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Doudou le légionnaire suite...
Alors le travail à la savonnerie pour c’qu’y est de l’odeur on pouvait compter dessus c’était
garanti… l’huile d’olive des petits savons glougloutait au fond des cuves aussi grosses que les marmites du diable et des pales de métal genre hélices des avions de l’aéropostale couinaient
au milieu de la pâte gris verdâtre leur chanson qui faisait monter des chaudrons des senteurs grasses et qui moussaient fort…
La savonnerie elle avait nettoyé brossé frais Tonio de toutes les autres fermentations anciennes dans sa vie et même celles qui stagnent dessous des brouillards des gaz de carbone de la ville aujourd’hui elles y passent fissa… La puanteur chaude et gluante d’huile de friture beignets sardines et compagnie du père DesClous a pas résisté et Tonio quand il croise le singe Monseigneur son paquet de bouts de beignets qui dégouline chandelle de ses doigts à ses pieds direction la bande des mômes de la cité il rigole en dedans… Monseigneur est bien le premier recycleur de rêves paumés qui transhume léger léger d’un monde l’autre… Ziouh !
Monseigneur ne pige rien à cette histoire d’billets papier qui prennent la place des choses vraies. Seules les pièces d’or les douros qui le fascinent parc’qu’elles sont de la couleur jaune. Le singe a réussi quand il suit Prince aux représentations des théâtres qu’il ne loupe pas vu qu’il fait partie maintenant des hommes de cour à chiper une chapeau avec son réservoir qu’est parfait pour l’utilisation de garde‑manger… Pendant que le père DesClous recompte ses billets papiers Monseigneur remplit son chapeau à claque qui s’égoutte sur sa queue. Et il se tire zigzag du côté des mômes qui le bousculent pour le plus gros morceau en lui balançant des tapes d’amitié qu’il leur renvoie pendant qu’ils se goinfrent comme si c’était une farce… une sorte de diablerie…
Un peu au‑delà des abattoirs le quartier des bordels se répand maquillé de lampes rouges ses cuisses résillées black grandes ouvertes. Doudou le gardien de la savonnerie qui fait la njght a l’habitude des mômes des bastringues qui se chamaillent comme des greffiers sautent chiper les morceaux de pâte dorée que Monseigneur leur sort de son chapeau avec bien de la précaution… Les loustics des bastringues ont droit à la part des princes…
‑ Sûr qu’ce singe est moitié d’idiot !… il grogne Doudou qui n’se doute pas que l’idiotie pour Monseigneur c’est le plaisir des fous…
‑ Le gardien de la savonnerie de night qui n’garde rien… il se dit Prince qui n’imagine pas qu’on peut
surveiller des savons… c’est un ancien légionnaire comme on en a plus l’utilité depuis qu’il nous reste seulement du bleu d’outre‑mer… heureusement et rien de
pire…
Doudou le légionnaire est un de ceux pour qui Prince s’il avait eu un peu de bon sens aurait usé sa haine vierge d’ancien esclave à écrire l’histoire… dont le ventre des femmes et des petites filles indiennes avaient héritées… Couchées là… Au pied… Mais Prince est pris dedans les contradictions d’avoir à jouer son rôle de… Prince et quand il regarde Petite lumière il ne la voit pas bien… sauf à contre‑jour…
Elle était semblable à toutes les filles des tribus amérindiennes et aux petites esclaves noires. Elle marchait sur les traces du vent liée à lui par les serments de ses pieds. Elle connaissait les rituels qui délivrent de la mauvaise mort. Elle avait avalé le rire des hommes du Sud et elle léchait comme une louve la bouche des mômes blacks‑café des blocks.
Le gardien de la night on l’appelait Doudou dans la légion… C’était le seul qui recrachait les mots comme Prince aurait fait s’il avait pu mettre la main dessus. Les mots coincés juste au bout de l’outre‑mer et de l’outrage… entre‑deux quoi… Les mots de la langue arrachée avec la fleur d’hibiscus qu’on a transplantée milieu des planches des cabanes du bidonville… Des mots du gisement d’os des éléphants de fer énormes sur le trottoir en douce…
Doudou le légionnaire il connaissait tous les déserts du Sud et leur voile de lune blanche en plein midi. Et les puits de rire qui reculent dans la laine bleue. Presque à trois reprises il a croqué le sable avec sa figure… comme il disait… et c’était toujours l’Arabe qui l’avait sauvé… le même… Celui qui se pointe sur le cheval noir l’Arabe de l’eau…
‑ Ouais… qu’il ricanait Prince… en fait de cheval tu parles… c’est plutôt un âne celui qui t’a filé à boire !
Doudou on n’peut pas l’arrêter… il continue son récit dans le jargon de nulle part…
‑ L’Arab’ de l’eau fils… c’est c’ui‑là qui connaît l’terrain… c’ui qui meurt pas avec la soif comme toi… Mêm l’chameau arab’ mêm l’chien arab’ y meurent pas dans c’te chaleur… c’t’à ça que toi tu piges à qui y l’est le pays… si tu peux pas alors c’est pas l’tien… fils…
C’était pas possible même pour le singe Monseigneur bien à l’écoute de dire avec quelle langue Doudou se battait contre le sable. Prince pensait que c’était la langue de Nègre rouge. La sienne aussi peut‑être quand il a apporté l’épi d’maïs à la petite Indienne saupoudrée du sel des jours clairs. La langue du fouet sur son dos léchée par le chien Citron qui guette entre les deux bidons son retour de l’école indigène. Si on veut à vrai dire c’était pas une langue… Plutôt des jappements alors…
Doudou le légionnaire sa vie il la débobine sans les sunlights pour le spectateur qu’est ce sacré personnage de singe qui frissonne des esgourdes et qui en perd pas une… Quand il raconte au singe Monseigneur il passe vite fait sur l’enfance dans les assistances… les chemises de nuit empilées toutes pareilles au coin du dortoir… Y a pas l’utilité… Sa grosse tête ronde piquetée paillasson de cheveux roux tout droits et ses taches de son Doudou il existe vraiment pas en dehors des bouts de savon qu’il sème derrière… Et des bouts d’Algérie qui lui barbouillent la mémoire… Père et mère expulsés par le placenta du vague à l’âme. Lui Doudou c’est une plaque tournante. Une tôle verglas où les hirondelles glissent… Ziouh !… Pas plus pas moins. Sauf ça… il a pas su… il saura pas…
Doudou quand il cause au singe Monseigneur il dit qu’à la légion il a eu une famille. Et à manger. Et avec les
Arabes du bled aussi. Après il a été mordu par le scorpion du désert avec la poussière rouge au fond des oreilles qui craque… Le sirocco il hurle comme le chacal. Et les autres l’ont pas
cherché… les militaires ses poteaux… pas cherché à savoir s’il était mort… Traîner un macchab dans cette fournaise vous croyez pas… Y a des limites à la famille c’est
forcé… C’est encore
l’Arabe qui lui a gratté le venin avec le couteau du feu… Ce qu’il faisait par là l’Arabe… Doudou a pas su c’est pas dans l’histoire…
‑ Quel imbécile ! pas étonnant qu’on soit à sautiller comme des rats à rattraper nos origines avec des types qui sauvent les légionnaires des scorpions ! Les scorpions y’a qu’eux pour rétablir l’ancienneté merde alors !… qu’il a coléré Prince.
‑ Pourquoi tu fais ça ?… il a demandé Doudou… moi je l’fais pas dans l’autre sens…
L’Arabe il a ri.
‑ Je fais pas ça pour toi j’le fais pour moi… Tu es mon mektub… le tien le mien ils se croisent… comme le fil noir et le fil rouge à la queue du scorpion… C’est c’qui est écrit c’est tout…
Le regard de l’Arabe sur lui il était tranquille comme des pierres.
‑ Demain peut-être tu meurs… yallah… ça m’regarde pas… c’est tout…
‑ Ouais… dommage qu’il s’arrête à la porte des commissariats de la cité le mektub… qu’il a ricané Prince…
A suivre...
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