Partager l'article ! Planète blues: Planète blues Mardi, 1er mai 2007 Epinay-sur-Seine J’ai peur Peur pour les oiseaux les piafs des faubourgs Les ch ...
Planète blues
Mardi, 1er mai 2007
Epinay-sur-Seine
J’ai peur
Peur pour les oiseaux les piafs des faubourgs
Les chats des cités gouttières crasseux
Les greffiers teigneux l’herbe des parkings
Peur pour les ciels blues au-dessus des tours
Pour les comètes les derniers étages
Les fenêtres crépuscules les feux
Qui brûlent la nuit sur les trottoirs rings
Peur pour les couchers de soleil banlieue
Croqueurs de palissades les orages
Pour les plages au pied des halls le sable
Les pavés l’ivresse des soirs d’été
Les terrains vagues les lilas en fleurs
Les pas des enfants le bitume l’air
Léger la mousse les fontaines l’eau
Des caniveaux qui musarde les tables
Mises les nappes mauves pour manger
Ensemble Peur pour le sel de la terre
Les p’tits jardins les cailloux les pains chauds
Les cabanes en planches le bonheur
Pour le sang noir qui coule dans les veines
Des enfants blancs Pour notre commune demeure
J’ai peur
J’ai peur
Peur pour les gens levés à l’aube et pour
Ceux qui dorment derrière les fenêtres
Aux reflets dorés pour les vitriers
Les vitrines et les gamins qui jouent
Aux billes devant pour les troubadours
Les montreurs d’ours les fous les chiens sans maîtres
Les voleurs d’oranges les ouvriers
Aux doigts de sang le rêve des passants
Les amoureux assis sur les bancs Pour
Les escargots et pour les feuilles mortes
Peur pour tous ceux qui font leur lit dehors
Avec des champs d’étoiles couvertures
Et pour les allumeurs de photophores
Les reines des rues debout dans les portes
Cochères Ceux qui boivent un p’tit noir
Au comptoir Les mains cassant des œufs durs
Sans jamais savoir la fin de l’histoire
Les voyous et Notre-Dame des Fleurs
Pour le sang versé dans nos encriers
Par les bouffons Pour notre commune demeure
J’ai peur
J’ai peur
Peur pour nos adolescences rebelles
Nos cheveux longs le vent nos poings tendus
Le Che et nos doigts lâchant les ficelles
Des cerfs-volants Pour le rouge et le noir
De nos œillets cueillis au pied du mur
De mai faisant facile le trajet
Et les cerises dans nos mains offertes
Aux mains nues des paysans portugais
Peur pour les beaux enfants de 68
Nés dans les ronces du Larzac sauvage
Fruits sucrés de nos désirs enfin mûrs
Feux-follets que sont-ils devenus ? Pour
La jeunesse des gosses des cités
Menottée fil barbelée Son espoir
Et sa vitale présence sa rage
Karchärisée carbonique sans suites
Son cœur battant comme un tam-tam d’Afrique
Affolé pendant que deux p’tits frangins
Sont à bord de la grande pirogue où
La Mamie Watta a toujours très faim
Ogre du transformateur électrique
La chasse à l’enfant est la bienvenue
Peur pour les poèmes de Prévert Pour
Toi Barbara qui n’aime pas la guerre
Pour celles et ceux refusant que meure
L’intelligence échangée Philosophes
Et ouvriers Pour notre commune demeure
J’ai peur
J’ai peur
Peur pour ce qui nous fait vivre debout
Notre tendresse et notre résistance
Pour les chants des rues et l’âme des gueux
L’or de notre culture populaire
Nos combats nos cris les affiches rouges
Les écrivains solaires préférant
Les justes et les hommes aux héros
Pour la bonté nos humaines semailles
D’utopie l’innocence de Scipion
Pour la paresse douce les oiseaux
Etoiles de sang au front des poètes
Solidaires le bonheur l’insouciance
Fêtes farouches d’un peuple qui bouge
Les guinguettes où nos corps libres dansent
Pour notre mémoire métisse et pour
Le regard clair de nos amis venus
D’ailleurs Toujours avec eux nous vivions
Les couleurs qui miragent nos murailles
Pour le rapp le slam et pour la musique
Jaillie de l’esclavage et des ghettos
D’hier Pour nos mots partagés le coeur
De nos quartiers notre langue ludique
Pour notre jeunesse mêlée à celle
Des enfants des cités Peur pour l’amour
La paix la pensée l’imagination
Pour les oranges bleues les beaux nuages
Pour les anges bloquant les ascenseurs
Au dernier étage Nos bombes ardentes
Peinture sang Pour notre commune demeure
J’ai peur
J’ai peur
Peur pour les droits conquis qui nous rassemblent
Et pour notre histoire ancienne dessinée
Sur papier feu aux encres de lumière
Pour les derniers Indiens rouges veillant
Devant les grimoires où l’herbe pousse
Que jamais leurs paumes fières ne tremblent
Indiens nous sommes ce qu’ils ont été
Pour nos grèves pour nos pas réunis
Empreintes d’une foule enfin vainqueure
S’effaçant pour l’océan pour les pierres
De Palestine vendues pas cher Pour
La liberté notre maison si belle
Dont nous avons été chassés souvent
Et pour nos désirs dans le petit jour
Pareils à des pendus se balançant
Pour le corps de la terre saccagé
Et notre passage fugace en elle
Peur pour la pluie fraîche sur nos paupières
Nos amis morts emportés par le vent
Et la mémoire souillée de nos pères
Ouvriers paysans insoumis fusillés
J’ai peur De te perdre à jamais planète blues
Planète blues Rejoindrons-nous nos rêves fous
L’allumeur courageux qui fait son tour
Brodant d’étincelles nos illusions
Solitaire enchanteur resurgi pour
Tagger d’incendies nos vieilles prisons
Traquer l’avenir comme une lueur
Indien rouge vivant au cœur de nous
Qui taille en secret les pierres du temps
Présent incroyable des dieux païens
Aux coquelicots fragiles qui nous ressemblent
Aux jeunes des cités battant tam-tam Danger !
Aux rêveurs d’essentiel qui tapent dans leurs mains
A celles et ceux qui ont le cœur généreux
Aux êtres sans peur et aux gens venus d’ailleurs
N’y a qu’à lever les yeux pour la voir
Brillant au loin jeune planète bleue
Comme un festin d’enfance à partager
Oh ! voilà voilà notre nouvelle demeure.
Commentaires