Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

Saïd et Diana

Said-et-Diana-2.jpg

Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
  • Retour à la page d'accueil
  • Partager ce blog

Texte Libre

Texte Libre

Pour faire défiler les images du catalogue cliquez sur la fenêtre dans le bleu et placer le curseur de la souris sur la page à gauche...

Commentaires

Image de Dominique par Louis

Recherche

Mardi 1 septembre 2009 2 01 /09 /Sep /2009 23:01

      Eh bien nous revoici après un petit mois de repos et de soleil qui a été au rendez-vous de notre été...
      On recommence un nouvelle année solaire qui coïncide pile avec l'anniversaire de mézigue et donc pour l'occasion voici un p'tit poème diabolique concocté à votre intention dedans notre cité d'Orgemont à Epinay que vous commencez à bien connaître désormais et qui m'a été inspiré par l'intuition que notre retour au quotidien ne va pas être triste...
       On espère vous retrouver tous car on a plein de choses à vous raconter et de projets nouveaux pour bientôt... Alors à tout d'suite !    
 
Le dos tourné
Epinay, dimanche, 23 août 2009


Il est assis dessus une chaise devant

Le banc en béton rond

Où plus personne ne s’assoit sauf les marchands

De perles à lumière et de mouron

Les papiers et les boîtes de coca

Traînent par là y’a pas un chat vivant

C’est comme ça ici ailleurs c’est comme ça

Aussi la guerre est loin on a la baraka

Il tourne son dos las à ceux qui passent

Sur la meule du silence on aiguise

De gros rires tranchants

Au feu on scelle les fers des forçats

Mais à part des histoires de courses à faire

Rien sauf des tessons que l’angoisse casse

Partout quand il a le dos tourné aucun doute

La trouille se déguise

En honte l’indifférence préfère

La brioche au pain des pauvres rassis

Et l’Afrique en bagage dans la soute

Sombre ici on mange à sa faim merci

Du riz premier prix et des corn-flakes trempés

Dans du lait UHT

 

A deux heures après midi il est assis

Ilote muet du temple en béton

Gris on lui a mis au cou un collier

De perles à lumière

Que les pêcheurs remontent par paliers

Des épaves englouties nos maisons de pierres

Au milieu de la ville une fille qui passe

En jeans et talons hauts

Tiens ! sur la plaque d’égout elle a dérapé

Devant la boucherie musulmane elle tombe

Ça va bien Madame ? il a chuchoté

Discret pas de bidoche pas de bombe

Le décor qui l’entoure est en carton

Le dos tourné pendant qu’elle ramasse

Surprise son sac dans le caniveau

 

A trois heures après midi rien sauf la bière

Sur sa chaise la clope au bec il est assis

Milieu des carcasses de poulet qui pourrissent

L’odeur on s’habitue

C’est comme ça ici ailleurs aussi

Et la chaleur dévore le vieux qui trottine

Vers la pharmacie personne voit ses varices

Bientôt il bougera plus suintent les rombières

A minuit un avion F16 qui tourne en rond

Pour repérer sa proie

Et empêche cinq cent gamins de s’endormir

Dans le dortoir du camp où la terreur butine

Ses fleurs et puis les tue

Sur la cité du Sud une odeur de café

Et de cardamome plane au ras des charognes

C’est midi la dépêche AFP interrompt

La musique à fond sur le parking juste trois

Minutes le dos tourné il digère

Son cheeseburger le désert en point de mire

Le Liban c’est par où ? encore une bouffée

Dessous le foulard noir des mouches plein la trogne

 

A quatre heures après midi il est assis

Face de la boucherie chevaline

Tiens ! il a fait cent mètres 

Trop long son tee‑shirt qui pue la sueur

Grasse des quartiers où on se dépêtre

Avec les doigts malpropres des tueurs

Quand une femme en djellaba qui passe

Glisse sur la plaque d’égout et perd

Ses babouches et son couffin à la renverse

Ça va bien Madame ? il a grimacé

Sans bouger le dos tourné pendant qu’elle court

Après les grenades qui se débinent

Allons faut pas s’en faire

Ici pas de guerre pas de famine

Et les diamants rouges du Katanga docile

N’achèteront pas les reins des peuples chassés

De chez eux au grand jour

Personne qui regarde leurs grands yeux fossiles

 

A six heures après midi il est assis

Toujours au même endroit le vacarme l’amuse

Ici c’est le dégoût avec le bruit qu’on berce

Et les portes bouclées devant le monde

Qui trottine avide d’un petit verre d’eau

C’est comme ça ici ailleurs aussi

On a le choix des armes et le choix des ruses

La paluche des chefs ne fait pas de cadeaux

Les travailleurs qu’on jette dehors des usines

Babylone en ruines l’enfance porte‑flingue

Les caves les poètes crevés les mineurs

Les terriers sans issue les hommes sans mémoires

Le sang au fil des fleuves l’Afrique en bagage

De soute les corps aliénés le déshonneur

Des armées les peuples privés de nom

Les stades la gloire honteuse Nagasaki

Les cellules silence rien dans les grimoires

Qui témoigne de notre présence dressée

Les livres mis au pilon les amis immondes

Les arbres brûlés les trous dans les fringues

Des vieux les abattoirs les check points sans visage

Les pauvres gens les transformateurs la jeunesse

L’océan couleur mazout la chair à canon

Du fric pour dénoncer n’importe qui

Rien non rien de tout ça qui l’intéresse

 

A minuit il est assis sur sa chaise

Le dos tourné personne ne sait depuis quand

Il n’a pas bougé de son trône hagard

Pas un chat vivant et même pas un marchand

De perles à lumière

Et voilà l’heure où les héros repus se taisent

Où les rois les bourreaux les prêtres sans remords

Le plantent dedans son tee‑shirt de clown ringard

Qui flotte partout drapeau et suaire

C’est écrit dessus Le respect est mort.

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés