Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Saïd et Diana

Said-et-Diana-2.jpg

Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
  • Retour à la page d'accueil
  • Partager ce blog

Texte Libre

Texte Libre

Pour faire défiler les images du catalogue cliquez sur la fenêtre dans le bleu et placer le curseur de la souris sur la page à gauche...

Commentaires

Image de Dominique par Louis

Recherche

Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /Nov /2009 22:38

La reine des miroirs suite...

Il n'avait pas fallu longtemps à Virgile pour comprendre que Sinbad n'était pas un garçon semblable aux autres…

Les autres de l'école ou du collège aimaient se faire la guerre jusqu'à la mort par la honte d'une réponse donnée trop vite au maître avec complaisance ou au contraire par l'attitude qui consistait à rester muet face aux figures hilares et renfrognées sans la moindre répartie…

Et dans la cour c'était encore pire à cause des armes exhibées dont Virgile expérimentait les blessures en zigzag aux mollets et derrière les genoux ou les claques sur les oreilles qui chauffaient jusqu'à l'intérieur du crâne comme si on y avait versé de la bouillie ardente…

Virgile qui se souvenait avec une amère et douce nostalgie de la ronde des filles et des marelles qui finissaient pas culbuter le ciel n'avait jamais désiré autre chose que cet espace clos sur lui-même où de la terre aux nuages le chemin semble tracé d'avance et légèrement aérien tel un champ de tournesols en fleurs…

Sinbad !… Sinbad !…

A plusieurs reprises il s'était pris à rougir brutal en surprenant le regard obscène des plus grands posé sur lui et la façon dont ils se débrouillaient à l'intérieur des rangs après le sifflet qui les contraignaient oiseaux à se replier telles hirondelles sur les fils en alignements grotesques où leurs gestes redevenaient pesants frôlant ses fesses de leurs mains vicieuses qui n'étaient plus celles des enfants. Terrifié par ce qu'il croyait deviner de lui-même sans avoir de mots afin de combler la tranchée qui se creusait au centre de son corps Virgile avait opté pour les dernières place dans la file des garçons en vue de n'avoir derrière lui que les plus lents totalement inoffensifs. Ils demeuraient à ramasser leurs billes de verre jaune acidulé et bleu turquoise et leurs osselets ou à éplucher les marrons luisants avec leurs petits canifs au manche de corne rose jusqu'à ce que le maître de la cour les chasse d'un mouvement de la main vers leurs camarades regroupés déjà aux avant-postes pareils à des conducteurs de chars…

Au collège Virgile n'avait pas échappé à la réputation de fille qui le poursuivait aussi parce qu'il était le fil de l'institutrice et de l'instituteur dont les mômes des Blocks et surtout ceux d'Alphabète-City égarés là avaient bien à se venger. Les rangs constituaient toujours un lieu de torture favori mais pas seulement… Et puis il y avait Sinbad qui dessinait à son intention des oiseaux  s'envolant sur les pages quadrillées de leurs cahiers depuis que Virgile s'était assis à ses côtés en mathématiques… Sinbad et sa parure d'oiseaux fous l'accompagnant jusque dans la cour du collège de leurs appels multicolores… piaou !… piaou !… cri !… cri !… cri !… zaouit !… zaouit !… et se précipitant en boule sur lui dès qu'il sortait… Sinbad avait accompli le reste…

Sinbad !… Sinbad !…

Virgile se souvenait de l'instant où il avait été bouleversé par la main tiède de Sinbad posée sur son bras juste avant de se quitter au croisement des chemins qui mènent l'un vers la Medina des Arabes et la Cité des Alphabètes et l'autre vers les petites maisons ouvrières. C'était comme si son sang s'était mis à frémir sous sa peau en ondes délicieuses qui lui remplissaient les yeux de larmes joyeuses… C'était comme lorsqu'elle l'envahissait de la buée d'or de ses prunelles qui ne le lâchaient pas…

- Tu sais je suis drôlement content que tu sois à côté de moi maintenant… Ouais… drôlement…

- …

Les oiseaux qui tourbillonnaient autour de Sinbad se disputant le creux de son cou ou les mèches de sa chevelure sombre et jouaient avec les petites perles de corail en piaillant… zaouit !… piaou !… cri !… cri !… dispensaient Virgile d'une réponse qu'il pouvait même pas inventer pour lui tout seul… Alors…

- Demain j't'apporte le dessin de l'oiseau Rock comme j't'ai promis… J'le f'rai cette nuit après qu'les autres dormiront… J'le f'rai pour toi…

- …

Et Sinbad qui avait l'habitude des mimiques de Yahya le muet a serré entre ses doigts le poignet de Virgile avant de s'échapper en courant cerné d'oiseaux dire ction la Medina… Zaouit !… zaouit !… cri !… cri !… cri !… piaout !… piaout !…

Arrivé au bas du chemin de poussière bleue il s'était retourné et avait fait à Virgile un signe de la main… et il s'était envolé avec sa parure d'oiseaux vers le fond de la Cité des Blocks…

Sinbad !… Sinbad !… Ne t'en vas pas !…

 

Il n'avait pas fallu longtemps à Virgile pour comprendre que Sinbad n'était pas un garçon semblable aux autres… Vu que lui non plus… alors…

A suivre...

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés