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Et encore un p'tit bout de récit du côté de la Cité des Alphabêtes qui vous changera de Sinbad car pas question que vous lisiez tout sinon après mon bouquin il vous intéressera plus !...
La citadelle engloutie
Ecoute… écoute… je voudrais te raconter une histoire…
Au pied du Block 3 l’Afrique dans ma mini en jersey rouge y a des jours entiers où je ne fais qu'attendre… L’été
ici pour les mômes des Blocks faut pas croire qu’on va aller faire un tour ailleurs se rincer les mirettes avec des paysages d’autre part comme y en a qu’ont fait dans les années mirifiques des
congés que même Rémi qu’est pas un phare des fois il en dit deux mots à ses poteaux algériens Kader et Youssef… Chez Saïd quand c’est l’moment du départ pour le bled avec les autos qui sont
aussi énormes de chargement que les tortues géantes en deux jours ça y’est… Hop !… les zimmigris qui triment aux chantiers ou à l’usine des autos… ceux qu’ont les moyens ils
enfournent tout l’gourbi à l’intérieur du carrosse et Zouh !…
De deux mois qu’on n’les revoit plus les veinards ! Morgane moi et ma frangine Zahra du lait de
l’Ogresse on est pas dans des familles qui bougent de la Cité quand y a les mouches qui tourbillonnent vrombissent font charogne dessus les containers plastique verts que Fati qui essuie son
front de sueur elle les chasse même plus… Et Rémi il continue de cultiver bichonner ses lilas ses rhododendrons ses charmilles ses rosiers des parre‑terres dans les maisons du côté de la ville
qu’on n’conaît pas nous autres... Rémi mon daron même si c’est pas un loustic à combines il se débrouille pour récolter des chantierschez les gens qu’habitent aux pavillons loin au‑delà des
p’tites maisons ouvrières avec les clôtures bricolées en bois de récup des palissades de toutes les couleurs devant les bouts d’jardins où y a deux arbres et la cabane des
lapins…
Ces gens‑là c’est des bourges qu’il dit Sami qui tient les renseignements d’son grand frère Mouloud… Mouloud
il prépare l’examen pour conduire les bus de la zone et il voyage gratuit au volant des gros poussahs d’métal à travers les rues qui transpirent leur poussière ocre rouge poisseuse des villes au
bord du fleuve… Pendant que nous on cuit on crame de tous les côtés dessus Macadam black et qu’on a les semelles de nos baskets qui décollent pas du bitume des parkings de Bab‑el‑Oued
quartier… Flaouch ! Flaouch !… eux les bouffons des pavillons ils se tirent au bord d’l’océan et de toutes les campagnes qu’on gafe à la téloche… Pour Zahra ma frangine
et pour Morgane moi c’est rapé vu que nos vieux ils peuvent pas banquer une charrette à âne et pas même un vélo alors !…
‑ C’est pas une raison… on pourrait y aller avec le train deux jours ça s’rait possible au camping… qu’il a grogné Rémi la dernière fois… Que lui il serait pour de respirer l’odeur des p’tites vagues sapées de leurs pelures de goémons vert pomme mais la daronne elle veut rien entendre…
‑ Et qu’est‑c’qu’on va aller faire au camping avec des gens autour qui sont pas comme nous et qu’il faut s’laver ensemble et le reste… qu’elle glapit en haussant les épaules qu’y a que Rémi pour mijoter des âneries d’ce genre…
‑ On irait prendre l’air et pis s’baigner comme les autres tiens !… qu’il lui retoque Rémi… Morgane ça lui f’rait du bien d’sortir d’la Cité elle est enfermée toute l’année c’est pas drôle l’été là‑d’dans !…
‑ Enfermée Ah ouais !… Elle est pas enfermée elle est toujours dehors à vadrouiller alors !… C’est comme toi que tu traînes tant que tu peux … pas l’air qui vous manque à vous deux !… qu’elle répplique et elle assome définitif Rémi avec l’argument qu’il n’peut pas objecter… d’abord ça entre pas dans les comptes t’as qu’à gagner mieux…
Rémi il a pigé c’est pas la peine il est déjà dans l’escalier avec sa musette de jardinier ses outils pour les arbres son casse‑croûte du déjeuner il rentre pas le midi il a plusieurs chantiers… des jardins dans les pavillons chaque année on le réclame pour l’arrosage le nettoyage des buissons à mésanges et à moineaux le désherbage… c’est bon elle le reverra pas jusqu’à la night elle le saoule trop…
‑ Rémi hi hi hi !…
Morgane moi assise dans ma mini en jersey rouge avec le short en jean dessous j’ai la colère qui me monte quand je
visionne la daronne et ses arguments ringards autant que ses fringues… ses corsages bleu marine à pois blancs et ses jupes des cotons imprimés à fleurs à carreaux à rayures toujours dessous
des genoux ses mocassins beige et ses socquettes tire‑bouchons… qu’on aille pas s’éclater dedans l’écume qui mousse au creux du cou des oreilles des doigts de pieds froide et salée deux
p’tites journées rien que ça !… Elle veut pas bouger de Blues Bunker où elle taupine à l’intérieur de notre gourbi le bout d’son tunnel qui sort devant le frigo de la cuisine formiquée
blanc !
Elle va pas se mêler se frotter se touiller aux mômes qu’ont fait la transhumance depuis les Cités comme la nôtre pour se rouler au‑dedans d’cette peau de sable mouvante le bonheur quoi ! Ils se jettent milieu des vagues aux crêtes pétillantes dorées avalent des gorgées amères en hurlant crachent foncent la touffe en avant à l’assaut des murailles qui s’éboulent en jets comme la limonade des bistrots tout leurs corps maigre et pâlichon de moutards qui grouillent aux parkings de Macadam black et aux trottoirs brumes il dévore l’espace mouillé chaud des sarbacanes de soleil qu’éclaboussent les glaçons menthe de l’océan…
Ma daronne pas de danger qu’elle s’y fourre dedans la cohue populaire où les ouvriers fourmis ils exhibent leur viande en jouant et en se boyautant comme des p’tits avant que la raboteuse elle les mette d’équerre !… Sans charibote elle est aussi pire que la grand‑mère Sylvie pour la faribole et l’amusement alors !… Et elle nous pourrit la vie à Rémi et à mézigue qu’on n’peut pas prendre l’air peinards accroupis dessus nos arpions en bas du Block 3 l’Afrique à la fraîche les soirs où la banlieue elle débarbouille son ciel avec des tas de bleus pas possibles des traînes de soie indigo jusqu’à la night qui leur renverse sa teinture violette par dessus…
‑ Rémi hi hi hi !… Morgane eu eu eu !…
A suivre...
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