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Commencements
Djalila Dechache
Calligraphies de Ghani Alani
Je voulais vous dire à nouveau deux mots du livre de poèmes de Djalila Dechache dont je vous avais parlé il y a deux jours. Commencements est publié aux Ed. Marsa dirigées par Marie Virolle en octobre 2006, et voici un tout petit extrait de la préface écrite par Claude Merlin, poète et comédien, qui m'a bien plu.
" Ce qui nous donne asile véritablement aussitôt nous exile. Mais c'est à ce prix d'une perpétuelle migration intérieure que nous pouvons être poètes. (...) Aussi on dirait que les poèmes de Djalila Dechache viennent se poser sur notre épaule, ou sur le dos de notre main, ou peser d'un poids léger sur une de nos paupières."
Et voici deux poèmes qui m'ont particulièrement touchée parce qu'ils sont proches de moi et qu'ils tracent comme d'un coup de pinceau calligraphe un chemin au milieu des terrains vagues du quotidien entre l'enfance et la mort dans le regard d'un ouvrier immigré... enfin c'est ainsi que je l'imagine et que Djalila me l'a donné à voir...
Emigrant
Gueule cassée au regard perdu,
brûlée de tabac, de lassitude,
de café et de marc illusoire...
Les travaux rêches, douze mois par an
ont usé ta peau.
Les privations aussi... voleuses de
sourires insouciants.
Ce petit enfant, astre rose et tardif
dans tes bras forts,
que tu tiens d'une main puissante et rugueuse
en une étreinte sûre, presque délicate,
sonore de tes baisers, fait de toi
au bout de toutes ses années
un père véridique, fidèle à ton rêve.
Il te réconcilie une nouvelle fois avec le jour qui vient
et les fastes de ta destinée.
Djalila et Marie qui l'a publiée ont en commun l'Algérie et les mots cela fait beaucoup et en même temps c'est vrai qu'au fil des poèmes et des calligraphies qui les accompagnent on a la sensation que ce sont des libellules vert émeraude qui dansent au bout du kalam et de la plume...
Greffe d'os
Elle est venue, comme prévu
en mars de cette année-là
avec son sac
pour le feu éteint d'Aïcha, l'aïeule
pour toi, la procession du chariot.
Le mystère aveuglant
traversait la chambre.
Paupières percées
j'ai serré les dents.
Blanche est ta décision.
Impeccabilité du linceul :
déjà ce n'est plus toi.
Rougeoiement du tapis
des prières anonymes.
Terre brune, odorante, nue
du cimetière étoilé
surplombant l'azur arabe.
Tes papiers sont en règle.
Sois tranquille,
ô saison du citronnier.
Pin protecteur,
Greffe d'os,
Tombeau des corps.
Oui ses papiers sont en règle pas comme ceux de la vieille femme libanaise au fichu bleu d'un de mes poèmes y a quelques temps de ça... elle faisait la queue dans la file des sans-papiers avec un sourire posé comme un papillon sur ses lèvres qui ne m'ont pas dit un mot mais pourtant... on n'sait jamais comment ça naît un poème et ceux de Djalila dans leur danse de feux follets quand ils parlent de la mort parlent de la vie...
Les photos sont de Jacques Du Mont
A bientôt...
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