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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /Jan /2010 23:42

Le retour de Sinbad suite...

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Chez Christina Sinbad il s’est retrouvé un peu comme chez Sien et son bistrot “ El Che ”de la Cité aux ordures mais comme c’était la première fois qu’il jouait plus avec les piafs des bombes d’aéro et même s’il avait déjà eu à l’affronter la castagne aux roussins d’la tess’ il s’était pas retrouvé au fond de la cale d’un rafiot milieu des lascars c’qui nécessitait d’la débrouille et d’l’entraide il se disait qu’il avait plus besoin de M’mâ ou d’une femme comme ça autour de lui… Ici pour s’la gagner sa place fallait piger vite fait et pas la ramener en regardant du coin de l’œil ce qu’y’a à savoir !

‑ La paie elle est assurée et costaud c’est le syndic des dockers qu’y veille et par en dessous on rajoute le poiscaille qui tombe sur le quai… qu’il l’a affranchi Tomy… tu vas t’habituer ça arrondit bien ! C’est la façon qu’on a de dire pour les p’tits avantages en souvenir d’une vieille coutume qui dure dans l’métier !

Et Sinbad il a capté qu’y s’agissait du poiscaille que chacun il s’attache à l’intérieur des sabots bottes qui sont taillés exprès de ces largeurs pas communes du tout et avec une ficelle qu’on pend autour du cou planqué par le tablier du ciré qu’est pareil beaucoup trop large… Hop là ! Et vas‑y la marine ! Qu’y a aucun métier autant barbare en dangers d’tout poil que c’t’affaire de se coltiner avec l’océan et ses caprices ses amuseries où des dabs coriaces ont mouillé leur carcasse et que l’turbin du déchargement qui se réglait tout à la force de tenir les plombes durant en cale il mérite… Ouais qu’il mérite et un peu encore ! Ensuite y a qu’à trouver les filières pour refourguer et pas trop se faire secouer c’était un métier que le commerce et celui‑là y supporte pas l’amateur le cave le zinzin ! Sinbad pour sa part il se réfléchissait que sûr c’est d’ce poiscaille-là qu’arrive en loucedé en glissades à la caille d’une façon qu’est pas malhonnête au fond dessus les quais d’la Cité aux ordures où on manigance encore des transactions et des combines un peu ficelle !

Sur le port Tomy il a rencardé Sinbad aux rencontres avec des types qu’étaient d’anciens marins et qui trafiquent sacrément à la refourgue de grosses quantités dans la discrétion garantie… Les gars quand ils causent du marché à la pause au large des rades qu’on pourrait leur faire une oreille ils ont entre eux d’la connivence bourrue et d’la cruauté et Sinbad il se dit qu’leurs ancêtres c’étaient probable des corsaires qu’avaient affûté leurs lames et trinqué à l’aventure aux abordages et maintenant qu’eux leurs héritiers ils en étaient à trimarder à quai ils se vengeaient avec le poiscaille des trésors des coffres perdus… Ce monde‑là il lui plaisait drôlement à Sinbad à cause des histoires que M’mâ lui avait relayées et de son blaze à mystères !

Et malgré que le travail soit plutôt de ceux qui n’donnent pas à st-Malo1000.jpgrêver Sinbad il zyeutait les gars que Tomy lui avait emballé comme des capitaines au long cours le jonc d’or à l’oreille gauche les tatouages et les cicatrices leurs cent vingt kilos et leur barbe qu’avait toujours des reflets roux de l’air d’un qui les matte un par un enjamber les pages des récits des Nuits qu’Yvon le camarade lui prêtait quand il radinait avec son poteau Virgile et qu’ils piétinaient là des plombes à torcher des poèmes dans la compétition d’l’a bonne amitié…

Sauf qu’eux les dockers les canailles du port comme ils se l’envoyaient à la plaisanterie ils rêvaient pas Ah ouiche ! S’ils furetaient fouinaient se rencardaient mollo à la conquête des coins bien paumés des crèches dehors de tout en campagne à l’abandon que la rousse soupçonne pas pour stocker tous ces poissons en caisses de glace et si on peut le géant congélo ça sera le top de l’affaire ! Alors la petite maison chaulée blanc au rebord des marais qu’les hirondelles de mer les promeneuses qui jacassent clarinette au‑dessus elles ont à la caille pour venir se reproduire c’était c’qu’on pouvait faire de mieux ils allaient pas laisser passer la baraka !

 

Ecoute… écoute…

Mario qu’est trop lézard pour aller cueillir des bestioles gluantes blindées d’écailles verglacées au fond des cales il zone bourlingue sur le port et faufile aux tables des bistrots où il gratte sa guitare qu’a traversé pareil à bord d’la grande charrette solaire un morceau du Nord de l’Italie et pis le reste jusqu’ici par les chemins à poussière en chantant dans un engliche sorti des faubourgs de Milan les rengaines de Janis Joplin de Jimmy Hendrix Jim Morrison Brian Jones…

Mario qu’était régulier bien éclaté aux herbes folles avait la passion en délire de Janis qu’il pouvait pas appeler autrement que The Rose et vu que personne au juste à part Sabrina avait d’infos sur c’qu’il avait bricolé avant de faire la route au départ de Florence il accrochait les gens qui se méfiaient pas à cause de son air ado et il leur déballait le récit d’sa virée au festival pop de Monterey sur les traces de Janis et son groupe du moment Big Brother and The Holding Company et il les saoulait avec la performance de The Rose couverte de bijoux hippies et sapée rose vif qu’avait rendu les types et les nanas complètement oufs avec sa voix hallucinée et rocailleuse qui chantait Ball ans Chain de Big Mama Thornton comme on l’entendra pas !

Mario était dans les transes à c’t’évocation‑là ce qui lui arrivait que bien peu faut le savoir et il avait jamais trop pris d’herbe pour pas se souvenir des paroles des deux chansons de Janis qu’il disait par cœur comme des poèmes que les jeun’s des sixties répétaient encore des piges après qu’elle les ait plantés là à tout juste 27 balais… Ouais c’est vrai que Sinbad il avait jamais rien entendu de ce style déglingué à donf quand il se rongeait à l’intérieur des murailles de la tess’ à seize piges qu’avait Mario qui gratouillait des notes sur le ventre de sa gratte et qui disait avec un ton trop grave  “ Me and Bobby McGee ” et rapide il continuait avec “ Mercedes-Benz ” qui forait son tunnel de désespoir dedans les tripes de Sinbad parc’qu'il se bourrait le mou que si Virgile avait pu écouter ça ç’aurait été tellement bon pour lui !

Les gaziers dans les bouis‑bouis du port ils avaient pas l’air renseignés sur ce qui s’tramait à San Francisco de l’autre côté de leur océan qu’était pourtant dedans la même marmite à bouillir les langes d’un monde trop vieux et s’ils en débarquaient des States et d’ailleurs ils le racontaient à personne… Et ils causaient pas plus de la musique rock que Janis dessous son boa rose quand elle avait composé les morceaux de Pearl qu’était sorti qu’après sa mort d’overdose elle leur foudroyait aux boyaux Ya ! Ya ! Ya ! Mais quand Mario se pointait au poignet il secouait les bracelets la-proie2000overblog.jpgde perles de verre de couleurs comme elles en ont les squaw indiennes qui sonnaient sur le rythme des mélodies qu’allaient du folksong au rock et retour en grattant l’instrumental “ Buried Alive In The Blues ” y avait souvent au fond d’leurs quinquets vagues une brume bleu violet qu’envahissait tout et qui leur donnait l’allure des jeunes silhouettes fantomales des mômes de Woodstock… 

Mario il était toujours dans la compagnie de Vishnou qui tendait à la compagnie une boîte de cirage où des pièces rose cuivre tombaient et parfois aussi des petits billets… Vishnou faisait la quête tout nu et crayonné de tatouages stylo-feutre parc’que ça lui bottait et qu’en plus à c’t’époque on avait biffé les pancartes “ Interdit de truc et de machin… ” et les mômes il y allaient c’était comac ! Lorsque la cagnotte était bonne et qu’les petits sous tintinnabulaient c’qui s’produisait quasi tous les soirs Vishnou qu’avait droit comme c’était régulier à la moitié des gains s’baladait entre les badauds du port la truffe fourrée dedans d’une géante glace chocolat et il s’occupait plus d’autre chose que de l’immensité de son plaisir…

A suivre...

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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