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Le fils du coq blanc suite...
Photo de
Yourbartender
Ecoute… écoute…
Asikel debout devant le mualem revoit la tentative dérisoire du crapaud coupé en deux par le fer de la bêche d'un homme-furet pour fuir son propre corps. Lieu subit d'un enfer de cendres. Au moment où il le voyait il sentait toute la douleur du crapaud passer à travers lui. Elle se répandait en lave folle… En pétillements… En escarbilles dans les sillons de son être… Creusé… Béant… Un désir puissant comme celui de féconder la terre de sa semence poussait en lui… Le tordait tel un linge… Désir d'enlever la souffrance du crapaud… De la jeter au fond du puits sec… De l'y enterrer vive…
Asikel debout devant le mualem revit l'étrange transformation de son corps à ce moment-là. La sensation insupportable d'une boule de feu à l'intérieur du ventre. Et la certitude qu'une malédiction est entrée en lui. Le présage d'une pluie d'éclats de verre et de silex calcinés. Qu'il ne peut emporter nulle part. Il se souvenait qu'alors le sorcier était arrivé. Alerté par les appels du coq blanc qui suivait l'agonie de la bestiole et la terreur d'Asikel… Le sorcier… Il avait écrasé le crapaud avec une grosse pierre du feu. Aussitôt Asikel avait perdu le mal de son ventre et la force qui poussait au creux de ses reins.
Asikel debout devant le mualem se rappelle des paroles du sorcier qui avait ouvert ses mains d’enfant serrées contre son ventre. Il avait déposé dans chaque paume trois grains de blé vert et trois pépites d'ambre.
- Fils… celui qui a les mains ouvertes reçoit autant qu'il peut donner… Toutes les choses de l'eau… de l'arbre… du nuage d'abeilles et des cheveux de femmes s'inscriront en toi comme sur le sceau d'agate…
- Celui qui a le don de guérir broie dans ses flancs la douleur… Toi tu broieras les grains du silence entre tes dents… Il coulera du puits de ta bouche les mots de l'eau qui chante… Les mots des rigoles de plâtre qui bercent le palmier… Les mots des lèvres du feu…
- Je te donnerai le secret des paroles fils… mais prends bien soin de ne pas les livrer aux vents qui chahutent les plumes du coq…
- N'oublie surtout pas… Trois grains de blé vert que tu planteras dans l'argile ne seront pas perdus… Trois pépites d'ambre que tu planteras dans tes yeux ne s'éteindront jamais…
- Lorsqu'on te demandera de parler fils… songe… si tu n'as pas envie de donner à chacun de ceux qui est présent un des grains de blé vert de ta terre et une des pépites d'ambre de tes yeux… envie comme tu as eu envie d'ôter la douleur de la poitrine fendue du crapaud… alors tais-toi.
Ecoute… écoute…
Depuis ce jour Asikel qui avait avalé un oiseau ne racontait plus les histoires qu'au coq blanc et à sa mère. Le reste du temps il se taisait. Il se taisait tellement qu'on disait qu'il avait avalé sa langue par-dessus l'oiseau. Et les gamins le surnommaient en lui jetant des poignées de sable : le muet.
Le mualem qui connaissait une partie de l'histoire de l'enfant se sentait pris par le même charme qui émanait de la femme. En feuilletant le cahier d'écriture il lui semblait s'égarer dans un monde minéral où les arbres morts se muaient en cristaux de silice. Ils offraient leur armure de coquillages creuse aux bracelets mouvants des reptiles. Les traces infimes du fennec le disaient encore… le chemin n'était qu'à l'intérieur de soi-même.
Au beau milieu d'une des pages Asikel avait écrit :
Les dunes aux pieds qui marchent frapperont aux portes des maisons… Elles jetteront leur œil de sable par les lucarnes…
Elles franchiront le seuil… Et la margelle du puits avec la traîne noire des corbeaux… Elles couperont la langue du kanoun… Alors nous partirons sur le dos des petits ânes… C'est comme ça que le
pays des dunes redeviendra le pays de la pierre d'Anu… le pays de la pierre tombée du ciel…
A suivre...
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