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Le retour de Sinbad suite...

Sabrina elle taffait de son côté y avait assez de quoi ! Avec ses longs tifs bouclés elle en faisait des dizaines de p’tites nattes et ses
fringues de gitane bariolées à la façon des Natives People d’Amérique du Sud qu’on trouvait sur les photos dans les magazines qu’ils récupéraient au vendeur de journaux il leur filait ceux qu’il
n’avait pas casés aux touristes du jour leurs vêtements de coton et de laine tissés toutes couleurs elles les découpait et les collait sur les pages d’un cahier d’école et dedans les fringues
qu’on pouvait avoir pas cher à Emmaüs elle taillait des costumes mirifiques personne savait d’où elle était venue elle avait trop la classe !
C’était facile de ramasser dans les villages du port des restes de pelotes de laine dépareillées des chutes de tissus toutes les sortes
possibles des velours des satins brodés de bouts de dentelles jaunis des tulles des feutres des cretonnes à fleurs à motifs traditions que les vieilles elles apportaient au fond d’leurs pochons
les matins du marché pour la fille indienne…
Aux bistrots que fréquentaient les gars qui trimaient aux bateaux de pêche on avait appelé tout d’suite les jeun’s de la p’tite maison chaulée blanche les Hyppies ou bien les Indiens mais y avait des quantités de nomades comme eux qui fuyaient désertaient les camps de transit des méga citadelles périphériques qu’étaient devenus en pas dix piges des constructions béton bien blindées qui bougeraient qu’au bout d’un lustre c’était couru on avait vu ce qui s’était passé avec les immigrés des années 50 comme la famille de M’mâ et tous les p’tits ceux d’la deuxième génération dont Sinbad il était ils voulaient refaire la transhumance dans l’autre sens !
Des cabanes en tôle leurs vieux ils avaient sauté comme des diables complaisants dedans les troupeaux de tours fortifiées des châteaux ghettos modernes avec leurs guetteurs aux meurtrières vitrages pare‑balles et Hop ! Le bonheur il était assuré garanti tampon dessus les paplars encore une fois ils avaient obtenu les tickets pour une vie qu’ils verraient pas circuler au creux d’leurs veines et leur sang ils l’ont vendu au rabais on leur a pas dit que c’était pour toujours qu’ils signaient et que leurs p’tits la marmaille joyeuse et guenilles d’étoiles ils seraient esclaves pareil ! Et Hop !
Sabrina elle était bien occupée les soirées de la petite maison chaulée blanc à tricoter des formes de toutes les sortes des carrés des triangles des losanges au fond noir ou crème avec dessus les divinités incas pleines de bras de jambes et de visages couleurs terres et ocre rouge ou des verts de feuilles et des animaux totems des lamas rose et violets des jaguars bleu marine des aigles et des serpents orange qui ressemblaient à des dessins d’enfants… Après y fallait encore coudre ensemble les puzzle qui remplissaient des paniers plastique fauchés au supermarché que Vishnou lui faisait carotte surtout les lamas rose vif milieu des triangles verts qu’il préférait…
Il en fabriquait des fanions ligotés à des bambous qui poussaient à la frontière des marais qu’entouraient la petite maison leurs
cannes où les sternes au costard noir‑blanc venaient chiper des feuilles pour leurs nids et que Mario lui coupait en aiguisant bien la pointe c’était des flèches extras ! Vishnou il
était élevé comme ça pousse une sorte de loupiot aux allures de marguerite sauvage la touffe en bataille d’épis et les guibolles qui sortaient des culottes que Jean récupérait aux chifftirs
d’Emmaüs et que Sabrina rapiéçait de lamas rose vif…
Enfant‑fleur qui se poilait de se la ramener tout nu comme il avait l’envie Vishnou réclamait à Mario les tatouages des Sioux aux poudres de couleurs touillées triturées avec la terre d’argile qu’on trouvait pas loin au bord des marres il lui en dessinait des lunes des soleils des signes des écritures anciennes pleines de formes géométriques et des lamas sa bestiole fétiche il lui tressait des couronnes de rayons sur le front des écailles et des cercles avec des triangles dedans qui lui graffaient les épaules jusqu’au derrière… Comme il existait tout seul milieu de la bande des grands qui pouvaient pas comprendre ses histoires de loupiot Vishnou se scotchait aux autres loustics qui radinaient au port avec leurs vieux des caves des blaireaux qui le trouvaient mariole et qui l’auraient adopté… Il avait l’air de trouver ça trop excitant de débouler dedans le pataquès à l’époque du Flower Power ça lui convenait gentil au marmot et les kilomètres de pistes des landes que les genêts racolaient autour c’était son territoire d’exploration dans les panards de Mario le bonheur total !
Sabrina elle s’y collait aux patchworks à force elle avait pris des goûts particuliers qu’on reconnaissait qu’on lui demandait y avait une mode c’est entendu et ça donnait à fond à cause du monde qu’en avait marre de cette tristesse qui remontait tant qui débordait des caves des soubassements de la vie on voulait autre chose on le désirait fort à se l’inventer s’en tartiner des façades de nos museaux de fouines des banlieues un peu pâlottes décolorées du poil et des calots… on était au parfum que ça s’annonçait et les Natives People avec leurs costumes qui voletaient tout en légèreté des tons qu’imitaient les patchworks de fleurs entre les feuilles des grands arbres ça nous causait bien… C’était des bleus d’abord des turquoises de la Cordillèrequ’elle réussissait du kif au même que si elle était d’origine de là ‑bas Sabrina et aussi les orange sanguines des bandes entières pour les ponchos que les vieilles lui en réclamaient à la place de leurs châles noirs ça les rendait joyeuses c’était la jeunesse qui leur redéboulait aux basques !
Sinbad entre ses nights à l’abordage des tombereaux de poiscailles qui le lâchaient pas de l’odeur poisse et raide il en fournissait à qui mieux mieux et la fatigue des bourlingues de boui‑boui en aller‑retour d’la p’tite maison chaulée blanc il la mirait plus lerche sa vie à c’moment… Pourtant il se disait quand il avait un peu la possibilité de retrouver l’atmosphère des piafs de la Citédes Blocks qui lui piaillaient au fond des esgourdes qu’il les oublie pas… Piaouh ! Piaouh ! Raouf ! Cri ! Cri ! Cri ! que jamais autant il n’avait eu l’impression de la sentir lui bouillonner aux tripes et que les expériences qui lui bourraient ses sabots bottes en même temps que les poiscailles tombés du quai elles étaient tellement plus fortes que tout c’qu’il s’était farci comme agonies dedans la Medina depuis qu’il était p’tit ! Pas souvent qu’il avait trimardé de la sorte lui qu’est plutôt un gars fugueur vis‑à ‑vis du boulot et des complications que les autres ils fourrent dans la musette sitôt que t’es à leur merci !
Et puis il se sentait pour la première fois après le drame avec Virgile de retour dans quelque chose de joyeux et d’enfantin comme s’ils allaient à nouveau partir son pote et lui les bombes aérosol au fond d’la besace tagger les murailles de la Babylonedésespoir des silhouettes d’oiseaux déjantés… Piaouh ! Piaouh ! Raouf ! Cri ! Cri ! Cri ! Sinbad il se demandait pas les raisons c’était tout ce qui lui chavirait comme une fête des brouettes d’aventures en plein naseaux qui le secouait de nouveautés épatantes et terribles et la lumière du bout d’la terre qui lui faisait fenêtres à peine réveillé à l’intérieur du duvet de Tomy le matinal qui cavalait au port avec les grains de la rosée dessus les tifs elle lui glissait au fond des mirettes ses iris mauves et jaune pâles une clarté laiteuse qu’il gardait longtemps avant de se bouger du pageot… Et pour finir de recommencer l’histoire à partir de c’moment‑là y avait Sabrina…
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