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La citadelle engloutie suite...
Assise en bas du Block 3 l’Afrique Morgane moi j’attends que l’été se tire et que la fin d’out me ramène les frangins du bled qu’ont l’air de dattes bien mûres et qui rapportent dessus leur peau l’odeur sucrée rèche du Sud et dedans leur corps minces de mômes de la zone devenus de jeunes princes solaires les morsures avides des dieux chiens de la lumière et des vents qui brûlent les iris bleu‑noir tapis au fond de leurs paupières…
Pour l’instant y a personne qui se ramène et Zahra elle est partie avec sa daronne chez sa tante maternelle khalti
Anika qui va lui montrer à se faire le henné sur les mains avec des dessins de fleurs et d’oiseaux qu’elle invente elle‑même que toute la cité où elle a son gourbi lui réclame des motifs
pareils…
Khalti elle a le goût extra pour ça qu’elle me dit Zahra à chaque fois qu’elle fait le trajet jusqu’à la cité qu’est de l’autre côté d’Alphabêtes City au Nord de notre Phare Ouest y a qu’un bus des brousses à prendre c’est pas loin… C’est sa mère qui lui a appris au bled quand elles vivaient avec son vieux et ses frangins… ils étaient six garçons et dedans y a le daron à Zahra... Fahti à l’intérieur d’la maison que toute la famille se partageait… C’était la seule fille et vu que son paternel avait pas décidé qu’elle fasse l’école avant qu’elle aille apprendre chez des bonnes sœurs qu’enseignaient aux gamines la coûture en plus de l’écriture la lecture et des matières basiques qui n’pouvaient pas causer de tort… elle avait trouvé cette façon d’avoir des cahiers bon marché aux pages un peu jaunes avec des carreaux pour les dessins au début ça l’aidait bien…
Comme le henné c’est une affaire qu’est réservée aux femmes son vieux il avait pas vu d’malice à c’qu’elle
gribouille dessus les pages des cahiers qu’elle réclamait ensuite à la sœu
r économe qui lui en refilait au compte‑goutte les dessins de fleurs de feuillages et d’oiseaux qu’elle choisissait avec une grande attention parmi les
images des bouquins de leçons de choses… Du côté de l’invention et de l’habileté à tranformer les photos des fleurs réelles des jardins dans les patios des colombes des hirondelles des cigognes
des grues et à recopier les dessins des frises des mosaïques pour les maquiller en motifs modernes pas croyables que les jeunes filles des Blocks elles prennent pour des tatouages Anika elle est
la meilleure pas de lézard oualla !…
Et leurs mères elles peuvent rien dire quand elles arrivent leurs mains et leurs bras au‑dessus du poignet où gigotent et s’entortillent des vrilles de pétales jasmins et de plumages barbouillés d’étoiles et de flammèches rousses que leurs darons ils reluquent ahuris et s’ils demandent ce que c’est la réponse ils la prennent direct…
‑ Ben quoi… c’est le henna !… C’est kahlti Anika elle est la meilleure hannaya de toute la Cité !…
Probable qu’ils se doutent les vieux qu’on les enfume chouïa et que la fête de la tradition c’est devenu une coquetterie que les gamines elles utilisent pour des raisons pas avouables et que khalti elle est dans le coup mais ils ont pas les arguments alors ils lâchent l’affaire… Assise au pied du Block 3 l’Afrique Morgane moi je n’participe pas aux rituels avec les filles arabes en tant que Gauloise c’est pas ma place et si la mother elle me chope avec les paluches gribouillées des dessins du henné alors elle me fera la grande scène que c’est la honte de la honte et que bientôt je vais ramener un fiancé r’beu et que Rémi il va trinquer sérieux s’il surveille pas que sa fille elle fréquente des lascars !… Rémi ! hi hi hi !…
A c’moment que Rémi je le vois qui se pointe sa dégaine qui chaloupe qui tangue qui arraisonne les bancs
béton… il frotte sa salopette de bleu qu’il a sur le dos l’été avec le marcel dessous quand le cagnard lui poinçonne les étiquettes qui dépassent de la casquette contre les carcasses de tôle
des bagnoles calorifères… A c’tépoque les caisses le long des trottoirs elles font grille pain la journée si elles bougent pas elle peuvent s’auto incendier radical si tellement qu’elles
cuisent et les p’tits ils s’en servent de toboggans et ils hurlent piaillent maudissent que ça leur brûle le joufflu ! Cri ! Cri ! Cri !… et Rémi il
revient à la night sa peau couleur d’l’abricot qui remonte la daronne d
’énervement…
‑ Eh Morgane !… fait bon hein ?… qu’il m’envoie en se laissant dégringoler à côté d’la musette aux outils qui carillonne sa ferraille… Bon c’est l’heure des maïs avant le rappel et j’remarque qu’il a lavé ses pognes de jardinier au bistrot c’est sa manière à lui de dire qu’il est plus au turbin pareil que la douche de l’ouvrier… Ses mains de jardinier avec les coupures du sécateur les crevasses du gel qui guérissent jamais et la corne au creux des paumes qui fait des p’tites auréoles comme la peau des chataîgnes elles sont belles elles touchent la terre c’est pas rien… Il les frotte l’une contre l’autre deux trois fois avant d’allumer sa clope et il grogne sa satisfaction quand la fumée des rouquines elle nous embrume…
A suivre...
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