Calendrier

Février 2010
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
             
<< < > >>

Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
  • Retour à la page d'accueil
  • Recommander ce blog

Texte Libre

Texte Libre

Pour faire défiler les images du catalogue cliquez sur la fenêtre dans le bleu et placer le curseur de la souris sur la page à gauche...

Commentaires

Image de Dominique par Louis

Recherche

Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /2009 23:04

Le pacte de l'oranger suite...

L.S. : Le beau‑père comme Marguerite, accueille l’étranger. Discrétion, dignité, droiture et courage au travail, il apprécie ces qualités du saisonnier et sa manière de parler. Ce “ pacte de l’oranger ” scelle une amitié entre les deux hommes : le Marocain donne à connaître l’oranger de son pays, au paysan français qui ne l’a jamais vu, le Français recevra l’arbre dans sa terre, son bien le plus précieux. On retrouvera l’oranger, l’offrande du Sud au Nord, le don d’un fragment de son pays, où Sélim voudrait construire une maison pour Marguerite, don d’amour, de ferveur, de fidélité.

L’oranger de Sélim dans le jardin de Marguerite scelle l’amour des deux étrangers l’un à l’autre unis “ pour toujours ” dans l’amour et la mort.

 

Après la mort de Simon Marguerite vit seule, un de ses fils a “ devancé l’appel ” et “ il est parti à l’étranger ”. Son camp est installé dans un lieu désertique “ il n’y a pas de terre, pas d’eau, pas d’arbre, pas d’herbe, rien, rien… ” A nouveau, de la même manière qu’avec Simon, l’Afrique a pour elle une résonance de guerre et de mort. Peu à peu les images du pays où vit son fils l’entourent, la cernent d’un halo brumeux et doré comme s’il s’agissait d’un mirage de la soif… “ elle a renvoyé un Instamatic au soldat de ‘ l’Outre‑mer ’… Désormais Marguerite voyage à travers les lettres attendues, les lettres reçues et envoyées.

“ Comme les enfants sont loin d’elle, ils écrivent, heureusement. Les jours sans lettres d’eux, Marguerite, comme si elle ignorait que le facteur ne passe qu’une fois par jour, va fouiller la boîte à lettres où le facteur n’aime pas mettre le courrier parce que la fente est trop étroite. ” Avec son amie Gisèle “ dont le pavillon jouxte le sien ”, Marguerite partage le quotidien d’une vie “ où on connaît rien, où on voit jamais personne ” avide d’un de ces riens justement, qui pourrait transformer l’existence pour un instant à la manière des mots des romans. Lorsque le fils blessé la rappelle à cet ailleurs qu’elle n’a pas cessé de désirer, Marguerite a déjà fait le choix d’oser rencontrer vraiment l’Afrique à travers Sélim le colporteur. Le coup de dés est jeté qui décidera de l’amour ou de la mort.

 

L.S. : L’un des fils de Simon reproduit le destin du père mais l’ayant choisi ( comme dans la nouvelle du recueil Le baiser : “ Monologue du soldat ”, où le fils de harki algérien élevé en France dans un hameau forestier, s’engage dans les Casques bleus en Bosnie, mais lui déserte pour ne pas se tromper de guerre comme son père ).

        Le fils de Marguerite et Simon se retrouve en Afrique où il “ attend ” une guerre qui ne vient pas. Il a choisi un pays étranger, lointain, pensant ainsi échapper à la médiocrité du destin paternel.

Marguerite ne veut pas rester dans l’ignorance du pays de vie du fils, comme elle l’a fait avec Simon pour l’Algérie. Elle cherche à voir, à savoir, à comprendre, elle parle par l’image et les livres à ce fils qu’elle ne veut pas perdre comme elle a perdu Simon et son fils lui parle aussi. Mais à son retour, le fils refuse de voir sa mère à cause de “ l’Arabe ”. On retrouve Simon dans l’attitude du fils. Marguerite ne renonce pas à son désir, cela ne l’empêchera pas de vivre avec Sélim.

 

L’Afrique pour Marguerite va prendre soudain une forme inattendue… Celle des commerçants africains des marchés où elle découvre du pire au meilleur, les objets de “ là‑bas ” mêlés au bazar le plus hétéroclite. Sensible aux couleurs criardes ou plus tendres, aux odeurs épicées et baroques, aux amoncellements de laine et de soir d es tapis, aux mélanges de matières brutes ou raffinées, bois patinés et rugueux, peaux rousses et crèmes, ambres et lapis‑lazulis, Marguerite aurait été emportée par les oranges allumées telles des lampes au centre de la toile d’Alphonse Germain‑Thill représentant le Marché de la rue Randon à Alger. Le blanc ocre ou légèrement bleuté qui les entoure ressemble à une nappe posée sur le trottoir.

 

“ Quand elle va au marché, elle remarque les jeunes Africains qui vendent des objets en bois, en lézard et en plastique qu’elle n’a jamais eu l’idée de regarder. Son fils a stationné chez eux, ils sont ici, elle pense à l’enfant mascotte, ils ne sont plus des étrangers. Dans la cuisine, à côté de la gazinière, elle a affiché une carte de l’Afrique, elle l’a colorée en rouge. Elle n’ose pas leur parler. Plusieurs fois elle s’est approchée de leur étal, mais dès qu’ils avancent vers elle, elle s’en va. ”

 

C’est grâce aux marchés que Marguerite va rencontrer Sélim le colporteur, Sélim avec lequel elle fera enfin les voyages imaginés jusqu’ici et qu’elle verra pour la première fois la mer. Sélim qui associera pour elle délicieusement le rouge des poivrons et des tomates, l’orange des orangers, et le bleu‑noir de l’océan…

 

“ Au fond du jardin, Gisèle étend le linge seule, plus vite que d’habitude, puis elle s’assoit sur l’herbe, à l’ombre d’un drap de lit, pour lire la carte de Marguerite :

‘ Chère Gisèle,

Tu ne me croiras pas si je te dis que pour la première fois de ma vie je vois la mer, l’océan, au bout de la Loire. Toi, tu as voyagé, moi, jamais jusqu’à présent. J’ai vu Paris, j’ai vu la mer. Je suis heureuse. Ne t’inquiète pas, je reviens. Je n’oublie pas mes enfants. Ta Marguerite. ”

 A suivre...

- Publié dans : Ecritures d'Algérie
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés