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“ C’est chacun son beurre ”
Epinay, jeudi, 25 février 2010
Je n’sais pas ce que vous en pensez vous autres de ce qu’a fini de se passer dans les
raffineries Total et d’abord dans celle de Dunkerque mais pour les acharnés passionnés comme mézigue du mouvement ouvrier une vieille rebelle de l’anarcho‑syndicalisme c’est vraiment à
dégueuler !… Sûr que c’est pas en train de m’esbroufer vu que justement l’histoire la p’tite celle des gens elle est faite que de ça depuis qu’ça dure les luttes pour vivre mieux
ensemble pour sortir de notre terrible pas croyable soumission à ce qui nous tue…
Ouais… la séparation en individus chacun pour sa pomme chacun sa misère des classes sociales les plus pauvres qui sont aussi celles où y a le plus
de monde à trimer le plus dur : des journées de 11 à 13 heures payées à la tâche en 1869 pour les mineurs et pour mémoire…
Ben ouais… y avait pas à se torturer la touffe pour leur prédire aux pauvres ouvriers de Dunkerque que ça allait se magouiller
comme ça l’histoire qu’est la même depuis l’début de ce qu’on a appelé la condition ouvrière parc’qu’avant y avait pas de condition et pas d’ouvriers hein ?…
Y avait des larbins paysans miséreux qui trimaient au service des maîtres des nobliaux comme le marquis de Solages et sa famille de proprios des mines
de Carmaux jusqu’à la révolte de 1892 et qui ont pas fini de “ couper, diviser, séparer, jeter ” comme ils le rappent avec la rage les jeunes du groupe La Canaille dans leur CD
L’Usine comme du sang frais sur les vieux draps de la zermi…
Qu’ils allaient se faire à la fois trahir par les barons de la CGT qu’en sont pas à une
trahison près depuis Thorez en 1948 refusant que la grande grève des mineurs de tous les bassins de France : ceux de la Loire du Gard du Nord Pas‑de‑Calais de la Lorraine soit soutenue par
l’ensemble du mouvement ouvrier qu’était pourtant dans les starting‑blocks en prétextant qu’il s’agissait d’une lutte corporatiste et en appelant à la reprise du travail après 9 semaines de
grèves sans résultat !
Bilan des courses 4 morts dégommés par les CRS envoyés de la part d’un ministère socialiste… et 3000 mineurs licenciés par la direction des
Houillières de France sans compter les expulsions des familles de grévistes de leurs petites maisons ouvrières et les expulsions des ouvriers étrangers… et se faire larguer par leurs poteaux des
autres raffineries à qui on a promis qu’ils seraient pas lourdés avant 5 piges le panard !
Ouais… c’était couru couché plié arrangé d’avance et si vous lisez la réaction d’un
des ouvriers de Dunkerque vous serez p’t’être d’ac avec mézigue qu’ils ont bien du boulot à faire les dabs pour commencer juste à piger quel monde ils ont mis au monde avec leur frénésie
consommatrice et comment ils y sont salement empatouillés les pauvres…
“ Je leur en veux pas, c’est chacun son beurre… ”
C’est pas joli ça comme déclaration intelligente clairvoyante solidaire et combative ? C’est pas un devenir humain passionnant que ça nous
promet des types syndiqués de ce tonneau‑là ?
Ouais… à lire ça on a pas envie de les plaindre ni de les soutenir les gars mais on a envie de leur dire qu’on est bien heureux nous autres d’avoir
50 balais et mèche et que leur avenir on s’en tape un peu…
Quand on est trop dans le dégoût et dans la colère faut aller faire un tour du côté de
l’histoire des gens et des paysans ouvriers au départ ça fait du bien… Ceux‑là ils n’étaient pas des “ individus ” ils étaient pas grand-chose ils étaient rien du
tout !
Au 18ème Siècle par exemple ce qu’on disait d’eux chez les gros bourges c’était ça : “ Les ouvriers on ne leur dit rien et ils
n’ont rien à dire. ” Pas mal non ?
Et au début du 19ème S. ils trimaient entre 14 et 19 heures par jour avec le fameux Livret Ouvrier qui les suivait partout et cette ordure de
Thiers ministre de l’intérieur de Louis‑Philippe déjà qui en 1834 après la révolte des Canuts fait voter l’interdiction des associations et tirer sur ceux qui n’sont pas
d’accord !…
“ Classe laborieuse, classe dangereuse ” qu’ils disait Chancelier… Et la classe laborieuse tant qu’elle pigera pas que c’est en
prenant elle‑même dans ses mains ouvrières ses mains nues ses mains d’or son destin de par le monde et ben elle se fera traiter soumettre et pour finir aujourd’hui elle se choisira elle‑même son
statut d’esclave !
Deux exemples d’histoire ouvrière pour éclairer notre lanterne sur notre comportement pitoyable… Il s’agit de la révolte de Carmaux qu’est bien intéressante parce qu’elle nous cause d’une tentative de combat solidaire entre les mineurs et les verriers ouvriers dans la même ville et à la merci du même patronat qui agit toujours de la même façon…
Au 18ème S. les mines de charbon et la verrerie de Carmaux font la singularité
des lieux dans le bassin du Tarn. Il n’y a que 200 employés et les entreprises sont toutes commandées par la famille du marquis de Solages riches proprios du secteur et plus tard élu par ses
ouailles député… A 19ème S. les mines et la verrerie en sont à 500 employés mais ces ouvriers paysans n’habitent pas tous la ville car ils ont leur petit lopin de terre qui les
fait survivre. Avec la création de la ligne de chemin de fer Albi‑Carmaux en 1864 la verrerie de Carmaux peut se développer et le marchand de bouteilles Fernand Rességuier l’achète à la famille
Solages et fonde la verrerie Sainte‑Clotilde… La Compagnie des Mines suit le mouvement de l’expansion et de la modernosation et tous les ouvriers habitent désormais près de leur lieu de
travail : les fameuses cités ouvrières…
En 1891 les mineurs sont payés à la tâche et leur salaire dépend uniquement du bon vouloir de la direction. Les Porions qui font l’encadrement sont recrutés parmi les partisans électoraux du marquis de Solages. Le 1er mai 1891 après avoir chômé ce jour‑là les mineurs se voient menacés de licenciement. En 1892 c’est Calvignac chef des syndicats de mineurs qui est élu maire de Carmaux et le 2 août la direction le renvoie pour absentéisme et esprit d’indépendance !… La grève qui s’en suit dure deux mois et demi. L’armée qui est envoyée occupe le bassin minier. Calvignac est définitivement exclu et la compagnie impose sa loi en dépit du “ soutien ” de Jaurès élu en 1893.
Si leur grève échoue elle est néanmoins soutenue par celle conjointe des ouvriers verriers qui ont eux aussi leurs propres revendications drôlement intéressantes et qui font cause commune.
La fameuse verrerie Sainte Clotilde aux mains du marchand de bouteilles Rességuier construit 5 fours supplémentaires et embauche en masse. Les ouvriers sont 800 en 1887.
La mécanisation progressive du métier de verrier provoque des modifications importantes :
‑ L’accélération des cadences et l’adoption obligatoire par les ouvriers des horaires aux 3/8
‑ La simplification des tâches et la dévalorisation du métier de verrier qui étaient des artisans hautement qualifiés deviennent des ouvriers spécialisés des OS… Perte de qualification = perte de salaire…
‑ L’augmentation de la productivité : plus de 30000 bouteilles par jour qui affronte l’effondrement de la demande…
Le 30 juillet 1895 le directeur Rességuier licencie Marien Baudot un des leaders du syndicat des verriers créé en 1890. Grève générale face à un patron déterminé à conduire seul l’entreprise soutenu par les autorités préfectorales. Après 4 mois de conflit Rességuier embauche des ouvriers pour faire redémarrer ses fours… et bien sûr il l’emporte…
Le départ des ouvriers qualifiés est atténué par la mécanisation de l’opération du soufflage qui rend moins vital l’ancien tour de main… Les nouveaux venus moins attachés au métier et moins solidaires ne réussiront pas bien entendu à rétablir un syndicat à Sainte Clotilde…
Et les ouvriers licenciés créeront un an plus tard et bâtie de leurs mains la première coopérative française La Verrière ouvrière d’Albi.
Ouais… je sais que ça apporte pas d’issue à notre problème de Dunkerque
et de cette foutue incapacité qu’on a à prendre nos destins singuliers et communs à pleine paluche et à y aller !…
Mais moi je suis juste là pour vous raconter des histoires populaires des histoires de notre vie que vous entendrez pas ailleurs… alors après à
vous de voir hein ?
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