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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Vendredi 30 octobre 2009 5 30 /10 /Oct /2009 23:39

La reine des miroirs suite...

Sinbad appelait les super marchés de la Cité les outres à mangeaille… Sinbad le taggeur d'oiseaux accorde les mots tout pareil que les couleurs et personne ne peut s'en saisir… Comme il est devenu l'ennemi des vigiles qui le pourchassent et veulent le massacrer il ne doit plus fréquenter certains lieux au moment où le camarade soleil affiche complet. Et c'est Virgile qui s'y colle à sa place…

Virgile a beaucoup appris par son amitié avec Sinbad qui pourtant ne l'emmène pas partout avec lui… Loin de là… La plupart du temps personne ne se doute de l'endroit où il se planque ni de ce qu'il y fait… Sauf certainement ses camarades les Knock-tambules et Kenza bien entendu… Mais Kenza ne trahira jamais les secrets de Sinbad le taggeur d'oiseaux… Non jamais…

Sinbad… Sinbad…

Il n'y a pas moyen de traverser l'outre à mangeaille en direction des bombes d'aérosol sans passer entre les jambes des mannequins aux sous-vêtements de femmes travestis de soie rouge. Virgile sait déjà en entrant à l'intérieur de l'outre qui l'absorbe semblable à une Ogresse son couffin d'une main prêt à dévaliser le rayon des conserves plutôt chics afin que ça coûte cher et des poissons momifiés par le gel… des laitages qui sentent trop fort et des légumes qui occupent beaucoup de place… ainsi la caissière ni les mâtons ne se doutent de rien… Virgile sait déjà qu'il va prendre quelque chose pour elle… Une chose dont les replis enlacent ses doigts fins de fille qui se glissent et s'enfoncent au gré de noces délicieuses… Une chose qu'il ne lui donnera jamais…

Un jour…il avait été obligé de s'enfuir vite fait… pfuitt !… de l'intérieur de l'outre parce qu'il avait failli se faire prendre à cause d'une bombe d'aérosol qui était malencontreuse et bête tombée d'une de ses poches intérieures juste sous le nez narquois de la caissière auquel il avait envoyé naïf un sourire d'enfant venant de voler une boîte de sucettes… Un jour Virgile avait commis l'oubli de planquer comme y faut une petite culotte dentelles et nylon parmi les carottes au lapin de luxe et les petits pois frais ramassés à l'intention du lapin blanc reconnaissant de cette nourriture à laquelle personne jusqu'ici dans la Cité des Blocks ne l'avait préparé… Le lapin blanc avait échappé de justesse il faut le dire à une fricassée que les mômes toute couleur d'origine confondue entendaient se faire sur son dos. C'était Virgile qui l'avait récupéré plutôt mort-vif un soir de fête à l'entrée du terrain vague affolé et cherchant tel un revenant son château afin de le hanter sans inquiétudes dues à ces mômes auxquels on n'a jamais raconté de contes c'est certain…

Un jour Virgile avait commis l'oubli et il était parti de l'outre à mangeaille en courant au cas où la caissière se serait mise à le dénoncer postérieurement à son sourire quand même… Il avait longé la plus grande rue des Blocks en se frottant aux murs crasses jusqu'à ce qu'il tombe par nécessité sur un des oiseaux géants de Sinbad qui portait entre ses deux pattes griffues à la manière d'un aigle royal mais c'était une sorte d'oiseau beaucoup plus compliqué un gros œuf d'une matière semblable à du marbre… C'était trop lisse pour Virgile au point qu'il s'est arrêté net et il a commencé à palper la coquille de l'œuf afin de s'assurer que c'était le mur en dessous… Virgile aurait aimé savoir dessiner aussi bien que Sinbad mais ça n'était pas possible…

- Alors mon garçon… qu'est-ce que tu fais par ici ?… Ce n'est pas le chemin le plus court pour rentrer…

Virgile d’un sursaut avait bondi en arrière repassant les images immédiates de sa course qui l'égarait… les bombes d'aérosol qui tintinnabulaient à l'intérieur des poches du pardessus… la petite culotte dentelles rose cette fois sur le dessus du couffin… et la tête de son père qui heureusement lorsqu'il s'adressait à lui par hasard ne le voyait pas tel qu'il était… non ne le voyait pas…

Vaguement myope il portait toujours même en dehors de l'école de petites lunettes rondes qui avec sa barbe et ses cheveux jusque dans le cou lui donnaient l'apparence d'un de ces maîtres passés depuis belle lurette du côté des ouvriers ce qu'il n'était pas… Mais il faisait semblant lorsque ça l'arrangeait c'est-à-dire la plupart du temps…


- B'soir… a grogné Virgile du ton soumis et désinvolte qu'il utilisait face à cet individu dont l'indifférence mêlée au soupçon d'autorité de plus en plus abstraite le glaçait depuis l'enfance et le rendait maladroit à mourir…

- Bonsoir garçon… tu rentrais je suppose ?…

- C'est que… Virgile qui ne savait pas réfléchir demandait à chaque urgence d'incendie ou de désastre familial à son esprit habitué aux réactions sur le vif des solutions sans attente et les bonnes…

- C'est que… j'pensais justement que j'avais pas de quoi m'acheter des baskets comme les autres… Alors c'est normal qu’à la course j'arrive le dernier… Le prof. de Gym. m'la encore dit hier que mes godasses elles valaient pas la corde pour les pendre…

L'ait distrait derrière ses verres de lunettes qu'il redressait afin de juger du tag à moitié déjà effacé le Roi son père répétait en écho après lui du ton ordinaire d'un qui n'est pas concerné vraiment…

- Pour les pendre… Ah tiens ?… Il a dit ça le collègue…

- Oui… c'est ça qu'il a dit et donc j'me faisais la réflexion que si j'avais eu assez d'argent au lieu de rentrer direct les commissions j'aurais pu…

Virgile qui commençait à avoir les jambes qui tremblaient observait le Roi son père passer comme lui la paume de sa main droite à l'endroit où l'œuf géant semblait receler un sortilège… On aurait dit que la paroi craquelée de vieil enduit  allait soudain s'entrouvir…

- Oui… tu aurais pu…

- Ben… j'aurais pu m'acheter une paire de "Flight Foot" avant que mes vieilles soient vraiment niquées…

Tout en surveillant les réactions évasives du Roi son père Virgile envisageait déjà de s'approcher du couffin qui s'était un peu vautré dans le caniveau sans faire trop gigoter les bombes ceinturant son corps.

- … Vraiment niquées… Non mais franchement… tu as un de ces vocabulaires… Il avait tourné lentement son regard vers les pieds de Virgile parce que c'était un homme qui voulait sans cesse vérifier les choses comme pour les problèmes arithmétiques que Virgile ne savait jamais résoudre et avec lesquels il le terrifiait… S'il n'y avait pas eu Sinbad qui les faisait à sa place…

- …

Virgile ne s'autorisait à lui parler ainsi que parce qu'ils se trouvaient dehors et face à l'oiseau de Sinbad ce qui lui donnait une très nette supériorité sur lui… pour une fois…

En même temps qu'il exécutait une sorte de moue le Roi son père plongeait sa main à l'intérieur de la poche de sa veste et comme ça ne venait pas il a dû un instant quitter Virgile de ses petits verres ronds et inquisiteurs qui ne voyaient rien mais étaient redoutables d'opacité accusatrice. Et Virgile d'un geste souple de bambou ployé par un souffle imperceptible à saisi la petite culotte de dentelles rose qu'il a rapide fourré au fond d’une de ses poches en compagnie d'une bombe couleur lilas. Ça allait bien ensemble…

- Tiens… et puis donne-moi le couffin… tu ne vas pas retourner acheter tes "Flight… enfin je ne sais quoi avec les provisions…

- Oh ! super !… merci b'coup… c'est des "Flight Foot" celles qui ont des ailes sur les côtés…

- … Des ailes sur les côtés… Le Roi son père a attrapé les anses du couffin et il a ajouté en prenant un ton décidé et déjà lointain :

- Et tâche d'arriver pour l'heure du repas… Et de ne pas être dernier à la course cette semaine… Je demanderai au collègue…

Puis il est parti sans plus s'occuper de Virgile qui a repris en marche arrière lente le dos au mur tout contre l'oiseau de Sinbad qui venait de lui sauver la vie le chemin de l'outre à mangeaille en passant obligé par la maison d'Yvon le camarade afin d'y déposer les bombes et la petite culotte de dentelles rose…

Sinbad !… Sinbad !… Ne t'en vas pas…

A suivre...

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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