Mercredi 12 octobre 2005
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Mardi, 11 octobre 2005
Journal d’une fille de banlieue suite
C’était un beau jour d’été
Jeudi, 18 août 2005
C’était un
beau jour d’été.
C’était un beau jour d’été qu’on a entrepris notre voyage au cimetière du Haut-Meudon sans rien savoir de cette banlieue-là drôlement plus chic que la nôtre sans doute mais petite campagne aussi d’après ce qu’en raconte Céline surtout dans D’un château l’autre où on est plongés au cœur de l’atmosphère des lieux comme si on n’devait pas ignorer ça.
C’était un beau jour d’été… et on n’pouvait pas faire une chose si terrible l’ami Louis et moi vu qu’on a la même horreur des cimetières dans une saison qui ne nous aurait pas donné toute sa chair pour se nourrir sur le chemin vous comprenez ?…
C’était un beau jour d’été pour rendre visite à Céline au cimetière du Haut-Meudon avec quatre cailloux ronds et doux d’océan au fond des poches. Quatre cailloux d’océan roses et gris que le sable nous a donnés pour les poser dans la main de l’homme qui écrit… et qui écrit encore bien plus loin que sa mort… Bien plus loin que la mort.
Des cailloux ronds et doux que l’océan neige sur nous et la coque de notre beau navire dévasté.
Neige sur nous et nos pieds nus au milieu de la baie effarée de Saint-Malo née de deux poignées de sel jetées là et qui n’attend rien de personne.
C’était un beau jour d’été… et les cailloux ne pesaient pas lourd au fond des poches de nos jeans quand on a débarqué à la gare du Haut-Meudon en se tenant fort par la main comme deux enfants.
Le soleil nous léchait gentil les oreilles et on marchait un peu vers le cœur de la ville par ses petits chemins tapissés de goudron et de laine aussi. Pfuitt… pfuitt… vous entendez ?
La laine rêche et tendre des mots de Céline ses explosions galactiques sur feuillets quadrillés anciens de la délicate sauvagerie qu’on connaît.
C’était un beau jour d’été… et Meudon je n’sais pas si vous connaissez mais c’est un endroit bourré d’étrangetés et de féeries. D’abord y a la Seine tout en bas et son vieux sentier de halage et malgré la folie des automobiles vroum ! broum ! vroum ! qui vous passent et qu’on se sent presque peau de chat étendue sur macadam city blues c’est un coin à pas laisser de côté à cause des péniches.
Les péniches elles font château hanté en dedans de la végétation et des eaux vertes qui les tiennent par en dessous et leurs boîtes à lettres tôles de conserves et bouts de planches rafistolées ficelles vous mettent au parfum.
Vroum ! broum ! vroum ! y a bien des gens qui habitent là !
C’était un beau jour d’été… Bon mais j’exagère… quand on a débarqué l’ami Louis et moi à la gare du Haut-Meudon les gourmandises cachées de c’coin de la banlieue tout en bas entre les boucles de la Seine qui faisaient de Céline le grand aventurier de tous les ports… Londres… New York… Saint-Malo… un flibustier qui pouvait pas s’empêcher de cavaler descendre sautiller par les sentiers de Meudon pour s’en aller soigner sa vieille patiente Madame Niçois boitillant gidollant à travers la nuit rousse du début de l’hiver… vroum ! broum ! tagadaboum ! … ah ! oui j’exagère parce que tout ça pour de vrai on le connaissait pas.
Nous on revenait juste de l’océan par des sentiers de mures où on peut se balader quand on a pas les sous qu’il faut pour s’enfourner au milieu des cavalcades automobiles dans le sillage d’odeurs à pas tenir et des bruits qui hurlent au fond du tunnel d’nos oreilles vroum ! broum ! vroum ! vous entendez ?
C’était comme ça sûr que Céline il les entendait aussi avec les sifflements crachements que ça voulait pas le lâcher alors il descendait par le Sentier des Bœufs et il l’avait lui tout comme nous la mirifique incroyable coulée jusqu’au Pont Mirabeau qui tend gris son dos de chat là-dessus.
C’était un beau jour d’été… et on revenait de l’océan météorite émeraude mouvante tombée en plein dans les sables qui n’pouvaient pas le contenir. Alors ça débordait et on en avait plein nos marmites de rêves de son écume sur nous.
Galactique aussi l’océan qui crépitait turquoise parfois et à Saint-Malo ramasser les galets roses et gris qu’il avait largués là pour nous vu que Céline il y venait souvent et qu’il aimait bien on y était venus par hasard.
Par hasard on avait débarqué à la gare du Haut-Meudon en se tenant bien fort la main et ce qu’on avait vu tout de suite sortant le nez au vent à flairer les odeurs du lieu qu’on n’connaît pas comme les animaux sauvages pour apprivoiser les alentours c’est que Céline avait rien exagéré … ici partout ça monte vers des hauteurs qui devaient pas fort attirer la clientèle.
C’était un jour d’été très beau et nos paumes étaient mouillées de sueur et nos pas réunis comme sur le sable où on avait marché longtemps au bord de l’océan installé là météorite émeraude laissaient des traces de peine légère sur macadam city blues avec l’odeur salée et le bruit des petites vagues copines dans la tête … vlouf ! vlouf ! vlouf !
C’était un jour d’été et on marchait marchait l’ami Louis et moi dans de la peau épaisse de silence pareil que sur le corps d’un chat mort mais alors on ne l’avait pas encore découverte tourbillons et raidillons planqués sous des allures trottoirs ordinaires bien comme il faut mais quand même on se doutait… non… on n’l’avait pas encore dénichée le Route des Gardes avec le funiculaire de l’autre côté de la tranchée automobile vroum ! broum ! vroum ! qui montait vers le cimetière du Haut-Meudon où un grand navire de granit gris nous attendait.
A suivre...
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