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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Jeudi 5 novembre 2009 4 05 /11 /Nov /2009 22:48

La reine des miroirs suite...

Ecoute… écoute…

Quand il se maquillait Virgile devant la glace profonde au creux de laquelle maintenant il cherche Sinbad et les oiseaux c'était pour rejoindre la Reine sa mère parmi les draps blancs du fleuve où il ne cessait de la perdre. Rouge à lèvres… fond de teint… rimmel et bas résilles… il fallait qu'il lui ressemble… il fallait qu'il n'y ait plus cet espace cruel qui le déchirait entre elle et lui… cette membrane molle à l'intérieur de laquelle elle le laissait se noyer…

Alors il frappait… frappait sur la peau lisse du miroir de toutes ses forces d'enfant-poisson…

Frappait… frappait… sur elle… Ensuite recouvert de sueur et de larmes il arrachait tout ça et s'enfuyait loin de la maison aux trois arbres-lilas…

La première fois que Virgile avait osé s'avancer bien des années auparavant sur le territoire d'Alphabête City  c'était déjà pour rejoindre Sinbad dont il avait repéré les oiseaux fous cabriolant tête en bas à côté d'un bonhomme qui d'un coup de balai balayait le ciel. Ça alors ! il s'était dit… Celui qui arrive à narguer comme ça les vigiles qu'il voyait faire la surveillance autour des petites maisons ouvrières à bord de leurs camionnettes gyrophares il doit avoir une bande de garçons qui montent la garde…

Non… Virgile alors ne savait pas que Sinbad taggait toujours seul parce qu'il n'avait pas peur… Et que même le crapaud Kee Bock le boiteux le respectait le suivant à bonne distance et le prévenant par son gargouillis nauséabond de la venue des patrouilles aux godasses de fer. C'est vrai que d'une certaine façon Sinbad possédait le plus discret et le plus malfaisant des gardes du corps…

Sinbad !… Sinbad !…

Elle n'a pas trop compris pourquoi depuis qu'il a quitté la maison aux trois arbres-lilas et au lapin blanc des nuits de lune pleine il continue à se rendre aux commissions une fois par semaine au moins… 

Le couffin débordant et rendant l'âme il ne reste plus qu'à fourrer à l'intérieur des poches cachées cousues exprès au-dedans du vaste pardessus… quand il le met Virgile il sent qu'il devient un des personnages des histoires de M’mâ… une dizaine de bombes d'aérosol ou plus… Y en a pas un qui se doute… Tu penses… lui Virgile… avec son allure depuis que M’mâ a entrepris aussi de l'habiller à sa façon… pourtant ça pourrait attirer les soupçons… Surtout que le tissu n'est pas d'une couleur indifférente… ça on s'en douterait bien… Enfin ceux qui comme vous désormais ont un peu flairé la personne de M’mâ et ses tendances extraordinaires de volcan d'abondance… En toute circonstance M’mâ désorganise les états d'âmes du passé… Elle balaie derrière elle avec une grande queue à laquelle est attaché un balais de bruyères qui ne laisse rien traîner… Non rien du tout… Cette queue c'est la queue des diables pour sûr !

Donc M’mâ avait taillé un costume à Virgile qu'elle ne parvenait pas à considérer comme elle disait elle-même dans un coupon de coton rouge orangé sur lequel de petits personnages battaient tam-tam et entraient à leur tour à l'intérieur d'une danse folle d'un vert d'eau tendre et printemps au point que ça avait presque une allure cocasse. Vêtu de cette façon qui lui plaisait car au moins on ne risquait pas de le confondre avec quelqu'un d'autre…  Virgile ne pouvait plus espérer n'être que le fils des instituteurs. Les vigiles qui le prenaient pour un idiot ne se seraient  jamais doutés qu'il était en quelque sorte le double et le bouffon de Sinbad le taggeur d'oiseaux… Un bouffon qui si on y regarde de près allait devenir aussi puissant que son roi… mais d'une puissance obscure et souterraine… Sur les ordres de Sinbad Virgile ne fréquentait la Medina que les soirs des histoires… ceux où il accompagnait Yvon le camarade chez qui il habitait désormais comme s'il s'agissait d'une distraction…


Elle a fini par le laisser partir définitif… sa mère la Reine des miroirs… De toute façon au collège il leur faisait honte… Un fils d'instituteurs qui écrit des poèmes sans rimes ni raison sur des morceaux de papier découpés en forme d'oiseaux et qui lit les livres de Genet… de Gide ou de Sade… même le lapin blanc des nuits de lune pleine en aurait été déboussolé… mais juste un instant. Et puis ce vêtement ridicule qui lui avait fait prendre la pire des colères lorsqu'elle l'avait vu rentrer déguisé pitoyable un soir de la Medina où elle avait appris qu'il se rendait en compagnie d'un des fils de M’mâ… Elle avait jeté ce soir-là les derniers feux de sa parure de Reine car personne… non personne n'était capable de lutter contre le don de M’mâ Zoulika qui était celui des histoires… Pourtant jamais son influence néfaste sur lui ne cesserait de se répandre telle une nappe noire sur la mer.

Elle était séduisante et il en avait été amoureux fou… d'elle… la Reine des miroirs… mais elle avait perdu ses pouvoirs d'enchanteresse au corps de sirène se muant à la nuit en une créature verte émeraude au fourreau d'écailles… Elle l'avait perdu car elle n'avait pas su apprendre des sirènes leur chant qui sont de purs poèmes que les marins n'oublieront jamais… Et puis il y avait Kenza et sa chevelure folle où elle mêlait des branches de lilas mauve et des colliers de glycine… Kenza l'initiatrice dans ses habits de garçon mais dont elle avait pressenti aussitôt par cette connivence de femme que tout l'être de fleur de peau n'avait besoin d'aucun artifice… Kenza vêtue de nuages et de brumes rouquines… Kenza la rivale se dénudant au creux des rivières inventées qui n'étaient que les eaux troubles du canal où elle frôlait le peuple des mariniers… Kenza la jeune fiancée qu'elle regardait en souriant apporter à Virgile des poi gnées de berlingots jaunes qu'il ne mangeait pas car elle savait que son pouvoir sur lui était enfoui au fond d'un coffre à l'intérieur duquel il était prisonnier.

Sa mère la Reine des miroirs n'avait pas cherché à savoir ce qu'il faisait dans les rues de la Cité en compagnie de Sinbad le taggeur d'oiseaux quand la Medina dormant de son plein sommeil de grosse femelle otarie ils se faufilaient tous les deux frôlant les murs gras de douleur de l'autre côté du canal en direction d'Alphabête City.

 A suivre...

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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