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La bombe d'aéro-solitude suite...
Lorsque Virgile accompagnera Sinbad par la suite le long des ruelles de la Cité des Alphabêtes il saura ce que
c'est que d'avoir la trouille pour quelque chose qui peut te tomber dessus à chaque seconde…
Dans le quartier des maisons ouvrières on est jamais en danger. Mais de ce côté-ci du fleuve c'est pas pareil. N'importe qui n’pénètre pas à l'intérieur d'Alphabête City… Non pas n'importe qui…
Alors quand tu vis là tu as d'autres repères qui se baladent entre la haine et la poudre de pollen… Les piafs de Sinbad le taggeur ceux qui habitent à l'intérieur d'Alphabête City ils les détestent et ils les crament au chalumeau…
Sinbad… Sinbad…
Accroupi dans l'angle du mur du super marché Virgile sait qu'il est envoyé pour faucher les bombes d'aérosol et pas autre chose… C'est une mission importante car Sinbad lui a expliqué que tant qu'il y a les oiseaux de couleur sur les murs on est pas vraiment morts nous autres… Y a que Sinbad et le vieux Yahya qui pensent comme ça il se dit Virgile… Sûr que lui il a eu la vie plutôt simple avant et qu'il se doutait pas…
S'il n'était pas venu… S'il n'était pas venu…
Devant lui les portes battantes du super marché… L'outre à mangeaille comme il l’appelle Sinbad le taggeur d'oiseaux… Les portes battantes dévoilent les cuisses des mannequins en plastique… Ils le fixent de leurs yeux pervers… L'envoûtent… Ils ont deviné qu'il va falloir qu'il traverse le rayon des sous-vêtements des femmes où les crissements de la soie rouge et noire le rendent fou… Et celui des chaussures qui passent à l'attaque… Virgile est maniaque de la terreur des talons aiguilles… Des poupées-chiffons hérissées de sortilèges… Si seulement Sinbad était là avec le crapaud Kee Bock…
Sinbad… Sinbad…
Normalement la Cité aux ordures c’est un lieu qui existe que par la répétition des gestes coagulés des ouvriers… Automates qui déchirent les livres d'images de l'enfance… Pour mettre à la place des avenirs téléguidés de singes saouls… Et de types qui remplissent les rayons de l'outre à mangeaille de poupées vêtues seulement de petites culottes de nylon rose… Et de boîtes de nourriture pour chats désintoxiqués des souris… Mais avec des individus du genre d’Yvon le camarade en niquedouille il se barre le monde des souffle douleur…
Personne ne sait où Sinbad le dernier des fils de M’mâ Zoulika et d'Yahya le muet a pris le goût des oiseaux de couleur… Non personne…
Sinbad il a appris à Virgile à déjouer la fureur froide des vigiles quand il sort du super marché avec au-dessus du couffin les commissions pour sa mère. Faut dire que Virgile il crèche aussi du bon côté du fleuve et c'est grâce à ça qu'il peut faucher facile les objets du crime… et les offrir à Sinbad en vue de garder son amitié.
Sinbad lui ne s’promène jamais aux alentours de l'outre à mangeaille sans une pelure d'oiseaux sur les épaules…
Une pelure négligente d'oiseaux… qui le rend invisible aux yeux des autres… Mais pas de Virgile… Non pas de Virgile… ( ... )
Sinbad lui c’est le maître des oiseaux-béton… Des tatouages d’aéro-rouges-gorges… Qu’on voit pas… Et puis qu’on voit… Qui sortent d’un coup… En perforant le mur et ses enduits et ses papiers affiches… Beaux à faire la nique aux rayons de soutien-gorge en coquelicots chiffonnés…
- Sinbad… Sinbad… ne t’en vas pas…
Le camion benne laisse les ordures s’amonceler contre la Cité des Alphabêtes et la Medina des Arabes. Pourquoi on
déblaierait vu qu'ils habitent aussi bien dans des frigidaires transformés en cabanes à lapins ? Ou dans des cubes de carton autour des lavabos remplis de mousse ?
Le bidonville du nouveau monde il s’étend jusqu'à la mer… Il y a plus de frontières à cette
Ogresse au cul béant… Jusqu'à la mer… De hautes collines d'ordures où le lait de l'aube besogneuse se reflète…
Sinbad… Sinbad…
Le nez au mur Sinbad travaille tranquille… il a les poignets qui dansent. Le jet de peinture rouge écarlate… pfuitt… tout en haut le dernier oiseau sorti encore frais d'une fissure de l'enduit… celui qui sera là partout… raouf !… l'oiseau rouge pfuitt… pfuitt… il dénonce à la Cité ses blessures secrètes et ses amours qu'ils ont décidé d'interdire… et puis il se tire vers le ciel oiseau ballon… oiseau rouge écervelé… pfuitt…
Juste en dessous y a les amours corsaires des mômes de la Cité qui leur font la nique avec les tourbillons plumes et poissons volants jaune citron pfuitt… drôlement allumés… raouf !…
Et puis ça descend dans d’l'orange… pfuitt… une glissade sérénade du bonhomme qui balaie la lune à l'envers… raouf !… mais c'est pas pour ça que ça s'éteint… Il a des morceaux de lune plein les mains… Orange c'est une épaule ou un p’tit bout de sein… pfuitt… Et autour c'est vert turquoise quasi bleu d'herbe… pfuitt… pfuitt… et encore du rose tyrien et du lilas en plein vol… raouf !…
Le nez au mur Sinbad libre comme le soleil sous le regard brûlant du crapaud Kee Bock… Pfuitt… Ce qui l’retient
Sinbad de repeindre aussi le crapaud boiteux il ne sait pas… Un jour ou l'autre il le fera… Oui… il le fera… Sinba
d le taggeur d'oiseau n'a pas peur de la mort… raouf !…
Quand c'est fini y a même pas le temps de vérifier que c'est parfait… c'est ça qu'est frustrant… Souvent Sinbad songe à ceux qui faisaient les peintures des églises perchés en haut des échafaudages couchés sur le dos… Un vrai travail d'esclave… alors que lui c'est du bonheur vertical… Debout les jambes écartées tu fais face au monde qui se tire… s'étire lézard carnaval qui n'bouge pas d'une patte…
Bon… faut y aller vite fait avant qu'ils rapliquent… Dans la nuit ils verront pas et demain tous ils sauront que la taggeur d'oiseaux a refait la façade du commissariat avant qu'ils le gomment… pfuitt… l’Oiseau… pfuitt…
Ils ont beau l'effacer de la vie il revient… le bonhomme aux oiseaux…
Sinbad… Sinbad… ne t'en vas pas !…
A suivre...
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