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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Vendredi 7 janvier 2011 5 07 /01 /Jan /2011 19:50

Paris, vendredi, 7, janvier 2011

 

La solitude des poètes Autoportrait

 

Ouaouf ! C’est le début de l’année y paraît et comme à chaque fois que c’est le début d’un truc tout neuf on a envie que ça soit vrai et que ça soit possible…

Moi j’y crois moyen à ces recommencements systématiques tintamarisés au chronomètre… les berlues du temps ne m’éberluent plus trop dommage ! Et voilà que tout juste pour démarrer en marche arrière et me désolidariser des façons de faire qui m’ont toujours mis la touffe de travers moi la vieille anar en plus de l’aile qui pendouille y a six mois que ça dure vous êtes au parfum… eh ben je me suis pris en plein museau une de ces maladies idiotes de l’enfance qui m’est remontée probable de ma mémoire d’avant elle est si près si loin… Ouaouf !

Ouais c’est vrai ça qu’à Noël mézigue j’étais régulier au pageot rien à glander des réjouissances de la family qui me traitait de casse noisettes c’était ma révolte de l’époque avant les mots du raisonnement et de l’indignation alors Ouaouf !… 

Entre le sapin et les zigomards en porcelaine ripolinée de la crèche y avait ma tronche qui bavait crachait toussait et les dizaines de boutanches de sirops sucrés terrible à l’écoeurement je vous jure… sirop banane sirop fraise sirop réglisse et miel noir la mort assurée quoi ! Mais les sirops c’était pour le camouflage des tortures abominables qui m’ont pompé mon insouciance à boules de neiges tous ces hivers car derrière on rangeait la farine de moutarde que les tortionnaires adultes déjà répugnants de facéties touillaient avec celle de lin pour les cataplasmes qui me transformaient en plaies et brûlures et quantité innombrable de hurlements… Ouaouf ! Ouaouf ! Ouaouf !

Bon… c’est pas pour vous raconter nos souvenirs de ces périodes d’épouvante l’enfance elle connaît ça aussi que Bonie la chienne et mézigue on est venues toquer à votre porte… Toc Toc Toc ! ni pour vous asperger avec nos microbes qui virulent autant que les mauvais coups par derrière qu’on s’est pris cette année passée vous savez… Car en fait c’est tout le contraire qui se passe en raison d’un grand mirage qui s’est pointé comme un cadeau pendant qu’on menait un combat de guerrières armées jusqu’au dentier d’écailles de lunes clignotantes contre la fièvre et ses dragons qui nous cernaient de leurs flammes et qu’on avait pas d’extincteur à disposition… Ouaouf ! Bonie la folle elle les dragons ça la retourne pas elle en bouffe sept pas moins au dîner et elle me filait un sacré coup de paluche à les dégager de là à cause de ma patte vous souvenez ?

Et vu que la bibliothèque est bloquée tout contre le bazar qui nous sert de pieu c’est simple pour avoir les bouquins qu’on veut suffit de tirer dessus le premier dos qu’est à portée et ça dégringole sans demander c’est comme ça… Boum badaboum rataboum !… Les tranches à poésies celles qu’il me faut radical immédiat quand je pionce pas et qu’y a les dragons qui mettent tout en danger de calcination frénétique elles sont accessibles sans efforts et malgré que mes mirettes de chouette effraie commencent à ne plus distinguer les étoiles filantes des avions je les ai par cœur au-dedans de mes chasses et cette nuit‑là celle d’hier quoi j’ai attrapé celui de Mahmoud qu’était facile pour mon bras et ça n’pouvait pas me tomber mieux dessus ! Ouaouf !Comme-des-fleurs-d-amandier-copie-2.jpg

Faut dire aussi que la Bonie et sa sarabande de glapissements hululements contre les dragons m’avait mise tout en sueur et en panique de chavirement de notre esquif et que déjà le matelas assez fin avait pris une allure de traviole qui embarquait les couvrantes polaires et que chez nous dedans la piaule il caille raide hein ? Bon… attention c’est sûr que si vous venez traîner vos charentaises par chez nous faut que vous soyez un minimum au parfum des barboteurs lunaires qui sont nos fréquentations pas ordinaires et qu’on est en haute familiarité solitaire alors à vous de voir… Ouaouf ! Donc le bouquin de Mahmoud qui me tombe c’est celui qui a du bleu à nuages frais léger sur sa première de couv un vrai printemps celui‑là que j’ai acheté juste après que notre frangin de Palestine nous ait laissés au spectacle des cadavres… Et voilà !

Mahmoud dans le genre créateur d’une langue que même si tu n’comprends pas tu t’enchantes c’est forcé on a pas eu mieux et j’crois ben qu’on aura pas d’ici trois quatre lustres c’est cramé… Comme des fleurs d’amandier ou plus loin j’ai bricolé à l’intérieur des tas de fois fouiné farfouillé et ses inventions voyelles et consonnes en glissades flûtes saxos et clarinettes m’ont envoyée à quatre pattes ou plutôt à trois pattes par terre entre les tables à divination de Yurugu le renardeau qu’est un pote à Bonie la chienne un nouveau venu comme vous savez…

Pourtant y a un poème que mézigue j’avais pas retenu dans ma liste des féeries d’écriture et qui n’pouvait pas mieux faire que de m’entortiller dans ses draps de lune tout à moitié à poil et transie de rosée que j’étais avec ma lutte contre le peuple des dragons de ma fièvre qui virait à l’échec et au cauchemar déjà je les voyais me transpercer d’incendies graves et si j’n’avais pas complètement perdu ma voix faut maginer comment j’aurais hurlé… y’avait un poème qu’était tout à fait ce qu’il me fallait…

Ouais… vous qui venez souvent traîner vos charentaises par ici vous savez ce qu’elle a été notre année à misère hein ?… Mon gros ours refusé et nos Cahiers qu’on imprimera plus c’est pas du léger pour le dire… et pis cette aile cassée Cric‑Crac qu’à bien refermé sur bibi le caveau à solitude… le gourbi s’est fait silencieux et même les crayons à couleurs de l’ami Louis qui ne griffent plus le papier le soir quand on rentre la Bonie toujours dans ses éparpillements et moi qui ait plus envie plus la joie plus la passion des grandes transhumances ou alors si mais sur la lune hein ?… Ouaouf ! Le poème de Mahmoud je n’vous en écrit que le titre pour vous allécher vous l’aurez en entier à la fin quand vous aurez plus faim c’est dit… le poème de Mahmoud “ Un café, toi avec ton journal ” il m’a sortie expulsée balancée dehors de mon combat d’épuisement avec la tribu des dragons qui piaillaient comme des p’tits ratounets roses sûrs qu’ils étaient les gros lards de me griller un steak et de m’engloutir bleue à point malgré Bonie qui lâchait rien… Ouaouf ! Ouaouf !

Hey man ! c’est ça mais c’est total ça bien sûr ! que je me suis envoyé aphone comme un poisson rouge dans son bocal verglacé en me fourrant la totote dessous le robinet d’eau froide pour reprendre pied dans la réalité de notre monde à nous autres les barbouilleurs lunaires… “ Que tu es libre, toi l’oublié dans ce café ! ” Etre oublié hein ? ça vous dit quelque chose à vous autres les ceux et les celles qui détournent les chasses et aussi la tronche et toute la personne pour finir Hop ! demi‑tour sur le gaz pour surtout pas avoir à me dire un p’tit bonjour à l’entrée à la sortie du Salon des Revues ou ailleurs… Une de ces mémères parmi les cent les mille qui m’ont envoyé avant leur ours si mal fagoté qu’il a fallu retailler là-dedans des plombes et des plombes… Ric… Ric… Oh ! ce que j’en cause c’est juste pour vous raconter parc’que mézigue j’ai d’autres courants d’air à repeindre… Ouaouf ! Une mémère quoi… voyez l’affaire… Etre oublié ouais ! c’est vrai que c’est ça le grand le voluptueux le pur bonheur !La fin

Etre oublié de tout c’que le monde il se trimballe d’escrocs de minables joueurs de héros de macs et de mémères… de flatteurs et de bouffons de tueurs de rêves et de mémères… Ouaouf ! Etre oubliées et paumées d’la trace enfin des tenanciers de la fourrière qu’arrêtent pas de nous courser la chienne Bonie l’indomptable et mézigue depuis qu’on a pointé notre tarbouif au ras de leur caniveau par erreur c’est sûr en sortant vagabondes incorrigibles du repère du jardinier et des roses…

Voilà ce qu’est en train de nous arriver de tout neuf comme un ruisseau qui radine dessous les glaçons menthol de la nouvelle lune et on s’en doutait pas ! C’est aux poètes qu’on la doit la retrouvaille avec le parfum d’y a longtemps d’y a toujours l’enfance qu’on avait égaré milieu de nos turbulences audacieuses et celui du jardin où plus rien plus personne nous empêche maintenant de retourner… Ouaouf !

Vrai alors comment faut qu’on leur dise merci aux harpies aux dames patronnesses aux savonneuses de planche aux VIP et aux mémères qui nous ont dégouttées définitif des conférences des contributions des communications des salonardes des mises en scène des mises en boîte des déballages et de emballages des exhibitions des démonstrations des streap‑tises et des signatures… vous maginez ça ? Ouais faut qu’on leur dise merci de nous avoir retranchées de leur temps à eux de leurs pendules qui leur battent à la place du palpitant… de nous avoir écartées de ces heures perdues à se faire mater détricoter nos illusions débobiner nos espaces vides décortiquer nos petites émeraudes louches… Merci de nous avoir repoussées discret tout doucement doucement au large de la lueur blafarde des loupiotes qui assassinent les yeux des gens à coups de flèches argentées… Merci ! Merci ! Merci ! Ouaouf !

Maintenant dès demain on va pouvoir la retrouver tranquille la piste du jardinier et du jardin qu’on avait un peu perdue à force… On va pouvoir s’y coller malgré que la paluche elle ait du mal à manier le sécateur pour les greffes mais ça n’durera pas au bouturage du rosier aux roses orangé et café‑crème … On va pouvoir tirer sur nous sans efforts les draps de lune douce et s’enfoncer profond au‑dedans du parfum un peu sucré un peu acidulé que la rosée nous posera d’un petit coup de langue sur les lèvres… sans que personne jamais plus ne nous reconnaisse ni ne sache notre nom… Hey Man ! La liberté des poètes c’est ça hein ?… Ouaouf ! Ouaouf !

 

 

Un café, toi avec ton journal mahmud darwich  

 

Un café, toi avec ton journal, assis,

non, tu n’es pas seul. Ta coupe est à moitié vide

et le soleil emplit l’autre moitié.

A travers la vitre, tu vois les passants pressés

Et on ne te voit pas ( c’est un avantage de l’Invisible

que de voir sans être vu ).

Que tu es libre, toi l’oublié dans ce café !

Nul ne voit l’empreinte en toi du violon,

personne ne scrute ta présence ou ton absence,

personne n’analyse ton trouble si tu regardes

une jeune fille et te brises devant elle…

Que tu es libre pour mener ta vie

dans cette cohue sans te censurer

ou qu’un lecteur te censure !

Fais de toi ce que bon te semble, enlève

ta chemise ou tes chaussures si tu en as envie,

tu es oublié, libre d’imaginer et ni ton nom

ni ton visage n’ont ici d’obligation précise. Sois

tel que tu es. Pas d’ami ou d’ennemi

qui surveille tes souvenirs.

Trouve une excuse pour celle qui t’a abandonné

dans ce café parce que tu n’as remarqué

ni sa nouvelle coupe de cheveux Amandiers.jpg

ni les papillons qui dansent sur ses fossettes.

Trouve une excuse pour ceux qui, un jour,

ont appelé à t’assassiner,

sans raison… mais parce que tu n’es pas mort

le jour où tu as heurté une étoile… et,

avec son encre, écrit la première 

des chansons…

Un café, toi avec ton journal, assis, 

oublié dans un coin, personne ne contrarie

ta bonne humeur,

personne n’envisage de t’assassiner.

Que tu es oublié et libre d’imaginer !

 

Mahmoud Darwich, Comme des fleurs d’amandier ou plus loin  

Publié dans : Colères noires
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