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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Image de Dominique par Louis

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Vendredi 3 juillet 2009

      Parce que c'est l'été nos pistes d'écriture vont se faire plus légères plus voyageuses et on va prendre nous aussi un rythme plus tranquille avec des balades ailleurs dans d'autres jardins et on vous fera profiter de leurs parfums et de leurs fruits...
      Et justement puisqu'il est question de jardin un p'tit poème qui a été publié je ne sais trop pourquoi par la revue Voix d'encre animée pae Alain Blanc qui se trouve à Montélimar dans un coin qu'on aime bien juste à côté de la Drôme provençale avec ses vergers d'oliviers et ses champs de lavandes et le bleu turquoise lavé sur l'orange des soirs qui virent brutal au violet l'été...

Le jardinier aveugle


Mon enfance solstice
Ils ont vendu le jardin et le jardinier
Que faisais-tu en ce temps-là ?
j'habitais dans le ventre vert-moulu du puits
Et j'attendais
Que les doigts de mousse des pierres
Me délient de ma maison d'eau

Mon enfance équinoxe
En ce temps-là
Les pommiers ne portaient pas d'autre nom
Que celui de la paume offerte
Et d'un pauvre qui ne savait pas
Que la table était mise depuis l'hiver

Mon enfance sauvée
Pour être sûre de ne pas grandir
Je me suis gavée de groseilles vertes
Et de pommes jamais mûres
Mais les roses étaient déjà grandes ouvertes
Et la pomme coupée en deux
Dans les mains d'un jardinier
C'est vrai que j'avais pris du retard
Mais comment imaginer
Qu'on puisse vendre un jardin et son jardinier ?

Mon enfance promise
Comme si j'avais tué le temps
Sur mes pieds de rosée j'ai musardé
Jusqu'à la porte bleue
Des mains d'oiseaux sans honte plein ma chemise
Des rires de parfums légers plein mes cheveux
Et quand je suis arrivée pour prendre part au festin
Comme ils me l'avaient dit
J'ai trouvé la porte fermée à clef
La nappe pendue à la branche d'un vieux pommier
Qui s'appelait bois mort
Ils ne m'avaient pas attendue
Pendant que je prenais le temps comme il vient
Ils ont vendu le jardinier et le jardin

Mon enfance perdue
En ce temps-là
Une assiette restait sur la table desservie
Pour celui qui passera un jour
Pourquoi n'ai-je pas serré assez fort
Le rêve du jardin
Et la main du jardinier
Dans le secret de mon corps affamé
Enfoui notre joie que rien ne remplace

Que faisais-tu en ce temps-là ?
Je me prenais pour le printemps
A qui pourrais-je donner maintenant
Mon été nu dont le pauvre n'a pas voulu ? 
- Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Jeudi 18 juin 2009

Visiteuse de l'aube

Samedi, 21 avril 2001

 

Petite déesse noire d'Afrique

Surtout Ne pas oublier

De leur payer tout ce que je leur dois

Surtout ne pas oublier

De bien refermer la porte en partant

 

J'entre là où rien ne m'attend 

Excepté les plantes vertes les statuettes

Les coquillages sur les baignoires

Et la petite déesse d'Afrique

J'appuie du bout du doigt sur les sonnettes

Et je caresse des poignées usées ignorant tout

De l'intérieur de mes paumes noires

Ils ne m'ouvrent pas la porte sans regarder par le trou

Comme par l'échancrure d'une jupe offerte

Ils ne voient que ce déguisement

Peau de femme enfilée à l'envers

A l'envers a l'envers de leur temps

"Tu ne sauras jamais t'habiller ! "

Disait mon père en grimaçant

 


Robe couleur de l'aube je peux repartir sans

Je repasse la porte et j'en ai une autre qui m'attend

Sable mouillé en dessous

J'irai toujours  beaucoup plus loin que vous

J'irai jusqu'au bout de l'inconvenance

Jusqu'au bout des promesses que me font

Des inconnus qui croiront m'avoir eue

Mais je n'ai glissé entre leurs doigts

Qu'à peine ce que je leur dois

Un de mes costumes emprunté aux courants d'airs

Y a sur les boutons des portes des traces

De salive et de rouge à lèvres

Je n'ai jamais su me maquiller

Mais je leur ai laissé mes crayons de rêves

 

Petite déesse noire d'Afrique

Surtout ne pas les réveiller

Peau de femme je leur donne volontiers

Surtout ne pas les réveiller

Peau d'ébène qu'ils auront cru toucher

Surtout ne pas les réveiller

 

Jusqu'au bout des lits je reconnais

L'odeur musquée d'un serpent de mer

L'odeur de leur peur des femmes obscènes

Qui ne les laissera pas tranquilles

Mais je ne suis pas une femme pour vous

Riez ! Je suis la visiteuse

Riez mais préparez la monnaie !

Ce que l'on voit c'est ce que l'on paie

Moi aussi je vous paierai

De mes mains ce que je vous dois

Une virée au bord du bateau des-astres

Avec de grands coups de langue

Une chiennerie comme ils diront

Car j'irai jusqu'au bout du nom

Qui me colle à la dernière peau

Et avant l'aube je repartirai

 

O Déesse d'Afrique seule

Tu sais ce que j'ai emporté

En passant et ce que j'ai laissé

Ce que je dois payer pour traverser

Les rues sous leurs regards avides de marchands

J'irai jusqu'au bout des trottoirs noirs

Noirs de leur trouille et des jarretelles usées

Qui servent aux garçons de lance-pierres pour jeter

Des poignées de cailloux qui crépitent

Contre les vitres moites Rançon

De mon sommeil sans eux

Surtout ne pas les réveiller

"Ils t'obligeront à travailler !"

Disait mon père le dos tourné

 

Petite déesse noire d'Afrique

Je finirai par oublier

Ce cheval courant dans ma poitrine

Je finirai par oublier

Ses sabots écorchant ma peau noire

Je finirai par oublier

Je n'appartiens pas à leur histoire

 

O Toi qui veille dans chaque lieu où survient

La visiteuse Toi seule sait combien

J'aimerais dormir dans les bras de quelqu'un

Qui me protège de moi-même

Et de ces terreurs enfantines cavaleuses

Qui s'acharnent Quand cesserai-je de

Me tromper de peau ? Pourquoi

Ce cheval courant dans ma poitrine

Maintenant O Pourquoi cette douleur-là ?

Comme si mon corps refusait refusait

Le droit délicieux d'être une femme

Comme si mon cœur

Se balançait par la fenêtre chaque nuit

Par la fenêtre de trop aimer

Ce vide en moi bleu à mourir

 

Surtout ne pas oublier

Visiteuse Qui que tu sois

Surtout ne pas oublier

De leur payer ce que tu leur dois

Surtout ne pas oublier

Petite déesse noire d'Afrique

Surtout ne pas oublier

De bien refermer la porte sur toi.

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Lundi 8 juin 2009

Sur la baie de Rio

A Pablo qui avait sept ans

Epinay, samedi, 6 juin 2009

 

Hier à onze heures du matin à Rio

Il faisait beau sur la baie et de grands oiseaux blancs

Planaient lents comme des comètes endormies

Comme des avions revenus de loin revenus de la nuit

Des grands oiseaux danseurs de salsa de tango

Et puis ils sont descendus au‑dessus

De l’Eglise de la Candelaria et ils se sont mis à crier

Et leurs cris étaient plus forts que les chants et les pleurs

Et plus terribles aussi

Et personne ne les écoutait

Hier il faisait beau sur la baie de Rio

Et Pablo rêvait à des murènes bleues aux yeux brûlants

Et Pablo dormait dans un édredon d’oiseaux blancs

Hier rien à signaler du côté de la météo

Hier à onze heures à Saint‑Denis

Il faisait beau sous le pont du chemin de fer

Et de grands cormorans noirs suivaient

La tribu des peuples migrateurs

Qui reprenait la route chassés de là chassés d’ici

C’est un peuple libre de traverser son désert

Le père de Pablo entasse vite fait

Les jouets cassés le vélo complètement naze

Sur le toit de la caravane c’est le bonheur !

Le violon l’accordéon et la guitare aussi

Dedans c’est petit mais on se débrouille

Le matelas le réchaud et la bouteille de gaz

Les gamelles le bazar pour la tambouille

Hier il faisait beau à Rio et à Drancy pareil

Et les cormorans noirs appelaient appelaient

Au-dessus de la Seine un monde qui sommeille

Mais personne ne les entendait

Hier il faisait beau sur la baie de Rio

Et Pablo rêvait à des tribus indociles

De grands oiseaux blancs volant sur le dos

A la dérive douce d’immenses blocks de glace

Hier à onze heures il faisait beau à Paris

Et les cormorans noirs muets cherchaient un endroit

Où se poser à Drancy à La Courneuve à Bobigny

Un endroit où nicher où plonger où sécher

Leurs plumes de voyageurs avant de repartir droit

Devant eux n’importe où mais il n’y a pas de place

Pour les oiseaux noirs silencieux dans les rues des villes

Qui vont éparpiller ailleurs leurs plumes et leurs trésors

Hier à onze heures il faisait beau à Roissy

Et de grands oiseaux blancs qui n’ont rien à cacher

Attendaient en rang leur tour de vol vorace

Les enfants pauvres des favelas ne montent pas à bord

Ils poussent des cris terribles au moment où ils passent

Personne ne les entend personne ne les voit

Pendant ce temps la tribu s’est arrêtée

Dans un entrepôt loin des gens il fait froid

Pour manger on allume du feu et puis voilà

Pas de voyage à Rio pour Pablo pas de salsa

Pas de tango non plus pas de regrets ni de remords

Les élus les héros les gens heureux les gens des rues

Les chasseurs d’oiseaux se fichent bien de ta mort

Pour Pablo pas de vie brisée pas de bougie allumée

Pas de messe à Notre‑Dame pas de pleurs pas de chants

Non Pablo pas d’appel sept fois du muezzin pour toi

Gamin mort du peuple migrateur on n’offre à ta tribu

Pas d’abri pas de refuge ni de réconfort

Et pendant ce temps à Rio à Paris à Drancy

Ceux qui partent et n’arriveront nulle part continuent

Enfermés à l’intérieur du temple des marchands

De chaussures de luxe à faire tout pour que ça dure

Hier à onze heures du matin j’étais à Rio

Il faisait beau sur la baie et c’est pour toi Pablo

Que les cormorans noirs dansaient la salsa le tango

Et que leurs voix mêlées à la mienne appelaient appelaient

Des favelas les mains sur les bidons ont répondu

Tu es chez toi Pablo tu es chez toi ici

Et ton âme comète a murmuré merci.

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Mercredi 27 mai 2009

Africa blues

Mardi, 15 mai 2001

 

Il est cinq heures je me casse

Sinistre tour de passe-passe

Par un chapeau troué de guerre lasse

Et pourtant j'aime tant faire la grasse

Matinée De soleil boire la tasse

Grains de café ton cou enlacent

Prêtresse rouge d'Afrique en disgrâce

Escaliers trottoirs caniveaux En face

De moi qui fuis un immeuble bourgeois tu danses

 

Il est cinq heures je me casse

Quand le plastique jaune des godasses

Et les gandouras et les boubous font surface

Enterrés les ouvriers pas de trace

Dans la panse de la mère une volte face

Surtout qu'on ne les voie pas C'est dégueulasse !

A la sortie de l'ascenseur je croise en douce

Une petite dame ensommeillée qui pousse

Un chariot étoilé de balais et d'enfance

 

Il est cinq heures je me casse

De la vie d'un type vide la place

Aux carrefours de nos regards une rosace

Elle a soixante ou plus sa troublante tignasse

D'Afrique décolorée par la pluie aux trousses

Explose dans la crasse en une gerbe rousse

Liane de feu qui enflamme la frousse

De nos âmes paumées loin des appels de brousse

Qu'expions-nous ma sœur dans ces odeurs d'essence ?

 

Il est cinq heures et je me casse

D'une demeure d'or où je perdais la trace

De mes sentiers voyous aux églantines douces

Où tes cheveux carotte et tes nattes d'épices

Sur le coup de cinq heures alors qu'on se glisse

Dans les savanes d'encre aux saveurs de réglisse

Avaient tissé pour moi en un serment de mousse

Toute l'Afrique femme à ma désespérance.

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Dimanche 26 avril 2009
Poèmes bulles
V'là les robots
Epinay, dimanche, 19 avril 2009



Ils ont gagné les robots
Les maîtres pratiquent sur eux
La grande lobotomie
Ils sont morts et ils sont heureux
L’histoire s’écoule au tamis
Poussière leur destin inonde
De sueur ce qui était beau
Et d’ordures c’est leur gloire









 V'là la victoire des robots !
 

Ils ont gagné les robots

Au mitan des champs d’horreur Ils paissent gras veaux d’or ils pansent

C’est pour eux qu’il est fait le monde

On y achète ce qu’on veut

Les clefs à remonter la mort

Voient pas la faim eux c’est la foire

Leur bêtise plein les boutiques

Sous les carcasses d’autos dansent

Le décor immonde d’accord

Tout est géant tout est plastique


V’là le spectacle des robots !

  Ils ont gagné les robots

N’y a plus que des lambeaux

De tissus d’or sur leur armure

Leur décadence est sans défauts

Le peuple las reprend l’errance

Comme les bergers d’Ogadine

Et les guerriers Gallas la piste

Laisse aux robots sotte abondance

 

Des choses dans leurs boîtes tristes

  Les dieux marchands tiennent la faux

Les robots luisent dans l’ordure

Les tribus gagnent la colline.

- Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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