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Testament du jardin et du jardinier
Epinay, mercredi, 3 février 2010
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Au creux d’un songe de porcelaine légère
Tournent tournent mes mains un monde sans misère
Mes poignets d’ouvrier au tour centrent la terre
Comme un enfant dessine un puits dans le désert
J’écrirai un pays qui ne connaisse pas l’hiver
Un pays d’océan aux gardes de papier blanc
Des dunes allumées comme des rouleaux d’agate
Au milieu des îles sans cabanes sans filets
Sans pirogues je dessine une tour de guet
Sans guetteurs armés de sarbacanes de verre
Que des souffleurs de billes blessent au flanc
Pendant que le sang des rats roses salit leurs pattes
Et que les nains jetés à ma poursuite haineux et laids
Cassent les éprouvettes où les cocons poèmes
Mangent le bleu des mosaïques de Perse
Le rouge des piliers de la Mosquée de Cordoue
Le jaune de la maison d’Arles et des moissons
J’écrirai un pays qui ne connaisse pas l’hiver
Avec ses lampes pendues au‑dessus des poissons
Dans leurs bocaux de verre aux mèches d’amadou
Pendant que les fous fuient les nains dessous l’averse
Les nains jeteurs de vitres sortis des harems
Et des chambres froides où ils étaient bouclés
Blanches comme la mort et ses charognes infâmes
Mes vers font leur boulot ils filent des printemps
Sans faucheurs sans peseurs d’or sans bourreaux femelles
J’écrirai un pays qui ne connaisse pas l’hiver
Dans les demeures des rats y’a ni portes ni clefs
Nos cheveux emmêlés défont les cordes des drames
Où se pendent les gueux traqués depuis longtemps
Les nains aux ongles de cristal et les maquerelles
Griffent le ventre rond des statuettes de terre
Ma machine à écrire n’a plus la lettre I
A tous ceux qu’on harcèle je file le savoir‑faire
Du ver à soie et ses wagons de cocons remplis
D’âmes solitaires et du poème qui mûrit
Qui mûrit malgré la trahison des amis
J’écrirai un pays qui ne connaisse pas l’hiver
Au creux d’un songe de porcelaine légère
Tournent tournent mes mains un monde sans misère
Mes poignets d’ouvrier au tour centrent la terre
Comme un enfant dessine un puits dans le désert
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