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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Image de Dominique par Louis

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Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /Fév /2010 19:08

Testament du jardin et du jardinier

Epinay, mercredi, 3 février 2010

  Le-tambourineur.jpg

                                 1

Au creux d’un songe de porcelaine légère

Tournent tournent mes mains un monde sans misère

Mes poignets d’ouvrier au tour centrent la terre

Comme un enfant dessine un puits dans le désert

 

J’écrirai un pays qui ne connaisse pas l’hiver

Un pays d’océan aux gardes de papier blanc

Des dunes allumées comme des rouleaux d’agate

Au milieu des îles sans cabanes sans filets

Sans pirogues je dessine une tour de guet

Sans guetteurs armés de sarbacanes de verre

Que des souffleurs de billes blessent au flanc

Pendant que le sang des rats roses salit leurs pattes

Et que les nains jetés à ma poursuite haineux et laids

Cassent les éprouvettes où les cocons poèmes

Mangent le bleu des mosaïques de Perse

Le rouge des piliers de la Mosquée de Cordoue

Le jaune de la maison d’Arles et des moissons

J’écrirai un pays qui ne connaisse pas l’hiver

Avec ses lampes pendues au‑dessus des poissons

Dans leurs bocaux de verre aux mèches d’amadou

Pendant que les fous fuient les nains dessous l’averse

Les nains jeteurs de vitres sortis des harems

Et des chambres froides où ils étaient bouclés  

Blanches comme la mort et ses charognes infâmes

Mes vers font leur boulot ils filent des printemps

Sans faucheurs sans peseurs d’or sans bourreaux femellesMoisonneur-solitaire.jpg

J’écrirai un pays qui ne connaisse pas l’hiver

Dans les demeures des rats y’a ni portes ni clefs

Nos cheveux emmêlés défont les cordes des drames

Où se pendent les gueux traqués depuis longtemps

Les nains aux ongles de cristal et les maquerelles

Griffent le ventre rond des statuettes de terre

Ma machine à écrire n’a plus la lettre I

A tous ceux qu’on harcèle je file le savoir‑faire

Du ver à soie et ses wagons de cocons remplis

D’âmes solitaires et du poème qui mûrit

Qui mûrit malgré la trahison des amis

J’écrirai un pays qui ne connaisse pas l’hiver


Au creux d’un songe de porcelaine légère

Tournent tournent mes mains un monde sans misère

Mes poignets d’ouvrier au tour centrent la terre

Comme un enfant dessine un puits dans le désert

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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