Partager l'article ! Le retour de Sinbad suite...: Le retour de Sinbad suite... Ecoute… écoute… Et puis y avait Sabrina et Sinbad ...
Le retour de Sinbad suite...
Ecoute… écoute…
Et puis y avait Sabrina et Sinbad il a pas réalisé d’abord quand il l’a vue dedans sa tenue d’Indienne ses tifs bouclées qu’elle tressait le matin accroupie au rebord du bassin mouillée des gouttes de la baignade et des perles de verre comme un fleur de grenadier ses petites nattes qu’elle attachait pas et son tee‑shirt trop long qui lui arrivait dessous le pubis le dimanche qu’était repos qu’elle avait pareil à Kenza un corps de fille… Sinbad il a jamais eu un goût particulier pour les filles sauf Kenza sa frangine la seule des sept fille des M’mâ qui n’voulait rien savoir de la galère dedans la baraque où toute la family s’entassait se frottait se déloquait et pionçait en dessous des couvrantes de grosse laine la même piaule y en avait pas d’autre mais Kenza sitôt qu’elle a pu elle a refusé les simagrées de M’mâ qui menait la tribu des filles dare dare ! Quand ils étaient mioches Sinbad et elle ils se quittaient pas beaucoup et M’mâ n'aimait pas les manières de cette fille qui suivait Sinbad le taggeur partout et s'habillait comme un garçon…
Kenza y avait un mouvement en elle qu'on arrêterait pas… Pfuitt… Pfuitt… Et peut‑être bien il se dit Sinbad que c'est M’mâ qui lui a donné l’envie d’bouger comme ça dedans son ventre… Ouais comme ça sans savoir parce que M’mâ c'est une femme qu’a choisi sa vie en quelque sorte… Ça oui ! Mais Sinbad lui il avait pas d’intérêt particulier du côté des filles et celles du collège qu’il fréquentait à la va‑vite elles se mélangeaient pas elles restaient en troupeaux dans leur coin… celles qui venaient d’leur côté et qui se sapaient avec les jeans et les tee‑shirts des frangins trop grands ils les traitaient de petites dévergondées ou de folles c’était comme ça… Ça n’faisait pas longtemps encore qu’ils se trouvaient tous séparés dedans les écoles la marmaille des cités d’la banlieue pareil qu’les ouititis de l’autre rebord du fleuve ceux qui créchaient milieu des baraques ouvrières aussi tout l’monde quoi ! Jamais ils se sont posés des questionnement sur ce que ça leur refilait comme impressions aux loustics les clans des filles qu’ils fabriquaient obligé aux rangs sardines des préaux alors que dedans les ruelles de la tess’ de dl’a Medina arabe ils s’éclaboussaient ensemble des ruisseaux de boue ocre rose !
Aux collèges ils étaient devenus cruels et les filles elles avaient d’autres occupations elles trimaient sérieux les Gauloises s’y’en avait elles les trouvaient barbares et puis l’allure qu’ils se trimballaient dessous leurs fringues tout juste qui sortaient des réserves des costumes de théâtre ! Leurs vieux ils avaient pas le fric de les saper avec les jeans pattes d’éléphants et les sweets taggés Woodstock de toutes façons c’était pas dans leurs goûts ça avait déjà des relents de gonzesses ils blairaient moyen… Et les filles de la Medina ou celles qu’ont grandi comme eux au creux des familles d’immigrés fallait qu’elles fassent fissa après les cours qu’elles retournent filer un gros coup de paluche à leur daronne qu’y avait les cinq six loupiots à faire grailler récurer et qu’elles se farcissent les devoir les récitations le pataquès total quoi… les vieux eux ils avaient pas les connaissances alors… Sinbad il est au parfum avec ses frangines les plus délurées comme Zohra elles ont pris le relais de M’mâ enfin d’une façon c’est pas ça qui le dérange trop…
Kenza elle a toujours été une rebelle une sauvage qui n’veut rien savoir des
traditions d’la smala et à l’école non plus elle obéissait pas on la
punissait elle se sauvait direction les pistes du terrain vague et les buissons de mûres violettes aux rives du fleuve elle s’accroupissait à zyeuter les écluses qui hululaient de toutes leurs
mécaniques crantées… Craou ! Craou ! Craou ! et les mariniers qui la voyaient là entre les herbes des eaux les ajoncs moussus à la crème brune en haut les
touffes sifflantes des bambous vert libellules ils la prenaient avec eux elle les faisait rire… Un jour sûr que Kenza elle va escalader les filins d’la rembarde d’une grosse péniche à la
panse goudron luisante au milieu des pots de géraniums et les jouets plastique des moutards au moment où les cordes ligotées aux anneaux de ferraille elles la retiennent encore dedans les flancs
rugueux de l’écluse et que les bouillons d’eaux lui taillent un costard d’écumes qui frissonnent des gris légers et frais… et Hop !
A bord de la petite maison chaulée blanc Sabrina et les autres ils ont décidé que les choses on les mettrait en commun c’était mieux et ça faisait que tout l’monde se retrouvait pareil qu’on ait de la tune ou qu’on en ait pas c’était bien pratique ! Mario depuis qu’il avait sorti Sabrina des pattes crochues des sorcière autour de la fontaine il avait trouvé naturel de continuer à lui servir de défenseur prioritaire et de pieuter dessous le même morceau de duvet celui pareil que le sac à dos qu’avait traversé toute l’Amérique et que les souffles mouillés salés d’l’océan finissaient de moisir gentil… Les choses amoureuses à l’intérieur de la tribu des Indiens elles s’étaient organisées d’elles‑mêmes et ça n’avait pas d’importance vu qu’ils avaient chacun sauf Tomy et Jean déjà des vieux par rapport aucune expérience des rituels passionnés et tragiques mais c’qu’ils savaient par contre c’est que les histoires de leurs darons et d’leurs darones à la houspille et aux culbutes de la night pour se refiche sur le museau après ils en voulaient pas ! Ils étaient tous poteaux par le hasard qu’avait décidé de la baraka en les faisant se croiser les pinceaux cet été‑là et ils avaient des envies de jouer comme Vishnou quand il arrivait à poil total au milieu du troupeau vautré sur les serviettes aux motifs de fleurs orange et marron on aurait dit celles de la cuisine formica dans les gourbis d’leurs cités à détourner des gamines et qu’il s’obstinait à leur virer leur petite culotte…
Le côté proprio des gens et des affaires aussi c’était loin d’eux ils avaient crapahuté leurs enfances entre les blocks des tess’ immenses comme les Babel qu’on trouvait plus que sur les pages des bouquins ringards y avait pas un clou là‑d’dans qui leur appartenait et qu’était pas déjà au voisin d’paillasson vous comprenez ? Sinbad lui après l’histoire de Virgile qui lui serrait le lampion dès qu’il prenait la pause au port ou chez Christina il se trouvait bien à pioncer dans la piaule aux matelas réunis qu’avait les fenêtres qui baillaient du côté des marais et que les hirondelles de mer transperçaient de leurs appels amoureux… Cri ! Cri ! Cri !… fallait pas qu’il se retrouve seul parc’qu’alors ils aurait pas supporté… Les images elles lui remontaient aux calots en dedans il les voyait défiler nettes comme sur un bout de péloche… Virgile recroquevillé sur le macadam blacks au pied du mur qui puait la pisse et la fleur rouge qui s’agrandissait…
Dedans la piaule aux matelas chacun avait arrangé son recoin en choisissant la place qui convenait aux horaires qu’ils se faisaient et c’était surtout Jean qui dormait près de la porte pour n’pas piétinner les autres de la tribu vu que Vishnou rampait dehors dix fois la night pour aller arroser les nénuphars du bassin cimenté et les grenouilles qu’arrêtaient pas pour autant leur concert… Elle le refourrait au pieu jusqu’à ce qu’elle y aille quand ça commençait à se teinter violet et turquoise lavée à l’Est derrière la crête des bambous et souvent ils se croisaient avec Sinbad et Tomy qui s’enfonçaient au creux d’la chaleur des corps après s’être envoyés un kaouah qui les empêchait pas de ronfler deux minutes plus tard… Et Vishnou qui reniflait endormi pour retrouver l’odeur de Jean faisait la boule entre les guibolles de celui qu’il attrapait au pif sa tronche bouclée qui dépassait à l’autre bout donnait l’air à l’embarcation d’être un seul animal géant qui chouinait dans son somme…
Le coin de Mario il y avait empilé ses bouquins de poèmes des Américains surtout Burroughs et les premiers de Buko
et aussi les romans qui étaient dépouillés complet d’l
eur couverture et bien ratatinés aux pages écorniflés gondolés à force d’averses et tachés de trous blancs salés… Sinbad qui fouinait curieux des
découvertes qu’il arrêtait pas de faire ramassait pêle‑mêle avec des feuilles couvertes d’écritures où Mario avait recopié ses poèmes préférés dans les deux langues Les clochards
célestes et On the Road de Kerouac… Le Nègre blanc de Norman Mailer… Junkie de Burroughs… La nuit de l’iguane de Tennessee Williams et au‑dessus du tas le fameux Journal d’un vieux dégueulasse
de Bukowski que Mario leur lisait en vrac quand ils avaient bien tisé un ou deux godets de Kriek et Sinbad retrouvait là les accents désespérés qu’il avait fui après la mort de Virgile qui lui
siphonnaient le crâne les appels des gueux de toutes les cités de la terre…
A suivre...
Commentaires