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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Samedi 5 mai 2007 6 05 /05 /2007 12:24

Planète blues

Mardi, 1er mai 2007

Epinay-sur-Seine J’ai peur

Peur pour les oiseaux les piafs des faubourgs

Les chats des cités gouttières crasseux

Les greffiers teigneux l’herbe des parkings

Peur pour les ciels blues au-dessus des tours

Pour les comètes les derniers étages

Les fenêtres crépuscules les feux

Qui brûlent la nuit sur les trottoirs rings

Peur pour les couchers de soleil banlieue

Croqueurs de palissades les orages

Pour les plages au pied des halls le sable

Les pavés l’ivresse des soirs d’été

Les terrains vagues les lilas en fleurs

Les pas des enfants le bitume l’air

Léger la mousse les fontaines l’eau

Des caniveaux qui musarde les tables

Mises les nappes mauves pour manger

Ensemble Peur pour le sel de la terre

Les p’tits jardins les cailloux les pains chauds

Les cabanes en planches le bonheur

Pour le sang noir qui coule dans les veines

Des enfants blancs Pour notre commune demeure

J’ai peur

J’ai peur

Peur pour les gens levés à l’aube et pour

Ceux qui dorment derrière les fenêtres

Aux reflets dorés pour les vitriers

Les vitrines et les gamins qui jouent

Aux billes devant pour les troubadours

Les montreurs d’ours les fous les chiens sans maîtres

Les voleurs d’oranges les ouvriers

Aux doigts de sang le rêve des passants

Les amoureux assis sur les bancs Pour

Les escargots et pour les feuilles mortes

Peur pour tous ceux qui font leur lit dehors

Avec des champs d’étoiles couvertures

Et pour les allumeurs de photophores

Les reines des rues debout dans les portes

Cochères Ceux qui boivent un p’tit noir

Au comptoir Les mains cassant des œufs durs

Sans jamais savoir la fin de l’histoire

Les voyous et Notre-Dame des Fleurs

Pour le sang versé dans nos encriers

Par les bouffons Pour notre commune demeure

J’ai peur

J’ai peur

Peur pour nos adolescences rebelles

Nos cheveux longs le vent nos poings tendus

Le Che et nos doigts lâchant les ficelles

Des cerfs-volants Pour le rouge et le noir

De nos œillets cueillis au pied du mur

De mai faisant facile le trajet

Et les cerises dans nos mains offertes

Aux mains nues des paysans portugais

Peur pour les beaux enfants de 68

Nés dans les ronces du Larzac sauvage

Fruits sucrés de nos désirs enfin mûrs

Feux-follets que sont-ils devenus ? Pour

La jeunesse des gosses des cités

Menottée fil barbelée Son espoir

Et sa vitale présence sa rage

Karchärisée carbonique sans suites

Son cœur battant comme un tam-tam d’Afrique

Affolé pendant que deux p’tits frangins

Sont à bord de la grande pirogue où

La Mamie Watta a toujours très faim

Ogre du transformateur électrique

La chasse à l’enfant est la bienvenue

Peur pour les poèmes de Prévert Pour

Toi Barbara qui n’aime pas la guerre

Pour celles et ceux refusant que meure

L’intelligence échangée Philosophes

Et ouvriers Pour notre commune demeure

J’ai peur

J’ai peur

Peur pour ce qui nous fait vivre debout

Notre tendresse et notre résistance

Pour les chants des rues et l’âme des gueux

L’or de notre culture populaire

Nos combats nos cris les affiches rouges

Les écrivains solaires préférant

Les justes et les hommes aux héros

Pour la bonté nos humaines semailles

D’utopie l’innocence de Scipion

Pour la paresse douce les oiseaux

Etoiles de sang au front des poètes

Solidaires le bonheur l’insouciance

Fêtes farouches d’un peuple qui bouge

Les guinguettes où nos corps libres dansent

Pour notre mémoire métisse et pour

Le regard clair de nos amis venus

D’ailleurs Toujours avec eux nous vivions

Les couleurs qui miragent nos murailles

Pour le rapp le slam et pour la musique

Jaillie de l’esclavage et des ghettos

D’hier Pour nos mots partagés le coeur

De nos quartiers notre langue ludique

Pour notre jeunesse mêlée à celle

Des enfants des cités Peur pour l’amour

La paix la pensée l’imagination

Pour les oranges bleues les beaux nuages

Pour les anges bloquant les ascenseurs

Au dernier étage Nos bombes ardentes

Peinture sang Pour notre commune demeure

J’ai peur

J’ai peur

Peur pour les droits conquis qui nous rassemblent

Et pour notre histoire ancienne dessinée

Sur papier feu aux encres de lumière

Pour les derniers Indiens rouges veillant

Devant les grimoires où l’herbe pousse

Que jamais leurs paumes fières ne tremblent

Indiens nous sommes ce qu’ils ont été

Pour nos grèves pour nos pas réunis

Empreintes d’une foule enfin vainqueure

S’effaçant pour l’océan pour les pierres

De Palestine vendues pas cher Pour

La liberté notre maison si belle

Dont nous avons été chassés souvent

Et pour nos désirs dans le petit jour

Pareils à des pendus se balançant

Pour le corps de la terre saccagé

Et notre passage fugace en elle

Peur pour la pluie fraîche sur nos paupières

Nos amis morts emportés par le vent

Et la mémoire souillée de nos pères

Ouvriers paysans insoumis fusillés

J’ai peur De te perdre à jamais planète blues

Planète blues Rejoindrons-nous nos rêves fous

L’allumeur courageux qui fait son tour

Brodant d’étincelles nos illusions

Solitaire enchanteur resurgi pour

Tagger d’incendies nos vieilles prisons

Traquer l’avenir comme une lueur

Indien rouge vivant au cœur de nous

Qui taille en secret les pierres du temps

Présent incroyable des dieux païens

Aux coquelicots fragiles qui nous ressemblent

Aux jeunes des cités battant tam-tam Danger !

Aux rêveurs d’essentiel qui tapent dans leurs mains

A celles et ceux qui ont le cœur généreux

Aux êtres sans peur et aux gens venus d’ailleurs

N’y a qu’à lever les yeux pour la voir

Brillant au loin jeune planète bleue

Comme un festin d’enfance à partager

Oh ! voilà voilà notre nouvelle demeure.

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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