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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Jeudi 4 mars 2010 4 04 /03 /2010 19:49

Testament du jardin et du jardinier

Epinay, samedi, 27 février 2010

Reverie.jpg

L'oiseau de la joie

                                   2

Face à face avec une plaine de lin blanc

Rupture Silence

Voyage suspendu au bord de cette délicate inquiétude

Oser croire que tu vas savoir lui dire OISEAU

Signe éperdument volage

Signe bleu inscrit en toi aussi intimement que ton nom

Et puis ce sentiment d'impuissance      

A quoi servent donc les mots qui nous ont donné des ailes ?

Qui laissera les doigts ouverts ?

Ouverts sans la capture des promesses au bout des ongles

Question déjà posée mille fois pas de réponse

Plus pesant encore en moi le fardeau des jours passés

Leur pierre que je porte

Révolte inutile et brisures sur le tas de chiffons

J'atterris là pourquoi ? J'aimerais qu'il me devine au cœur des vents

Légère silhouette des photophores le long du réseau des rails

Tu as besoin de fuir la peau des fleurs la chair des fruits

Tu as envie de te fondre tout entière avec la plaine de lin blanc            

Petit nuage dans ta tête quand tu penses à lui

Et au don qu'il t'a fait au creux de sa main ouverte

Bleu quand il t'a posée sur le seuil de la fenêtre et qu'il t'a dit

Regarde et voyage bien au-delà de moi

Echappe-moi

Miracle d'avoir été libérée par lui des doigts lacés sur ta gorge

Oiseau je suis avide du vol

Autour des silhouettes légères des photophores

           

J'ai mis longtemps avant de revenir roder

Dans les parages du jardin abandonné

Humides ses pommiers aux troncs remplis de mésanges et de trous

Trous de mésanges dans la tête du jardinier

Tu ne l'imagines pas

Heureusement tu ne sais pas faire marche arrière

T'arrêter non plus tu ne sais pas

Si tu t'arrêtes sur cette image-là précisément Reve-de-pierre.jpg

Des larmes brûlent trop fort comme des boules de camphre

Alors tu t'enfuis sous la tunique de lin blanc

Où tu ne leur laisses entre-voir qu'une vieille ébauche d'odeurs 

Dans l'enfance on se disait en ce cas là précisément des choses

Lesquelles ? Oubliées c'est pas grave

A chaque fois je fonçais dans le tas de houx avec mon vélo

Et je revenais en sang

Ça fait mal c'est pas grave faut que je m'habitue

Je savais avant qu'il faudrait que je m'habitue

 

Pagaille dans le sac aux oiseaux

Que faire pour leur rendre la joie du vol ?

Un oiseau prisonnier c'est encore un oiseau ?

Quel sens ont donc les mots ?

Quel sens intime et fripé a donc le mot

ois… oiseau…

Si on lui retire son I par exemple ?

Oseau… c'est joli aussi

Mais ça boite quelque part ça sautille ça cloporte maladroitement

Avec ce I moi je vois bien ce que je peux faire pour l'oseau dans le sac

J'attrape le mot vol et je lui refile le I perdu de l'oseau

Mais attention ! Où je le mets ? Avant ou après ?

Dans le sac on voit pas

Voil ou viol ?

Si c'est voil il me faut un E pour les mettre au bout du compte

L'osau il n'est plus à ça près VOILE donc

Ça me rend plus proche de lui moi l'oiseau-tortue sur le dos

S'il lui avait pris de foutre des voiles à cet animal

Le vieux Brancusi peut-être qu'on l'aurait pas pris pour l'envers de lui-même ?

Je sais pas VOILEje peux en faire quelque chose

L'OSAU n'aura pas été sacrifié pour rien

                       

Reste viol et celui-là quoi que tu lui retires ça revient au même

Alors devant mes yeux un peu gris l'osau qui m'aime trop

Pour me savoir dans le besoin

M'a donné sa dernière chance de revenir un jour

A son état de buveur de vents

Il m'a refilé l'A qui lui servait d'a-marre au rite des navires

Ça m'a tout de suite fait un bien fou ce petit val

Je l'avais quand même mérité à force de marcher entre les interlignes du diable           

Les pieds en sang et la tête et le cœur

Là on peut s'arrêter et s'asseoir

Voir ce qui reste dans le sac

Faire le bilan

Est-ce que j'ai réussi à semer le mot qui a tué les oiseaux de mon ventre ?

Viol celui qui coupe les ailes et le souffle

Et le sexe tant pis pour lui

J'ose pas plonger ma main dans le sac        

C'est tout noir

Qu'est-ce que ça cache encore ?

   

Je m'endors sans crainte c'est plein de glaïeuls

Mais l'osu ne va pas bien du tout

Il est en train de perdre le seul secret qui lui restait

Planqué sous sa tunique rouge

L'OSU n'a plus l'air de rien

Il n'a plus l'air tout court

Quelqu'un est venu fouiller à l'intérieur de son corps sans méfiance

Et d'un doigt au fond de sa gorge il l'a retiré

C'était un air de rire et de danser dans la lumière

Il l'avait eu au creux de son berceau

Parce qu'il était seul et pas trop débrouillard

C'était un don du ciel comme l'eau des larmes

Tiens il m'a dit prends encore le U si tu veux

Avec le U c'est certain que je reprenais courage

J'avais au moins une chance de m'en tirer puisque le temps

Venait de me mettre l'air dans l'oreille gauche

Avec la sonnerie du téléphone interstellaire qui sent parfois

Les choses et les mouillures

           

C'était le conducteur de locomotive mon grand-père le jardinier

Qui m'avait offert les patins aux roues comme des yeux d'or

Il me les avait posés dans un énorme choux

Le jour de mes douze ans

Je m'en rappelle vu que j'allais tout de suite sortir de la caverne

Où je somnolais depuis ma naissance en compagnie

De l'oiseau torture

C'est à ce moment-là qu'il est mort      

Mon grand-père Et le jardin avec

Un petit peu de temps avant il m'a dit

Ce sont des patins magiques !

Lorsque tu les mettras tu rattraperas le cœur des vents

Mais d'abord il faudra que tu sortes

C'est moi qui vais prendre ta place

Dans la caverne de l'ère du temps

Et à ce moment-là il est mort

Oiseau-bis.jpg

A suivre...

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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