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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Image de Dominique par Louis

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Vendredi 5 mars 2010 5 05 /03 /Mars /2010 19:31

Le testament du jardin et du jardinier

Epinay, samedi, 27 février 2010

Image-oiseau.jpg


















L'oiseau de la joie

 

                          2

Dehors il y avait un grand hall de gare hostile

Qu'on ne pouvait pas traverser à pieds

Pour rejoindre les rails interlignes

Pourtant il fallait bien

L' oiseau‑tortue ne parvenait pas à se remettre

Dans le bon sens

Il ne savait pas choisir

Entre l'oiseau et la tortue il y'a qu'un pas

Je devais le faire à sa place

Alors on s'est assis l'oiseau et moi

Au bord du grand hall de gare couvert de sable          

Et on a attendu le temps

 

Le temps pour que les choses se transforment

Et prennent l'allure du mot qui leur ressemble

Le temps pour que les patins du voyageur des vents

Se couvrent de givre

Et que je n'aie plus de peine en les regardant

Le temps de deviner qu'avec mes pieds

Je verrai le chemin mieux qu'avec mes yeux

Bleu le voyage bien au delà de moi

Ceux qui habitent au cœur des vents savent

Qu'ils se retrouveront quelque part entre deux glissades

Ils n'ont pas peur de laisser ouverte la main

Au creux de laquelle une autre paume s'est arrêtée

Face à face sous la tunique de lin blanc

 

En enfilant les patins j'ai cru que j'entrais

Dans des souliers de neige

Et j'ai constaté aussitôt que l'oiseau était à l'envers

Une fois remis dans le bon sens sur ses pieds à lui

L'oiseau a éclaté de rire

On aurait pu y penser plus tôt !

Qu'il a dit

Aussi légers que son rire mes pieds voulaient courir

Vers les lignes qui s'enfonçaient

Tout au bout dans la nuit         

L'oiseau voletait autour de moi pour m'encourager

S'il y avait pas eu ce grand hall de gare recouvert de sable

A traverser

Ce grand hall de haine recouvert de regards

A transvaser d'un bout à l'autre de la ville


Est-ce que la table du café où j'avais dessiné l'oiseau

Quand il était encore un mot sans importance

Verglaçait toujours bleu dessous les lampes à gaz ?

Dès que j'avais pu marcher à travers la ville

Incendiée par les photophores

Qui donnaient aux chats des frissons métalliques sur leur dos

Après la mort du jardin j'avais libéré l'oiseau 

A l'autre bout du grand hall de gare recouvert de sable

Les restes de l'OS brillaient

Comme deux canines blanches dans le ventre d'un fruit

 

Mon grand‑père le conducteur de locomotive sommeillait Un-guide-aux-cris-d-aveugles.jpg

A l'intérieur de l'estomac de sa motrice orange

C'est l'oiseau qui l'a déniché au moment même

Où je chaussais mes patins pour remonter vers mon septième étage

Face à face avec la lune

Douce ballade dans la continuité moelleuse des rails

Une enfilade de glace claire

Deux traces de mercure sur les trottoirs

Juste un peu plus étroites que celles de sa machine

C'était sa façon d'écrire les courants d'air de la vie 

Il n'avait pas l'impression de changer de rêve


Il n'a pas fait de difficultés pour emboîter le pas à l'oiseau

Surtout qu'ils allaient dans la même direction

Celle des portes coulissant

Sur la lueur aveuglante des photophores

Et des chats hérissés de poils bleu-nuit

Il savait marcher sur le sable du hall

Sans faire crisser les pattes des petites bêtes

Cachées dessous

Un rire de galets brassés est arrivé

En même temps que lui

Au bout du message interstellaire à la seconde

Où j'allais m'attaquer au corps mutilé de l'OS

Ce qu'il me restait de l'oiseau à coups de ciseaux


Ça a tangué soudain comme lorsqu'on se retrouve

Après un long détour au seuil d'une main ouverte qui bat

Comme le silence après les petits grattements d'ongles

Sur la vitre solitude

Comme la joie de reconnaître la porte du jardinLIBERTE-PRISE-AU-PIEGE.jpg

Après que le temps ait coulé sur les yeux du jardinier

Sans former de rides

Comme le rire fou de l'oiseau qui sait qu'il est arrivé

Juste à l'heure

Pour danser au creux de sa main ouverte

Alors l’oiseau s’est posé sur le seuil de la fenêtre 

Et il a dit regarde l’âme du jardin

Et le cœur du jardinier

Regarde et voyage bien au-delà de moi.

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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