Partager l'article ! Espère la pluie suite: Espère la pluie suiteLa première partie de ce poème a été publiée le 18 juillet 2009 Espère la pluie ...
Espère la pluie suite
La première partie de ce poème a été publiée
le 18 juillet 2009
Espère la pluie
Espère ces cendres mêlées à la boue
Pour faire un monde sans malheur sa peau fendue
De jeune céladon sorti tout chaud
Cuit comme une châtaigne
Dans nos doigts qui se brûlent à la fumée bleue
Aux glacis mouillés
Qui émaillent de blanc le museau des maisons
Espère les portes en briques crues
Des fours aux foyers ouvertes devant nous
Par un peuple de compagnons
De paysans d’ouvriers
Un peuple d’enfants qui dessinent
Du doigt dans l’argile des cités qui saignent
En haut des murs leurs jardins pendus
Avec des blessures de capucines
Espère la pluie
Viens petit danseur d’eau de tes pieds pétris
La terre et ses jeunes moissons empoisonnées
Par les mauvais sorciers épiciers d’arrogance
Qui mercurent les rivières et repeignent
Le sable des criques écrues
De bitume qui bave aux lèvres des forages
Rageurs fuseaux garance
Sa puante liqueur mijote à petit feu
Au-dedans des cuves de verre
Soufflées aux marchands de berlingots
Viens vieux pêcheur de cités naufrages
Sous tes talons de nacre écrase
Les déserts de sel qui poudrent de riz
Les mangroves les herbes des marigots
Les palmes le potager des femmes du fleuve
Et les forêts sacrées de manguiers
Où les fétiches se balancent
Espère la pluie
Viens maître des oiseaux et des bâtons d’orages
Broie de tes chevilles filles de paille
Et de glaise les usines sans savoir faire
Pliées dans les valises de bambous
Que les diplomates en hâte volent
Aux chefs chassés des villages
Broie les usines usées rongées de sueur
Et de l’insomnie des hommes de la nuit
Leurs noms sont affichés à la porte qui baille
Beaux morts têtus ils ne feront pas peau neuve
Et l’équipe rude qui prend la relève
Ne lit les signaux ni de cendre ni de boue
Emporte‑les loin de charbon ou d’acier
Préserve leurs toits d’ardoises et de mousses
Leurs poutrelles rousses leurs cheminées briquées
Vernies de suie et la lueur
Floue de la lampe des mineurs peuple luciole
Espère la pluie
Viens petit nain nomade batteur de tam‑tam
Chamade toi qui sais les incendies sang
De tes maisons de brousse la ripaille
Que font les bouffons dans leurs costards en carton
Sur le ventre d’osier de tes bolongs blessés
Aux berges quand les femmes du fleuve entament
La cueillette des coques d’ébène
Loin de la broyeuse nocturne tu tailles
Des visages aux grands pistachiers traqués
Par les chasseurs de crânes insectes pressés
Bientôt la récolte heureuse des bâtons
A musique et les chants de colère hennissant
Ta silhouette en boubou bleu tisse au silence
Une toile de rumeurs impatientes
Bientôt le temps de la tribu des crapauds
Sera le nôtre et les doigts des anciens
Grisés d’efforts refuseront l’éventrement
De tes cases à pluie
Espère la pluie
Viens danseur d’eau petit jongleur de balles
Perdues guérisseur d’yeux scellés à la cire
Rouge des guns détourneur d’images
A revenir hier heureux des lanternes
Magiques montreur de tours royaux en l’absence
Des clowns prolétaires tirant de leur chapeau
Un lapin qu’ils ont posé y a trois jours
A l’heure lourde du premier va‑et‑vient
Quand la chaîne mille-pattes gras dégueule
Son beurre rance dans la chaleur confiante
Des paumes entre la corne et la charpie
Qu’on frappe à la bonne heure et pis au devenir
Des hommes des usines leur vie c’est que dalle
S’il n’y a pas la solidaire la frangine
Qui coud leurs rêves à son plumage
Vieillir misère c’est pour leur pomme
Bleue comme les veines de leurs guiboles
Avec fatigue et solitude qui les cerne
Espère la pluie
Espère un monde où aucun bouffon ne renverse
Le vin frais de jouvence des palmiers mangeurs
Des lunes violettes le jus des fruits
Sucrés le lait de coco la liqueur des cannes
Les élixirs des bons sorciers que les rois veulent
Pour eux dedans les sources sacrées
Où les mains ivres de savoir viennent boire
La manière de récolter les tubercules
De tailler les pirogues de cueillir les moules
Des palétuviers de monter la maison
Commune les sources sont devenues folles
La piste est perdue les guides mentent
Les hommes qui ont choisi la marche imaginent
Que le hurlement de la broyeuse perce
Les oreilles des marchands de villages
Pendant que les truqueurs de tribus basculent
Au fond des trous sans lucioles et sans bruit
Ivres d’or et de rhum
Espère la pluie
Espère un nouveau peuple de voyageurs
Et au bord du fleuve Casamance la houle
De ses pas dansant au rythme des gouttes d’eau
Sur ton boubou bleu sur la peau de la savane
Cuite au feu des fours que les céladons nacrés
Désertent dedans la brume ocre qui coule
Pour rejoindre la tribu des crapauds
Chanteurs car les bâtons assoiffés du soir
Ont arrêté enfin leurs vendanges errantes
Et les griots des villages les polisseurs
De carapaces offrent aux crânes tambours
Dessus leur peau frappée par les passeurs
Les secrets des pratiques coutumières
Viens petit nain nomade conduis les labours
De la terre à nouveau et la bonté fertile
Des eaux nourricières et la lampe qui luit
Veillant sur nos connaissances premières
Espère la pluie.
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