Le fils du coq blanc suite...
Au creux de la bouche d'oreille des femmes l'étranger qui est entré un soir dans le village et en est ressorti un autre soir était la mort... el muth...
Mais il y en avait d'autres pour murmurer que l'étranger était certainement un prince de la lointaine Arabie de l'encens et des aromates. Il revenait les nuits de lune verte. Sur le cheval qui ne marque pas le sol de ses pieds. La chevelure rouge de la femme s'était nouée à ses chevilles. Nur… elles l'appellent la fille du diable. Nur… pour qui Asikel contait. Rien que pour elle et pour le coq blanc.
Comment cerné d'un tel halo de brumes rousses et de créatures mystérieuses l'enfant-gazelle serait-il semblable aux autres ?
- Ce que tu viens de me dire Asikel… c'est que tu ne veux pas nous lire cette histoire que tu as écrite sur ton cahier… Et que tu ne veux pas non plus nous dire d'où tu la tiens ?
- Non mualem... non… il ne faut pas...
Aucune des pierres du mur ne raconte à l’habitant par quel moyen elle a trouvé sa place dans la maison… pourtant... les pierres parlent... qu'il disait le sorcier. Asikel attend le châtiment en tâchant de rester digne. Le mualem a refermé le cahier avec le sourire de quelqu'un qui vient de découvrir l'issue du souterrain qui le gardait captif.
Ecoute… écoute…
- Dis-moi Asikel… peux-tu nous expliquer comment on récolte le miel des ruches-tronc ?
- Oui mualem… c'est très facile... d'abord on doit aller recueillir toute la paille des lavandes qu'on peut trouver dans les champs après les mains des femmes... et sur le bord des haies quand les ânes qui mâchent ce qui peut se mâcher ont eu une poussière dans l'œil... On peut aussi prendre d'autres pailles que celle là... mais c'est celle là qu'il faut… à cause de l'odeur...
Et dans la bouche d'Asikel l'oiseau parlait… parlait...
- Arrête mon fils… arrête avec cet oiseau que tu as dans la bouche...
qu'elle disait la mère d'Asikel en frappant ses mains l’une contre l’autre et en secouant les
khal khal de ses chevilles… Arrête… tu me fais mourir...
Et Asikel parlait… parlait... Trois grains de blé vert dans la terre de son cœur. Trois pépites d'ambre dans l'eau de ses yeux. Mais ce n'était que le chant de la flûte qui endormait les rats.
Baisers de l'oasis et du sable. Tout ce qu'il restera de leur étreinte. Une graine de palmier se cachera à
l’intérieur de ton ventre. Nur la fille du diable chantait en triant les amas de laine déjà teinte. Indigo pour la main gauche. Qu’elle séparait de celle encore vierge. Ecru pour la main droite.
Elle noyait ses bras jusqu'aux épaules. Odeur âcre de suint et des poussières de paille. Comme ses cheveux la laine était mûre. Pourvu qu'Asikel ne grandisse pas trop vite…
Pourvu qu'il ne devienne pas un homme… L'étranger avait apporté les écheveaux de laine qui s'étiraient et se pelotonnaient semblables à de grands lézards sur ses genoux. Afin qu'elle tisse pour lui des burnous et des couvertures. Etait-il un marchand ou un diable ? En tout cas il apportait la laine… Et il payait bien…
Brin de laine écrue… brin de laine indigo… Poussière dans l'œil des ânes. L'odeur de lavande dans la
tignasse-tournesol d'Asikel qui croit être le fils du coq blanc. Après il n'y a plus qu'à enfiler la laine sur les flancs de bois. Et les mains de la déesse tisseront… tisseront… Ainsi elles ont
tissé son fils à l’intérieur de son ventre. Fil indigo… fil écru… tip-tap... tip-tap… Tu seras beau mon fils dans ton cocon de laine… Surtout ne coupe pas le fil… Ne deviens pas un homme ma
chrysalide…
Ne deviens jamais le papillon blanc.
A suivre...
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