Partager l'article ! "Fumigène": & ...
Fumigène
Cet arbre bleu pris en photo par Jacques il y a quelques jours au Salon des cultures du monde de Luxembourg m'a fait songer au magazine de Littérature de rue Fumigène que j'ai découvert grâce à Marie Virolle qui m'a apporté les deux derniers numéros en me disant : "faut que tu découvres ça, c'est formidable, c'est juste ce que vous cherchez dans vos Cahiers ". Moi déjà un magazine réalisé par des jeunes de la banlieue et qui s'intitule en sous-titre "Littérature de rue", forcément ça me va droit au coeur et je plonge dedans comme dans le rêve que j'ai fait quand j'étais ados il y a... un certain temps... vu que j'étais ado en 1968 et oui !
Donc je plonge dans ces petits journaux de format carré dont la couverture déjà et le graphisme très chouettes donnent envie de tout regarder d'un coup ! Rien que l'Edito d'Abd Al Malik me botte parce que ce qu'il dit là-dedans ça me touche et c'est vraiment proche de moi, de nous dans nos Cahiers et dans nos envies de créer des choses ensemble.
"Dans le monde de l'immédiateté et du phénomène, comment être pertinent artistiquement parlant. Comment amener du sens surtout. ( ... ) Nous ne sommes pas des animateurs sociaux derrière un micro, nous ne sommes pas des journalistes de rue et encore moins des hommes politiques. Nous sommes des artistes. Et cela est un honneur, une chance.
Notre époque est étonnante parce que bien que mêlé à un contexte trouble, l'espoir subsiste. Et cet acte d'écrire, cet acte de rapper m'oblige à ne pas écrire seulement, à ne pas rapper seulement. Il m'oblige à représenter, à porter haut ce que nous partageons tous : l'humanité. Voici la vérité la plus humble et la plus universelle. ( ... )"
Bon... rien que ça et déjà je sais que la suite ne me décevra pas, au contraire ça me met dans les trippes un vrai pur plaisir de me dire qu'enfin ça existe une revue faite par les jeunes des banlieues qui exprime leur rêve créatif, qui en témoigne car il existe et il est porteur de grandeur, de vie et d'humanité ça c'est sacrément vrai et nous qui vivons dans une cité de banlieue nous pouvons en témoigner !
Pas question de vous décrire Fumigène, c'est trop riche, trop extra, trop passionnant et passionné trop tout quoi !... Je vous donne comme ça le sommaire du N°5 pour que vous vous fassiez une p'tite idée :
Dossier : "La boîte noire de l'esclavage"
Freestyle : Senghor
Interview : Christiane Taubira, Aimé Césaire
Music : Busta Rhymes, Salif, Oxmo Puccino, Bénabar
Images : Jamel l'Indigène, Sami Bouajila, Rochdy Zem, Bernard Blancan, Samy Naceri, Rachid Bouchareb
Livres : Joey Starr, Run [Mutafukak] extrait de la BD
Luttes : Citoyen Jamel, La Rumeur, Le Mouvement altermondialiste, Stéphane Pocrain
Quant aux rubriques qui démarrent le numéro, il y a d'abord la Chronique d'Abd Al Malik, puis c'est "Dégoupillage" : news diverses comme A.C.L.E.F.E.U. les doléances du peuple ou bien "Pourquoi faut-il aimer Rabah Ameur-Zaimeche (réalisateur du film Wesh Wehs). Ensuite on trouve "le Dico" de Keny Arkana, et "On the road": Wahib @ score mag, encore du cinéma ! Après on trouve "On the ring" un peu de foot pour bien faire, et enfin la Fuck List : Joseph Anjou...
Parmi tant de choses qui m'ont vraiment éclaté comme par exemple le "Jamel et sa bande" qui raconte la création de l'équipe de jeunes gars et filles qui vont accompagner Jamel Debbouze sur les planches le temps pour eux de devenir des artistes solos, ou bien "Fille en mouvement", l'histoire d'Anne Nguyen née d'un père vietnamien et d'une mère franco-espagnole, qui a trouvé ses racines par la danse avec son spectacle "Racine Carrée" qui dit elle-même : "j'écris des poèmes sur le break et sur le mouvement hip-hop...", moi j'ai choisi les images choc et le texte non moins de "La boîte noire de l'esclavage".
Dans ce dossier sacrément bien fait il y a en plus des repères précis qui nous rappellent les dates et faits principaux concernant la traite des noirs, il y a aussi un extrait de "Prière pour la paix" de Léopold Sédar Senghor, un long entretien avec Christiane Taubira qui est à l'origine de la loi Taubira-Delannon du 21 mai 2001 "Loi tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité", un texte intitulé "La mémoire enfouie de la traite" dans lequel figure un extrait du "Code noir" établi en mars 1685 et rédigé par Colbert sous les ordres de Louis 14 au service des colons des "îles de l'Amérique"... et un entretien avec Aimé Césaire ...
Mais ce que j'ai eu envie de vous faire partager dans notre blog c'est un des textes écrits par des jeunes en ateliers d'écriture de rue, car Fumigène anime des ateliers d'écriture également...
Célia, 18 ans
" Le 10 Mai, j'ai accroché un ruban noir à ma fenêtre. Les Voisins m'ont demandé pourquoi, ont demandé à ma mère si un proche nous avait quitté. Je leur ai répondu que oui, nous étions en deuil, que ce jour, on se souvenait. Ils ne comprenaient pas ce que je leur disais. Je leur ai parlé de la commémoration de l'abolition de l'esclavage, je leur ai dit qu'une loi avait été adoptée par les députés, je leur ai conseillé de regarder la télé pour voir le discours du Président de la République.
Alors ils m'ont dit : "Ah ! c'est ça ! Oh, ça nous regarde pas. Mais pour vous c'est bien". Ma mère leur a rappelé que cette histoire, c'est notre histoire à tous, la nôtre et la leur. Comme la 14 juillet, où nous nous retrouverons pour le feu d'artifice, et se souvenir des révolutionnaires qui ont fait notre République. "
Moi en lisant tout ça j'ai pensé aux jeunes Blacks de notre cité qui sont encore souvent victimes des violences policières et à ce qu'ils doivent ressentir face à ce genre d'actes qui sont eux aussi de sacrées traces de leur ancien esclavage... Mais y a un truc formidable contre lequel les racistes de tout poil ne pourront rien, c'est le fait que désormais dans les banlieues on grandit tous ensemble et alors.... et alors.... il y a de plus en plus de jeunes garçons blacks qui se baladent main dans la main avec des copines blanches et le contraire tout pareil ! Et ça c'est l'avenir d'une vraie histoire de métissage amoureux et moi je trouve ça extra !
Alors surtout allez faire un tour dans les pages de ce magazine Fumigène et de la "Littérature de rue", et à bientôt...
Commentaires