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  • : Les cahiers des diables bleus
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  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /2009 22:51

Cet extrait-là il prend la suite de " La bombe d'aéro-solitude" avec des trous évidemment car sinon vous en saurez trop... Vous allez y retrouver Virgile l'ami de Sinbad le taggeur d'oiseau et M'mâ Zoulika avec toute sa famille étonnante à l'intérieur de la petite baraque de la Medina qui se trouve tout contre la Cité des Alphabêtes... Enfin vous voyez hein ?


La reine des miroirs

Depuis qu'il n'est plus un enfant qui entre dans la ronde des filles et que Sinbad le taggeur d'oiseaux est devenu son ami Virgile sait qu'une famille c'est plus compliqué que celle de la Reine des eaux du miroir sa mère et du Roi des sirènes son père avec lui pour finir…

Lui l'enfant-dauphin qui ne cesse d'hésiter entre le royaume englouti et la terre ferme… C'est plus compliqué mais c'est plus vivant… remuant… incertain et bouleversant à la façon d'un arc-en-ciel qui arrêterait pas de changer de couleurs…

A l'intérieur de la baraque de M’mâ on n'sait jamais qui il y a au juste sur les tapis mandarine aux triangles vert pomme et lilas… on n'sait jamais… D'ailleurs sauf quand on dort la porte est ouverte même l'hiver et Virgile n'essaie pas de repérer par leur nom ceux qui entrent ou qui sortent vu que même quand on mange ça n'est pas souvent ceux qui sont là au début qui y sont aussi à la fin. Et puis dans la baraque de M’mâ les repas ne sont pas comme chez lui à l'heure où il faut mais plutôt à l'heure où on veut… Il y a toujours au fond de la pièce où on se réunit tous ensemble plusieurs plats en terre avec des poivrons grillés et des tomates… du couscous au lait parsemé de raisins secs… des légumes que M’mâ a rapportés coupés en gros dés avec des bouts de mouton grillés et des pastèques au cœur rose dont le jus a fait de petites mares  autour des feuilles de menthe fraîche…

Parfois le soir ça arrive qu'une grande partie des enfants de M’mâ soit là et encore le vieux Yahya et Yvon le camarade de l'usine alors c'est vraiment la fête. Une fois M’mâ rentrée de la distribution de soupe on s'installe assis parmi les coussins mais y en a pas assez et à même le tapis mandarine et vert autour des plats posés sur la petite table basse. C'est à M’mâ que revient exclusif la préparation du thé qu'elle fait avec la grosse bouilloire et les feuilles de menthe qu'elle va cueillir au jardin d'Yvon le camarade. Ce qui explique que le thé de M’mâ est à l'intérieur de la Medina le meilleur et que ça n'se discute pas !

Quand Virgile a passé le seuil d'ombre de la porte de la baraque la première fois il a vu les yeux perçants de Kenza… les mêmes yeux que ceux de Sinbad qui semblaient l'attendre. Personne n'a posé de question lorsqu'il s'est installé à côté d'elle au centre d'un triangle vert pomme et qu'elle lui a fourré entre les mains une assiette et une cuillère pendant que Zohra faisait tourner le plat de semoule et de légumes. Non personne…

Virgile lui n'a pas osé regarder le visage de Kenza quand il est entré à la suite de Sinbad au creux de l'ombre de la baraque de M’mâ… Sûr qu'il se rappelait d'elle alors qu'il guettait les gestes de sa mère l'institutrice devenue d'une métamorphose qu'il connaissait trop bien une reine entourée de prétendants. Elle aurait été la seule à pouvoir le retenir par sa façon de virevolter d'un endroit de la cour à l'autre avec la même ardeur et la même passion pour le mouvement que Sinbad le taggeur d'oiseau… Et ses cheveux frisés aux reflets presque rouges qu'elle ne nattait pas comme les autres filles de la Medina… ses cheveux libres dans son cou qui lui faisaient cette masse épaisse qu'elle secouait en riant aux éclats… M’mâ portait sur elle un œil qui n'acceptait pas le comportement de cette fille trop délurée à son goût lorsqu'elle prenait de ces fous rires pour un rien et qu'elle se mettait à danser d'un pied sur l'autre en agitant sa chevelure au bas de ses reins…

Non… vraiment… M’mâ n'aimait pas les manières de cette fille qui suivait Sinbad le taggeur partout et s'habillait comme un garçon… Ça pouvait pas aller… Ça pouvait pas… Pourtant il y avait quelque chose d'irrésistiblement envoûtant chez elle que même M’mâ avec son sale caractère ne parvenait jamais à écarter afin de la traiter semblablement à chacune de ses filles… Quelque chose qui ressemblait à ce sentiment aussi fort que la vie d'une liberté qui n'avait pas de limites… Oui … c'était ça… Kenza avait un mouvement en elle qu'on arrêterait pas… Et peut-être bien que c'était M’mâ qui le lui avait donné dans son ventre… Sans savoir… Parce que M’mâ c'était une femme qui avait choisi sa vie… en quelque sorte… Ça oui…


Et puis y avait cette tendresse qui sortait d'elle aussi naturelle que du lait… Kenza on n'pouvait pas lui résister quand elle jetait ses bras autour de votre cou… Non… on n'pouvait pas… Mais ensuite elle s'en allait et on n'la revoyait plus de plusieurs jours… Oh ! cette fille !… Tous les deux elle et Sinbad… ils lui avaient échappé… A cause du vieux Yahya qui avait d'abord voulu que Kenza ne soit pas obligée de faire les corvées comme chacune des filles de M’mâ… Dès qu'il s'en allait chez Yvon le camarade elle partait avec lui… Toujours à traîner… et surtout ses vêtements… Oh ! cette fille !… Et ensuite Sinbad !… Le dernier des fils… Sinbad le taggeur d'oiseaux… Ça c'était bien à cause de son fou de Yahya qu'on en était arrivés là !…

Mais M’mâ qui n'était pas du tout au fond une femme du passé ainsi qu’on l'a bien vu auparavant n'avait pas l'envie de rien empêcher… Pourquoi faire pisque c'était comme ça ?…

Virgile lui n'a pas osé regarder Kenza la première fois… La première fois il ne se souvient plus quel âge il avait au juste… Quinze ans… Ce dont il se souvient c'est que Sinbad avait déjà quitté le collège parce qu'il n'était pas un enfant semblable aux autres et que les maîtres ils n'aiment pas ça… Sinbad qui avait lu tant de livres qu'il pouvait facile leur faire la nique à tous… Et pas que dans la poésie où les oiseaux il les tenait Sinbad… Y avait aussi les mathématiques et des tas de sciences un peu occultes pardi… Sûrement il avait la connaissance des bouquins d'Avicenne et des traités de l'alchimie et de la kabbale… Mais comme il n'obéissait pas et qu'il se moquait des discours des maîtres ils avaient fini par le mettre à la porte… Et il y avait ce crapaud qui le suivait en boitillant… Tip-top… Tip-top… Ce crapaud dégouttant !

- Sinbad !… Sinbad !… Ne t'en vas pas…

Pour Virgile ç'avait été un grand désespoir au début quand Sinbad avec tous ses oiseaux était parti… On aurait dit que l'école était un lieu rempli de souffrance à son égard… On lui reprenait encore quelqu'un… Après sa mère la Reine que les petits mômes avaient dévorée chaque jour devant ses yeux c'était Sinbad son ami qu'elle refoulait vers les hautes eaux de la Medina… Alors il avait attendu un peu et il avait pris sa décision… La grande… L'unique… Il entrerait lui aussi dans le ventre de la Medina afin de retrouver Sinbad et de lui dire… de lui dire… Mais Virgile avait bien des difficultés avec les mots… Un peu comme le vieil Yahya si on veut… Heureusement que Sinbad il avait parlé à sa place… Et qu'il avait eu l'air content de le revoir accroupi sous l'escalier peint en jaune de la baraque de M’mâ… Oui… il avait eu l'air content et il l'avait emmené avec lui…

La première fois Virgile n'avait pas osé regarder Kenza qu'il trouvait pourtant drôlement jolie et ça lui faisait peur… Elle pouvait sans hésitations ni calculs avec additions que seul le lapin blanc grignotait au fond du cartable rivaliser avec la Reine… Et sans les sous-vêtements de soie rouge aussi elle pouvait… Et même sans les bas résilles… Virgile avait envie d'enfoncer ses mains dans la masse aux reflets roux de ses cheveux… juste pour voir et pour faire jaillir l'odeur… Pas pour la toucher… oh non ! C'était pas une idée qui l'effleurait en ces moments où il se sentait perdu entre la maison ouvrière que le lapin blanc continuait de squatter et les rues folles et cruelles du Ghetto où les vigiles et les crânes rasés qui n'aimaient pas son allure finiraient bien par lui mettre la raclée et peut-être autre chose aussi…

De toute façon il y avait Sinbad que Virgile aimait par-dessus tout et Kenza n'était à ses yeux que l'être féminin du taggeur d'oiseau… sa frangine et comme la part de lui-même qui demeurait inaccessible si on veut… D'ailleurs Sinbad avait poussé sans son avis Virgile du côté de Kenza alors que lui s'asseyait le soir des histoires tout contre Yvon le camarade… sûrement qu'il a vait un plan à lui Sinbad afin qu'on n'se doute pas… Pourtant dans cette affaire M’mâ aurait dû garder sa vigilance encore plus que pour le reste concernant Kenza qui était une fille sacrément plaisante à regarder…

Mais avec ses allures de garçon qu'elle avait M’mâ ne se doutait de rien… Non… elle ne pouvait pas imaginer que Virgile qu'elle considérait d'un air apitoyé ou c'est pareil vu qu'il avait le physique d'un chiot sorti du panier avant la fin de l'allaitement… non M’mâ ne pouvait pas imaginer que Virgile allait lui voler Kenza une deuxième fois… Une deuxième fois après Sinbad.

A suivre...


- Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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