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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Image de Dominique par Louis

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Samedi 26 août 2006 6 26 /08 /Août /2006 01:10

Les noces rouges de Qana

      Les mots pour commencer l’histoire ce sont toujours les mêmes… « … Je suis à la recherche de mon cœur… » et ce soir c’est comme chaque soir où la lune remplit son plateau d’argent dans le ciel maquillé au khôl pour la circonstance et pour lui plaire… Ce soir c’est comme chaque soir et pourtant mouïma la grand-mère a pris un air un peu grave qui fait de ses rides de vieille paysanne des signes tracés sur le sable pour ne pas se perdre…
      Ce soir le visage de mouïma la grand-mère c’est un visage de sable un peu ocre un peu gris d’argent et les trois enfants serrés comme de jeunes renards l’un contre l’autre se demandent ce qu’il va se passer…
      C’est en entendant Marïama reprendre le refrain de la chanson dont elle ignore la provenance que mouïma la grand-mère a décidé qu’elle va leur raconter un des bouts de l’histoire qu’elle a gardé jusqu’ici dans le secret parce qu’ils sont grands maintenant et qu’au moins les deux aînés surtout Marïama qui un jour à son tour racontera les histoires doivent savoir les choses violentes de la vie…
      Mais dans un conte rien n’est jamais aussi lourd massif comme les pierres tassées bien solide qui font les chemins de la vie tout juste avec de la peur partout… non… dans un conte y a de l’insouciance et des métamorphoses incroyables qui font qu’on sort par la petite porte de l’histoire plein de rêveries et qu’on a moins peur…

      - Je chante pour les noces… les noces des grenades…
      - Il y avait dans la medina qui portait le même nom que la nôtre et qui avait les mêmes collines blanches avec les oliviers par-dessus pour faire l’ombre et les olives… une ville avec les mêmes maisons rouges et grises et les mêmes chemins de pierres que le soleil cuisait l’été… cric-crac… et la même lune argentée dans sa nuit bleue… enfin une medina tout comme la nôtre mais plus vers le Sud…
      - C’est en Palestine mouïma ?… il a interrompu Neil car mouïma la grand-mère autorise qu’on pose toutes les questions qu’on veut alors que d’habitude c’est interdit…
      - Oui… c’est bien ça azizi… c’est en Palestine… elle a répondu mouïma l’air songeur… et dans cette medina y avait un homme très riche qui s’était arrangé pour voler les terres de ses voisins en leur faisant signer des papiers et les pauvres ils ne savaient pas lire… alors ils ont sign é parce qu’ils étaient fiers de mettre leurs noms sur ces parchemins blancs comme le sable du désert et l’homme a pris leurs champs… leurs oliviers… leurs maisons… leurs ânes et leurs charrettes… aïe… aïe… aïe… il leur a tout pris quoi !…
      - Dans cette medina qui était tout comme la nôtre y avait beaucoup de gens pauvres qui possédaient un ou deux oliviers et seulement quelques gens riches qui possédaient la terre… les collines… les champs… les maisons… mais pas la grande tente bleue du ciel ni sa lune pareille à un plateau d’argent… ça c’était à tout le monde… oui à tout le monde… elle a répété mouïma la grand-mère en hochant la tête pour dire qu’il ne fallait pas l’oublier…
      - Quand il a eu rendu tous ces pauvres paysans encore plus pauvres l’homme qui était déjà très riche il leur a dit qu’il ne leur restait plus pour nourrir leurs enfants et leurs familles qu’à travailler pour lui car sa ferme était une des plus prospères de la région et en échange il leur donnerait une pièce pour s’abriter et de quoi survivre…
      - C’est ce qu’ils ont fait pauvres encore plus pauvres qu’ils étaient et à la nuit tombée sur les épaules du monde ils se disaient qu’ils avaient encore pour la richesse de leurs yeux la grande tente bleue du ciel et la lune pareille à un plateau d’argent…
      - Dans cette medina qui était tout comme la nôtre y avait en haut de la colline blanche au bout d’un chemin dont les cailloux étaient grands comme les pierres qui entourent les puits… les puits où les oiseaux vont boire dans les petites flaques d’eau qu’on laisse parfois… l’eau elle est fraîche… elle est bonne… aïe… aïe… aïe… elle répétait mouïma la grand-mère… au bout du chemin y avait une source cachée profond au cœur d’un rocher qui avait grimpé là on n’sait pas comment… et dessus il avait poussé de l’herbe avec des tas de fleurs ce qui arrive pas souvent dans la région…
      - Des tas de fleurs qui avaient fait venir les papillons… c’était une source enchantée y faut bien le dire… elle a ajouté mouïma la grand-mère en claquant sa langue contre son palais parce qu’elle était contente…
      - Elle était enchantée comme la nôtre ?… il a demandé Neil qui interrompait toujours beaucoup mouïma la grand-mère quand elle racontait les histoires vu qu’il était curieux des choses de la vie qu’on n’trouve jamais dans les livres…
      - Oui azizi… elle a répondu mouïma la grand-mère d’un air songeur… c’était une source enchantée comme la nôtre… et comme elle avait la réputation de soigner les malheurs des gens elle était à tout le monde dans le village et même très loin au-delà…
      - Y faut dire que l’eau qui sortait de cette source elle était d’une couleur presque blanche et que son goût était aussi délicieux et frais que celui du meilleur lait d’ânesse que personne a jamais bu… et qu’on venait puiser dedans que pour des raisons pas ordinaires… Mais d’abord on y venait quand y avait des noces dans le village et les jeunes gens qui en buvaient de ce breuvage-là ils étaient sûrs de n’jamais se quitter et de n’jamais quitter leur terre qu’ils aimaient et leurs oliviers…

 
A suivre...

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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