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Eh bien nous revoici après un petit mois de repos et de soleil qui a été au rendez-vous de notre été...
On recommence un nouvelle année solaire qui coïncide pile avec l'anniversaire de mézigue et donc pour l'occasion voici un p'tit poème diabolique concocté à votre
intention dedans notre cité d'Orgemont à Epinay que vous commencez à bien connaître désormais et qui m'a été inspiré par l'intuition que notre retour au quotidien ne va pas être triste...
On espère vous retrouver tous car on a plein de choses à vous raconter et de projets nouveaux pour bientôt... Alors à tout d'suite
!
Le dos tourné
Epinay, dimanche, 23 août 2009
Il est assis dessus une chaise devant
Le banc en béton rond
Où plus personne ne s’assoit sauf les marchands
De perles à lumière et de mouron
Les papiers et les boîtes de coca
Traînent par là y’a pas un chat vivant
C’est comme ça ici ailleurs c’est comme ça
Aussi la guerre est loin on a la baraka
Il tourne son dos las à ceux qui passent
Sur la meule du silence on aiguise
De gros rires tranchants
Au feu on scelle les fers des forçats
Mais à part des histoires de courses à faire
Rien sauf des tessons que l’angoisse casse
Partout quand il a le dos tourné aucun doute
La trouille se déguise
En honte l’indifférence préfère
La brioche au pain des pauvres rassis
Et l’Afrique en bagage dans la soute
Sombre ici on mange à sa faim merci
Du riz premier prix et des corn-flakes trempés
Dans du lait UHT
A deux heures après midi il est assis
Ilote muet du temple en béton
Gris on lui a mis au cou un collier
De perles à lumière
Que les pêcheurs remontent par paliers
Des épaves englouties nos maisons de pierres
Au milieu de la ville une fille qui passe
En jeans et talons hauts
Tiens ! sur la plaque d’égout elle a dérapé
Devant la boucherie musulmane elle tombe
Ça va bien Madame ? il a chuchoté
Discret pas de bidoche pas de bombe
Le décor qui l’entoure est en carton
Le dos tourné pendant qu’elle ramasse
Surprise son sac dans le caniveau
A trois heures après midi rien sauf la bière
Sur sa chaise la clope au bec il est assis
Milieu des carcasses de poulet qui pourrissent
L’odeur on s’habitue
C’est comme ça ici ailleurs aussi
Et la chaleur dévore le vieux qui trottine
Vers la pharmacie personne voit ses varices
Bientôt il bougera plus suintent les rombières
A minuit un avion F16 qui tourne en rond
Pour repérer sa proie
Et empêche cinq cent gamins de s’endormir
Dans le dortoir du camp où la terreur butine
Ses fleurs et puis les tue
Sur la cité du Sud une odeur de café
Et de cardamome plane au ras des charognes
C’est midi la dépêche AFP interrompt
La musique à fond sur le parking juste trois
Minutes le dos tourné il digère
Son cheeseburger le désert en point de mire
Le Liban c’est par où ? encore une bouffée
Dessous le foulard noir des mouches plein la trogne
A quatre heures après midi il est assis
Face de la boucherie chevaline
Tiens ! il a fait cent mètres
Trop long son tee‑shirt qui pue la sueur
Grasse des quartiers où on se dépêtre
Avec les doigts malpropres des tueurs
Quand une femme en djellaba qui passe
Glisse sur la plaque d’égout et perd
Ses babouches et son couffin à la renverse
Ça va bien Madame ? il a grimacé
Sans bouger le dos tourné pendant qu’elle court
Après les grenades qui se débinent
Allons faut pas s’en faire
Ici pas de guerre pas de famine
Et les diamants rouges du Katanga docile
N’achèteront pas les reins des peuples chassés
De chez eux au grand jour
Personne qui regarde leurs grands yeux fossiles
A six heures après midi il est assis
Toujours au même endroit le vacarme l’amuse
Ici c’est le dégoût avec le bruit qu’on berce
Et les portes bouclées devant le monde
Qui trottine avide d’un petit verre d’eau
C’est comme ça ici ailleurs aussi
On a le choix des armes et le choix des ruses
La paluche des chefs ne fait pas de cadeaux
Les travailleurs qu’on jette dehors des usines
Babylone en ruines l’enfance porte‑flingue
Les caves les poètes crevés les mineurs
Les terriers sans issue les hommes sans mémoires
Le sang au fil des fleuves l’Afrique en bagage
De soute les corps aliénés le déshonneur
Des armées les peuples privés de nom
Les stades la gloire honteuse Nagasaki
Les cellules silence rien dans les grimoires
Qui témoigne de notre présence dressée
Les livres mis au pilon les amis immondes
Les arbres brûlés les trous dans les fringues
Des vieux les abattoirs les check points sans visage
Les pauvres gens les transformateurs la jeunesse
L’océan couleur mazout la chair à canon
Du fric pour dénoncer n’importe qui
Rien non rien de tout ça qui l’intéresse
A minuit il est assis sur sa chaise
Le dos tourné personne ne sait depuis quand
Il n’a pas bougé de son trône hagard
Pas un chat vivant et même pas un marchand
De perles à lumière
Et voilà l’heure où les héros repus se taisent
Où les rois les bourreaux les prêtres sans remords
Le plantent dedans son tee‑shirt de clown ringard
Qui flotte partout drapeau et suaire
C’est écrit dessus Le respect est mort.
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