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  • : Les cahiers des diables bleus
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  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Mercredi 28 octobre 2009 3 28 /10 /2009 20:21

La bombe d'aéro-solitude suite...

      Jeter les bombes au fond d’la musette pêle-mêle en imaginant la tête du vieux Yahya quand les Arabes de la Medina lui diront… et celle de Virgile aussi qui court les risques avec lui alors qu'il est né de l'autre côté du fleuve…
      De l'autre côté… dans la maison qui a un jardin avec trois arbres-lilas… La maison où le lapin blanc attend que la lune soit pleine pour venir prendre des nouvelles du gros tas de linge sale à porter à la laverie…

De l'autre côté… Là où on n’sait rien de ceux à qui on a pas donné le choix… Il pense à la tête des mecs au crâne rasé Sinbad… Et à celle des dealers d'Alphabête City…

- La prochaine fois on t'aura sale petit pédé !… La prochaine fois… Tu veux jouer les grands… eh ! prépare-toi à mourir…

 

Sinbad… Sinbad…

Tagger les murs du commissariat c'est juste un apprentissage qu'il fait Sinbad avant de passer à des actions d'envergure. Les vigiles et leurs chiens gardiens sont des bouffons si tu les compares aux dealers d'Alphabête-City et aux bandes de crânes rasés qui leur servent de corps d'armée…

Après le fleuve y a le terrain vague à traverser qui est déjà pas banal… Le terrain vague il s'étend de la Cité des Blocks à la Medina des Arabes d'un bout et à la Cité des Alphabêtes de l'autre… Deux triangles isocèles séparés au milieu par les palissades des buissons de ronces aux mûres violettes et sacrément sucrées qui sont transformées en frontières avec un check-point sans personne pour contrôler… mais à partir de là commence la zone… 

Quand on entre dans la zone on le sait pas… Y a pas de panneaux qui indiquent : "Attention ici tout est miné !… terre minée !… terminé !…"

Le pire c'est qu'on n'peut rien voir du vice de forme qui s'est glissé à l’intérieur vu qu'on ne rencontre de jour  que ce qu'il y a de normal autour de la Cité des Alphabêtes. Un des quartiers chauds de la monstrueuse Cité aux ordures. Et les tout-ce-qu'il-y-a-de-normal sont des légions… Qui travaillent clandestins à alimenter le répertoire des mômes de la Cité en œufs-grenades de mots terribles.

Et comme les vieux Arabes et Blacks d'Afrique ont pas voulu quitter la Medina y a plus personne pour leur retirer les grenades de mots des mains avant que ça leur pète à la figure…

Les darons ils ont laissé tomber parce qu'ils sont trop hards… les p’tits… y a pas moyen…  Ouais… les darons ils ont entamé la totale débandade le dos tourné… Peau blanche… peau noire… rien à faire c'est le foutoir…

Alphabête-City ou le grand vide-ordures des enfants à la pelure arrachée de sang-froid pareil à des lapins mais il ont continué à vivre sans… Et ça fait mal !… Malgré tout ils valent la peine les mômes d'Alphabête City parce qu'y sont vivants à l'intérieur… raouf !…

Et la preuve c'est qu'ils ont formé une bande de gamins beurs et black-café mais on n'sait pas qui au juste… pour imiter Sinbad à leur manière et repeindre les Blocks sans noms avec des taches de couleurs  qui s'emboîtent… s’trimballent… s’cavalent…

D’accord… c’est pas toujours joli mais ça fait des puzzles symphonies allumées au creux du gourbi d’la nuit… C'est aussi à cause de ça que les incendieurs d’la Cité aimeraient radical se faire la peau du taggeur d'oiseaux… pfuitt… pfuitt…

 

Ecoute… écoute…

Dans la partie du terrain vague qui lézarde entre la Cité des Blocks et la Medina des Arabes les habitants d’la Cité aux ordures ils ont balancé en vrac les vieux joujoux cassés… harassés… délabrés… les ours aux estomacs peluche bleue grise dépiautée oreilles et yeux arrachés… les poupées chiffons perforées cheveux coupés en brosse… les baigneurs celluloïd plus de bras et plus de jambes… les chevaux de bois peinture écaillée… les théâtres guignols et marionnettes décors dévastés…

Et aussi ils ont viré là les livres cartons et figurines de papier qu’on découpe et puis on reconstruit un monde plein d’images… Des tonnes de joujoux rejetés qu'on peut emporter à pleins bras et l'Indien d’la Medina a décidé de faire son ramassage ici… Il ira les vendre aux puces l’Indien à ceux qui oseraient jamais fouiller les détritus du terrain vague des Cités… propriété privée… Et même si pas un chat en vue… y a danger à jouer les marioles dans l’secteur…

La zone… on n'sait pas plus où elle commence qu'à qui elle est… et Terrain Vague c'est tout pareil… Y faut pas rigoler !…

Donc l'Indien lui… y peut… et même bien plus… Y peut charger son caddie à ras bord et traverser l'autre morceau de Terrain Vague jusqu'aux murailles gangsters d'Alphabête-City et passer l’fleuve sans que les vigiles des petites maisons ouvrières qui patrouillent plutôt aux frontières de la Cité des Blocks lui fauchent la cargaison ou le forcent à tout rapporter direction la décharge.

La décharge elle a pas vraiment de fin…

- Où tu vas avec ces cochonneries ?…  Allez ouste ! demi-tour !…

L'Indien il peut aller où il veut sur le territoire de la Cité parc’que comme il travaille dans les ordures justement il connaît du monde…

La Cité est un géant entrepôt de recyclage des gens et des choses… L'Indien il appartient à personne comme individu vu qu'il a pas de famille… pas de tribu et pas de clan non plus… L'Indien il est libre pour de vrai c'est certain…

Après le terrain vague des jouets sur la gauche y a l'enclos où les cabanes de la Medina arabe finissent de partir en lambeaux sous les tonnelles de chèvrefeuille et les voilures rouillées des escaliers peints en jaune… Les palissades et les collines d'ordures… Au-dessus les mouettes ta pinent et d'autres oiseaux d'océan qui les protègent des poings menaçants des tours qui sont prêts à s'abattre sur elles… A les aplatir dans la boue ou la poussière blanche de craie où tombent des flocons de nuages selon les saisons…




A suivre...
- Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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