Le début de cette année 2012 est encore plus dure pour l'écriture que l'a été la fin de celle de 2011... J'ai toujours eu du mal à relier entre eux les fragments de mes récits pour en faire ces choses qu'on appelle... des livres... Ecrire pour moi c'est de l'enthousiasme à vif qui brûle et puis s'échappe... Sans doute pour ça que je ne suis plus guère publiée désormais car il faut un début un milieu une fin aux histoires hein ? Mais les miennes n'ont souvent qu'un début ou qu'une fin et pas de milieu... ça vous le savez bien...
Voilà que je me suis acharnée à " finir " ces choses ces livres... et à les confier à des éditeurs qui n'éditent pas enfin pas moi... Rien de grave mais juste que sans porte la parole se ferme à moins que ça soit le contraire...
D'où mon silence de ces derniers temps que vous avez remarqué hein ?
Et puis voilà que sorti du bois où je croyais bien mourir de froidure l'éditeur ou peut-être l'éditrice a eu envie de publier peut-être... faut jamais s'avancer hein ?... le dialogue que je mène avec Leïla Sebbar depuis deux ans et qui est lui... achevé !
Alors il se peut que l'écriture r'ouvre ses portes et ses fenêtres qui sait... au
printemps hein ?
Antres-tues
Un œil bleu dans une nuit de henné
Dans une nuit rouquine
Un œil bleu ouvert sur deux
Parenthèses de rimmel fugitives
Une paupière qui lèche des entre-ciels
Dans cette rue les porches sont lourds et mouvants
Comme des quais saouls où viendraient mourir
Des navires mais ils se tirent juste avant
Emportant leur cargaison furtive
Juste avant qu’un œil bleu les lave
Avec l’eau des aquarelles
Un quartier où le poids de la chair fraîche claque
Entre deux coupures mais pas de sang
Papier monnaie emballe beaucoup mieux
Que celui des boucheries
Des ballots de coton comme des sentinelles
Guettent la fin de la nuit
Les blanches matrones des plantations
De l’Afrique à la rue rouquine
Ont épongé mutines
Les fleuves de rubis
Le long des bras tatoués de la Cité
Ses bras brûlants d’amante ensorcelée
Qu’un œil bleu entre ouvre obstinément
Antres plombés à l’humidité de hammam
Eclaboussures sueurs des Négresses
Achetées par paquets jadis
Qui vernissent les strings des Boulevards
Des orchidées de doigts fleurissent sur les fesses
Des filles aux pesantes toisons
Les tenancières se parent d'elles
Un œil bleu ne les quitte pas malgré
Neige violette leur peau
Au bout des seins fripée
Un œil bleu à l’intérieur d’une cicatrice
Dans une nuit rouquine de henné
Les voit comme elles sont
Mille souffles chauds venus de dessous
Le blouson noir des trottoirs morts où crisse
La chair des hommes scarifiée au cou
Par le lacet des muselières
Mille souffles entre leurs cuisses se glissent
Dans ce goulot ils passent à nouveau
Fœtus mouillés au milieu des odeurs de pisse
D’oranges vertes de narcisses
Et de sperme météore
Hommes ils passent sans jamais les regarder
Comme s’ils avaient été tirés au sort
Par un œil bleu dans une nuit de henné
Rue Saint Denis le string des Boulevards se plisse
Le long des cuisses des rues
Rougies d’orchidées nues
Et ça me fait trop mal au ventre
Pour que je puisse donner encore à leur corps
Souillé mon œil bleu dans une nuit de henné
Une nuit rouquine
Où je me cogne cependant comme un navire
Entre les deux parenthèses rimmel
De leur vie que jamais
Personne n’a regardée comme elle est
Personne n’a entendue comme elle crie.







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