbateurs ils se consultaient… pourtant y avait comme une hésitation qui les poignait ou bien c’était les conditions du marché qui allaient plus… Je n’savais pas ce qu’ils allaient décider et ça me faisait tordre de bonne rigolade comme ça n’m’était pas arrivé depuis que j’étais au fond de cette galère à ramer à me taire et à radoter des oui ma mère… merci ma mère… mielleux et sournois la honte… 

Fallait pas qu’ils bambochent comme ça toute l’après-midi les blaireaux là devant que moi je commençais à me sentir ankylosée de tous les bords et que j’n’avais pas l’intention de rester le museau écrasé au bois de la porte jusqu’à ce que les filles qui ne sortaient pas rappliquent et que mon secret soit plus qu’une vieille affaire éventée alors !… la petite ouistiti qui gigotait depuis un moment elle en avait sa claque de cette planque qui en terminait pas elle grognait et faisait grincer ses dents que ça m’énervait trop… Enfin y en a un qui a pris la décision c’était forcé… ils a pointé du doigt direction de la photo que la bonne-sœur fixait avec son œil de Cyclope monstrueux et j’ai vu la coupure à vif de ses lèvres s’étirer dans un rictus de plaisir qui m’a fait des frissons sur toute la peau du dos et derrière la nuque aussi… Ah ! ils étaient aussi crasseux les uns que les autres ma parole tous les quatre… 

La sœur a saisi le stylo rouge qui lui servait à piéger les fautes dans nos colles et à nous en recoller dix pages et elle a entouré d’un cercle ce que l’autre guignol désignait de son index qui ne tremblait pas… elle a fait trois petits ronds sur la page et le type a dit d’une voix basse que j’ai eu de la peine à distinguer : 

‑ Oui c’est ça… c’est ça… j’les reconnais… z’étaient tout’ les trois…

Et les deux autres ont encore hoché de la tête comme les automates du bazar et lui aussi… ils étaient bien d’accord…

‑ Vous êtes sûrs qu’y en avait pas d’autres avec elles ? Elle a demandé l’Oeil du ton qui leur permettait pas de mentir et pas d’oublier non plus… Elle voulait pas louper une proie la sale croqueuse de charognes… elle les tenait c’était visible… Je n’savais pas comment mais elle les tenait…

‑ Non ma mère… il a répondu celui à l’index sérieux comme s’il comptait ses sous… y’avait qu’ces trois-là…

Elle les a regardé les trois rois mages l’un après l’autre et puis elle a ouvert le tiroir de son bureau pour balancer la photo dedans et d’un signe de la main elle leur a dit que c’était bon… ils pouvaient s’en aller…

La petite ouistiti et moi on a déplié les ailes sous la blouse bleue qui nous grattaient grave et on s’est ruées sur les escaliers en frôlant le plancher ciré et reciré du couloir et on s’est enfilé par la porte de la cour entrebâillée direction la petite forêt et ses arbres ocre jaune vermillon safran et rouquins en attendant la suite…

Quand même… que je me disais une fois perchée dans le refuge des branches qui avaient pris l’habitude de mes chevauchées inattendues et familières… quand même je voudrais bien savoir comment elle les tient… ouais… je voudrais bien… 
A suivre...
 
 

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