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Lune bleue
Mardi, 6 décembre 2005
A Louis
Quand on dort tous les deux il y a
Une lune bleue sur notre oreiller
Il ne faudrait pas la réveiller
Un gardien rebel veille par là-bas
Comme sur les kakis quand il gèle
Sur son sommeil Tout peut mourir sauf elle
Elle est la prêtresse des chats mouillés
Par la rosée qui ne vieilliront pas
Il y a quand on dort tous les deux
Sur notre oreiller une lune bleue
Plein de cavaliers cherchant une issue
Pavots perdus dans les champs de blé
Parmi les bouts de verre de couleur
Trésor par les fabriques rassemblé
De nos terrains vagues vitraux en fleurs
Ce sont des lieux étranges remplis de
Marchands d’écureuils et de pardessus
Notre chambre ressemble à un lavoir
Où le savon mousse pétille et puis
Les cavaliers entrent dans l’entonnoir
Pressés ils deviennent un jus rubis
Qu’on boit en dormant élixir extra
Liqueur qui fait dérailler nos nuits
Quand on dort tous les deux il y a
Une lune bleue sur notre oreiller
Il ne faudrait pas la réveiller
Ça serait la fin de l’histoire là
Du gardien rebel Des kakis gelés
Et des écureuils et des pardessus
Qui jouent aux échecs contre les miroirs
Le roi peut mourir c’est une autre histoire
Les verres de couleur éparpillés
Sont vitraux en fleur où nos peurs s’égarent
Et les cavaliers leur tirent dessus
Il y a quand on dort tous les deux
Sur notre oreiller une lune bleue
Des jardins envahis de potirons
Dedans les chats mouillés font leur maison
On quête les noisettes rien du tout
C’était la fête Qui les a croquées ?
Les écureuils les pardessus jaloux
Contre un tournesol qui les a troquées ?
Le facteur fait son enquête la rue
A disparu Dehors les chalands vont
Avant les moissons cueillir des chardons
Pour carder la laine des cache-col
Que les hirondelles tissent au vol
Quand on dort tous les deux il y a
Une lune bleue sur notre oreiller
Oh attention ! Elle s’est réveillée
Le gardien rebel a fait pour dîner
Une compote de kakis gelés
On a plus sommeil et les chats mouillés
Repassent les pétales de rosée
Les vitraux en fleur oubliés là
Par les fabricants de peurs aux abois
Pavots maquillés d’éclats de couleur
Que leur jus rubis tache nos doigts
Avides glaneurs dans les champs de blé
De notre trésor au passé voleur
Eh oui la lune bleue s’est réveillée
Princesse elle s’étire Les draps blancs
De notre chambre lavoir pétillant
Lui tendent un ciel de noces têtu
On les a faits bouillir les a battus
Couverts de roses et de chats mouillés
Dans notre chambre lavoir le printemps
Mousse et pétille clair Part en goguette
Dans le pressoir les pavots font la tête
Leur jus rubis noie nos peurs et les tue
Les écureuils son saouls les pardessus
Voudraient en faire autant mais il est temps
Il y a quand on dort tous les deux
Sur notre oreiller une lune bleue
Princesse elle réclame une omelette
En baillant fort aux étoiles vraiment
Par la fenêtre s’en vont les chalands
Le bruit de leur pas court comme le chant
Des battoirs très lourds sur les draps de fête
On est réveillés tous les deux Voilà
Que la lune bleue vient d’appareiller
Le gardien rebel Les kakis gelés
Ont fait pareil Les chats mouillés sont là
Vêtus de bouts de verre de couleur
Notre trésor nous reste maraudeur
Le vieux terrain vague est notre oreiller
Et la cité notre chambre fidèle
On y dort tous les deux Tout peut mourir sauf elle.
Je regarde cette lune bleue. J'écoute. Je réfléchis, sans doute. Je rêve aussi.
Images... plein.
Il faut que je les trie.
Ces poèmes-là font partie d'un recueil que j'ai écrit entièrement pour Louis quand on s'est rencontrés y a cinq ans et je l'ai intitulé " L'oiseau sauvage "... En fait c'est le troisième celui-ci car j'en ai écrit deux autres avant dont un qu'il a illustré comme il fait avec tant de magie et qu'on a publié dans nos Cahiers des diables bleus. C'est " Talisman amoureux. "
Ils ne sont jamais sortis de mes Cahiers de brouillon mes p'tites écritures peau-aime... J'en ai des tas de Cahiers reliés avec les reliures plastique ou métal chez moi qui attendent je ne sais quoi... Je n'les envoie plus aux éditeurs...
Quand ça me prend la nuit je fouille là-dedans et je vous en déniche un comme ça... La joie de partager des instants tout fous tout forts qui les ont faits... avec toi... avec d'autres des fois... avec des gens quoi...
Et je t'assure que c'est tellement plus passionné que de chercher à publier cette envie de retrouver des traces sensibles... des correspondances d'âmes... Moi ça me va... le reste je m'en moque complet... Alors on continue ?
Je crois que j'ai raté ma vocation... j'aurais aimé être éditeur... mais j'aurais aimé, vraiment pouvoir publier ce que j'aime, sans devoir me demander si ça va plaire ou non, juste parce que ça me plaît, juste pour ce partage des émotions ressenties.
Merci pour ce que tu dis... et qui pourtant me montre une fois de plus que c'est difficile d'être écrivain, d'avoir des montagnes de mots qui attendent d'être prononcés, prêts à surgir... mais dont on a brisé les ailes, qu'on a encagés pour ne pas risquer de les perdre.
Si j'étais milliardaire, je sais ce que je ferais. J'irai chercher ces mots et je leur ouvrirais la cage pour qu'ils volent au vent, allant de village en village, comme avec les griots de l'Afrique d'antan.
J'ai lu chez toi de très beaux mots, j'ai vu chez Louis de belles aquarelles... comme ici, mais différentes.
Je suis heureuse qu'il ait décidé de publier tous les jours. Il a des lecteurs qui l'attendent aussi.
J'aime votre magie.
Alors, bien sûr, on continue !
Merci pour ce dialogue qui nous est déjà familier depuis le temps qu'on se connaît sans se connaître... Maintenant il s'est ouvert sur l'espace de Louis, c'est bien, c'est ce qu'il fallait arriver à réaliser car tout créateur et encore plus s'il est un " artiste sans art " ( je peux expliquer cette expression qui semble interroger les gens si c'est nécessaire ? ) a besoin de sentir que notre culture populaire existe bien qu'il en fait partie et qu'il est essentiel pour " les autres " que sa création soit là...
Ce que tu dis me permettra si tu veux de rebondir sur cette envie d'être éditeur... elle fait écho à des projets que j'ai eus et que j'ai toujours désirés collectifs sans quoi ils n'ont aucun sens que celui du spectacle... J'ai réalisé ce désir et on m'en a chassée... Il n'existe rien de pire que d'être chassé de son désir et je peux raconter un peu ce qui fait que mes mots et aussi en grande partie les images de Louis sont dans " la cage " ou dans la cave vigie ( celle de Jean Sénac un des plus grands artiste sans art contemporain mort assassiné dans sa cave misère et solaire de la rue Elysée Reclus à Alger ) depuis cinq ans désormais...
Heureusement que nos blogs et notre lutte avec une grande amie que tu connais qui est Marie Virolle la responsable de la revue Algérie Littérature Action qui ne nous a jamais lâchés nous permettent d'ouvrir un peu la cage !
Le problème tu vois c'est que cette édition dont tu parles en ce qui nous concerne Louis et moi elle existe ! Et tu la connais : ce sont Les Cahiers des Diables bleus et ça fait quatre ans qu'on les réalise qu'on les fabrique et qu'on les publie tout seuls comme des oufs ! Et qu'on les vend sur des Salons ou personne ne vient les acheter ! Et maintenant ils sont presque tous en vente en ligne sur notre blog par l'intermédiaire de Price Minister et là encore personne ne les commande !
Et pourtant tous ils sont illustrés par Louis et ses images sont pleine page A4 superbes... comme tu sais... Et Marie Virolle a même consacré un numéro complet de sa revue Algérie Littérature Action à publier des extraits de mes contes avec les illustrations de Louis et ce numéro est aussi en vente sur notre blog !
Quichottine tu sais très bien que sans le désir des gens d'acquérir nos revues papier nous n'existons pas du tout ! Le virtuel reste du virtuel qui ne nourrit personne voyons ! Et je t'assure qu'on crève Marie et moi, et Marie est très très débrouillarde pour dénicher des subventions mais sans le soutien actif et collectif des gens à notre travail d'édition plus rien n'est et ne sera possible à l'avenir ni même au présent ! Voilà c'est un appel au secours et je ne rêve même pas qu'il soit entendu...
Si tu veux un jour je peux présenter un peu le n° d'Algérie Littérature Action en question sur la page de ton blog que tu m'as faite et ça mermettra aussi de parler du travail de Marie qui est formidable ! Mais on continue quand même ! Bonne journée Dominique
C'est un monde difficile, et plein de "chacun pour soi".
Je t'ai parlé de cette idée que j'avais eu... mais je n'aurais pas dû.
Je sais que je n'ai plus le courage d'entreprendre aujourd'hui. Il faut beaucoup d'énergie, de jeunesse.
Je n'ai ni l'un ni l'autre.
Mais je garde mes rêves.
Il faudra que je trouve un moment pour parler de tout ça avec toi un jour.
Comme je voudrais pouvoir être autre, parfois !