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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Lundi 7 septembre 2009 1 07 /09 /Sep /2009 23:29

La vie... une affaire de pauvres... suite
Sylvain et sa femme Palmyre 1890
              

         Ouaouf ! Ouaouf !…

      Vivre un échange constant avec l’univers avec la terre où on trimballe sa petite carcasse d’oiseau voyageur et avec les gens qui ont toujours quelque chose à donner et envie pareil de recevoir je vous disais que c’est un bonheur… et même pour moi c’est le bonheur le vrai celui qui vaut la peine et sans quoi j’n’ai pas grand-chose à faire ici… 
       Et pour l’écriture c’est la même ce qui m’a refilé bien des embêtements car les promoteurs de bouquins et d’auteurs qui doivent c’est forcé être à la hauteur ou sur les hauteurs ce qui n’est pas mon truc vu que mézigue c’est dans les rues et les p’tits chemins que je trouve du sens à ce que je gribouille et pas ailleurs… les promoteurs eux n'l'entendent pas de cette oreille ! 
        Et pis moi tant qu’à faire je préfère la grandeur à la hauteur… la grandeur celle de Jean Pélégri mon pote écrivain d’Algérie avant qu’il ne se tire dans la lune et de Louis Bénisti son frangin peintre poète sculpteur qui lui disait un dernier jour : “ La grandeur Jean, la grandeur et les amis Hein ?… ”

      Ouais… je ne sais pas vous mais pour moi vivre c’est quand même avoir besoin d’y piger quelque chose et ce que j’ai trouvé de mieux c’est rien d’autre que ça… un échange qui nous relie à tout et aux autres et même s’ils sont parfois un peu rats sur leur croûton ben c’est pas grave… tant qu’ils ne nous empêchent pas d’y aller dans le sens de nos utopies !

      Et pour en revenir à mon histoire du départ on allait donc porter régulièrement des paniers de fruits aux paysans qui n’avaient pas le loisir en plus de leur job à temps complet de s’occuper d’un verger et on revenait avec le pot à lait rempli après la traite du soir les œufs dessus la paille qui faisait mon plaisir d’en fiche partout et de la bourrer ensuite au fond d’une boîte à chaussures pour les p’tits piafs d’hirondelles qui nous tombaient du toit et qu’on maternait le temps qu’ils s’envolent… le recyclage je vous disais… des fromages de chèvre et quelques bouteilles de temps en temps…

      Devant la porte de la maison vu que la cour aux fleurs n’était pas fermée on trouvait souvent un panier avec un lapin dépouillé dans un torchon et de la rhubarbe des branches de laurier avec des tas d’herbes cueillies sur les p’tits chemins que la voisine déposait et ma grand‑mère rapportait le panier rempli de pots de confiture de groseille et de cassis. Ma grand‑mère elle était pas aussi simple que mon grand‑père le cheminot du réseau Nord qui avait trop bourlingué pour ne pas savoir que la vie c’est bien de n’pas s’la compliquer avec des chiffres et des comptes quand on peut… S’il en avait vu mon grand‑père des tribus d’immigrés arriver en grande détresse et désarroi avec des baluchons rafistoles qui leur pendouillaient et de la misère plein… ça l’avais vacciné de la comptabilité des gugusses qui croient qu’on paie tout avec du fric et lui il savait qu’on paie le plus avec sa peau… yallah !

      Alors des fois ma grand‑mère elle sortait son porte‑monnaie pour le lapin et la voisine faisait les gros yeux et on en parlait plus… Si y’avait eu un discours autour de ça je vous le dirais mais j’y peux rien y en avait pas et on s’en passait bien et ça marchait et voilà… Ouaouf ! Ouaouf !…

      Alors comme je vous disais au démarrage de cette histoire on n’peut pas raconter n’importe quoi quand on cause des gens et de leur façon avec ce qui les entoure sans y être jamais allé voir… Ces gens‑là eux qui étaient souvent pauvres pourraient servir de symboles à cause du respect qu’ils avaient pour le monde qu’ils connaissaient et c’est déjà pas mal !… Et ne pas oublier vu qu’on est toujours dedans la marmite des mots en plein à trifouiller que respecter ça veut dire regarder… les racines des mots qu’on n’sait plus ce que ça signifie à force c’est comme pour les plantes faut aller voir du côté des petites taupes qui aèrent nos galeries d’ignorance d’un peu de lumière par ci par là…

      Ouais… je vous parlais de ce respect premier que les gens des villages de mon enfance avaient à l’égard du monde et des autres et qui vaut bien le goût de tout détruire que d’autres se trimballent… Bien sûr que la cause de ça elle n’est pas compliquée même si l’humain depuis cette époque fraternelle qui ressemble à celle qu’on retrouvait dans le mouvement ouvrier anarcho‑syndicaliste il a pas trop évolué dans le sens de l’intuition et du bonheur mis en commun ça non alors !… La cause de cette façon d’être c’est que les paysans ils avaient de la terre plein les poches et plein leurs sabots alors ils savaient qu’on est tous des bouts d’étoiles de cette géante voie lactée qui tourbillonne et par l’expérimentation qu’ils faisaient du rythme des saisons et des cycles de la vie et de la mort ils avaient conscience qu’il y a un vaste mouvement dans lequel on est entraînés et que les gestes simples que les anciens leurs avaient refilés prenaient leur place au gré de ce mouvement et ils le perpétuaient… Leur rôle à eux il était aussi essentiel que celui d’un moissonneur du royaume de Sumer ou d’une paysanne de Casamance récoltant le riz dans un des films d’Ousmane Sembène…

      La chaîne depuis les premiers à semer un grain d’épeautre ou de sarrasin elle ne s’est jamais rompue et leur savoir‑faire il comprenait le cycle entier jusqu’aux vers de terre qui digèrent les ordures et redonnent la bonne glèbe fertile et prête pour que le soc de la charrue l’enfonce au‑dedans du sillon et Hop ! Giono je vous dis… mon grand‑père il l’avait sans doute pas lu mais dans le courant de nos promenades qui en finissaient pas on pratiquait le ramassage du crottin que les chevaux laissaient en revenant à la ferme après le travail de la journée… On connaissait les pistes qu’ils prenaient les chevaux celles où on avait des chances d’en trouver un max des grosses mottes de crottin chaud encore qu’on fourrait à la main dans le sac en toile de jute récupéré lui aussi après la récolte des truches  ( patates ) exprès pour cette affaire. Et pis on versait le sac par‑dessus la tas énorme de fumier ( compost ) qui récoltait les pluches trognons croûtons de pain sec qui résistait au pain perdu orties mauvaises herbes et tout le bazar et c’était moi qui arrivais pas à la hauteur du rebord du tas avec les grosses bottes caoutchouc qui touillais touillais le tas armée de la fourche à fumier fallait voir…

Je touillais donc de toutes mes forces de môme des banlieues qui f aisait le paysan avec un bonheur magnifique que les ouvriers paysans de ma famille auraient trouvé étrange sans doute et je retournais j’aérais le magma épais glissant et vibrant de volumineuses odeurs et quand j’arrivais au fond du tas je sortais des vers gros comme mes doigts qui avaient fabriqué une couche aussi haute que mes guiboles d’un humus brun et léger et généreux prêt pour les semailles prochaines et ce que j’étais fière de moi… de nous… les gens la terre le jardin les fruits les truches les étoiles tout quoi ! Vous comprenez ?… Mais au fait moi je vous cause du fumier des vers et des odeurs à vous qui êtres vautrés devant votre téloche tranquilles après une journée de boulot… je me demande ouais je me demande bien si vous allez me suivre hein ?…
A suivre... 


Mon grand-père Célestin  

Publié dans : Colères noires
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