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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Image de Dominique par Louis

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Mardi 8 septembre 2009 2 08 /09 /Sep /2009 23:22

Espère la pluie suite
La première partie de ce poème a été publiée le 18 juillet 2009

Espère la pluie

Espère ces cendres mêlées à la boue

Pour faire un monde sans malheur sa peau fendue

De jeune céladon sorti tout chaud

Cuit comme une châtaigne

Dans nos doigts qui se brûlent à la fumée bleue

Aux glacis mouillés

Qui émaillent de blanc le museau des maisons

Espère les portes en briques crues

Des fours aux foyers ouvertes devant nous

Par un peuple de compagnons

De paysans d’ouvriers

Un peuple d’enfants qui dessinent

Du doigt dans l’argile des cités qui saignent

En haut des murs leurs jardins pendus

Avec des blessures de capucines

 

Espère la pluie

Viens petit danseur d’eau de tes pieds pétris

La terre et ses jeunes moissons empoisonnées

Par les mauvais sorciers épiciers d’arrogance

Qui mercurent les rivières et repeignent

Le sable des criques écrues

De bitume qui bave aux lèvres des forages

Rageurs fuseaux garance

Sa puante liqueur mijote à petit feu

Au-dedans des cuves de verre

Soufflées aux marchands de berlingots

Viens vieux pêcheur de cités naufrages

Sous tes talons de nacre écrase

Les déserts de sel qui poudrent de riz

Les mangroves les herbes des marigots

Les palmes le potager des femmes du fleuve

Et les forêts sacrées de manguiers

Où les fétiches se balancent

 

Espère la pluie

Viens maître des oiseaux et des bâtons d’orages

Broie de tes chevilles filles de paille

Et de glaise les usines sans savoir faire

Pliées dans les valises de bambous

Que les diplomates en hâte volent

Aux chefs chassés des villages

Broie les usines usées rongées de sueur

Et de l’insomnie des hommes de la nuit

Leurs noms sont affichés à la porte qui baille

Beaux morts têtus ils ne feront pas peau neuve

Et l’équipe rude qui prend la relève

Ne lit les signaux ni de cendre ni de boue

Emporte‑les loin de charbon ou d’acier

Préserve leurs toits d’ardoises et de mousses

Leurs poutrelles rousses leurs cheminées briquées

Vernies de suie et la lueur

Floue de la lampe des mineurs peuple luciole

 

Espère la pluie

Viens petit nain nomade batteur de tam‑tam

Chamade toi qui sais les incendies sang

De tes maisons de brousse la ripaille

Que font les bouffons dans leurs costards en carton

Sur le ventre d’osier de tes bolongs blessés

Aux berges quand les femmes du fleuve entament

La cueillette des coques d’ébène

Loin de la broyeuse nocturne tu tailles

Des visages aux grands pistachiers traqués

Par les chasseurs de crânes insectes pressés

Bientôt la récolte heureuse des bâtons

A musique et les chants de colère hennissant

Ta silhouette en boubou bleu tisse au silence

Une toile de rumeurs impatientes

Bientôt le temps de la tribu des crapauds

Sera le nôtre et les doigts des anciens

Grisés d’efforts refuseront l’éventrement

De tes cases à pluie

 

Espère la pluie

Viens danseur d’eau petit jongleur de balles

Perdues guérisseur d’yeux scellés à la cire

Rouge des guns détourneur d’images

A revenir hier heureux des lanternes

Magiques montreur de tours royaux en l’absence

Des clowns prolétaires tirant de leur chapeau

Un lapin qu’ils ont posé y a trois jours

A l’heure lourde du premier va‑et‑vient

Quand la chaîne mille-pattes gras dégueule

Son beurre rance dans la chaleur confiante

Des paumes entre la corne et la charpie

Qu’on frappe à la bonne heure et pis au devenir

Des hommes des usines leur vie c’est que dalle

S’il n’y a pas la solidaire la frangine

Qui coud leurs rêves à son plumage

Vieillir misère c’est pour leur pomme

Bleue comme les veines de leurs guiboles

Avec fatigue et solitude qui les cerne

 

Espère la pluie

Espère un monde où aucun bouffon ne renverse

Le vin frais de jouvence des palmiers mangeurs

Des lunes violettes le jus des fruits

Sucrés le lait de coco la liqueur des cannes

Les élixirs des bons sorciers que les rois veulent

Pour eux dedans les sources sacrées

Où les mains ivres de savoir viennent boire

La manière de récolter les tubercules

De tailler les pirogues de cueillir les moules

Des palétuviers de monter la maison

Commune les sources sont devenues folles

La piste est perdue les guides mentent

Les hommes qui ont choisi la marche imaginent

Que le hurlement de la broyeuse perce

Les oreilles des marchands de villages

Pendant que les truqueurs de tribus basculent

Au fond des trous sans lucioles et sans bruit

Ivres d’or et de rhum

 

Espère la pluie

Espère un nouveau peuple de voyageurs

Et au bord du fleuve Casamance la houle

De ses pas dansant au rythme des gouttes d’eau

Sur ton boubou bleu sur la peau de la savane

Cuite au feu des fours que les céladons nacrés

Désertent dedans la brume ocre qui coule

Pour rejoindre la tribu des crapauds

Chanteurs car les bâtons assoiffés du soir

Ont arrêté enfin leurs vendanges errantes

Et les griots des villages les polisseurs

De carapaces offrent aux crânes tambours

Dessus leur peau frappée par les passeurs

Les secrets des pratiques coutumières

Viens petit nain nomade conduis les labours

De la terre à nouveau et la bonté fertile

Des eaux nourricières et la lampe qui luit

Veillant sur nos connaissances premières

Espère la pluie.

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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