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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Jeudi 23 juillet 2009 4 23 /07 /Juil /2009 23:38

      Cet été vous aurez droit à des extraits de récits qui sont de futurs bouquins mais le diable sait quand je les achèverai... Alors profitez-en car d'ordinaire les scribouillards ne montrent pas ce qu'ils écrivent avant de le publier par superstition... moi c'est le contraire...
      Voici donc un extrait de mon prochain livre que j'ai commencé à écrire il y a pas loin de cinq piges...

Le block trois l’Afrique

 

La Cité des Blocks… années 1970…

 

      Ecoute… écoute…

      Les enfants des Blocks qui fracassent de bas en haut leur course le long des escaliers où la spirale ne s’en va pas vers le ciel sont pris dans les tas de pneus brûlés et de caddies remplis de chiffons gras qui s'égouttent sur eux. Ça c’est Morgane moi qui le sais…
      Les enfants d'out ne s'en sortiront pas. Ils ont aucune chance que ça prenne ici une tournure de quelque chose qui ressemble à quelque chose. A n'importe quoi ça serait mieux que le goudron séché où on n'peut même pas mettre des tortues sur la ligne de départ. Parce que d'abord il y a pas de ligne pour eux… rien que des points de suspension… et pas de départ non plus…
      Celui qui dépare dans la ronde café des petits négros… rastas et arab' de la Cité des angles droits c'est celui qui escalade pas matinal dans les neuf heures de chien la branlante ferraille de cage qui nous rampe dessus. C'est pour tout ça que je les aime tant… leur frimousse cacao me dévore le rictus des vieux de la marche à suivre.
      Les enfants du mois d'out ne sortiront pas du décor qui colmate leur brouillon de vie… c'est pour ça qu'ils font cramer les boîtes aux lettres. Et pas que les boîtes aux lettres d'ailleurs… S'ils reformaient la ronde de la place du village... quel village ?… en  chipant les feuilles de papier blanc timbrées de là d’où leurs vieux ne parlent pas. Leurs vieux courbés et pas à la hauteur leur parlent de rien…
      Le courrier que le facteur jette sur les marches ils en font des aéroplanes. Le décor c'est comme ça qu'il se bricole bien plus vrai que l'autre. Celui qu'ils connaissent pas… Il retourne d'où il vient et eux ils partent avec lui sur le dos des avions de papier… Si un matin les halls étaient remplis de sable on pourrait croire que le décor s'est décidé à s'installer sa demeure ici avec un soleil factice au bout d'une ficelle. Kee-Bock le boiteux est là au milieu de leurs jeux mais ils ne le voient pas. Ils le voient pas et Morgane moi je le vois…
      Moi je suis comme eux depuis que je suis arrivée falsifiée et sans notice. Au sorcier du mois d'out on ne lui a rien demandé du tout. Ni les mômes black-café ni moi non plus… Il a fourré son nez dans nos bassines de confiture… il a léché l'écume du sucre de l'été et il m'a faite avec ses doigts poisseux. Pour pouvoir exister encore un peu avec ses parfums d'arrogances mûres qui coulent le long de ma gorge il m'a faite. Il m'a faite à l'image de leurs défaites… le sorcier… Morgane est une fille black… Je suis son désir de ne pas se rendre… sa corde au cou détachée juste… sa goutte de sperme volée aux pendus… sa mandragore… Je suis sa dernière carte… son gant jeté en pleine figure des rois… son affront.
      Y'avait un jour de trop sur le cadran solaire qui garde les portes… les portes autour desquelles y a pas de maison. Je me suis contentée de ça… autant de portes que de vent alors je me suis installée à l'intérieur de la maison des songes. Est-ce que je suis bien née ?… demande l'escargot de ma langue à la coquille de mon corps.
      De la Cité des Blocks on n's'en va pas facile. Y a des ordres et des contre-ordres intimement vidés dans le sac à puces de nos vieux survivants de la tour trois… bâtiment des fourmis… couloir… entre-pont… ascenseur… porte… tout pêle-mêle… alors comment s'y retrouver ? Au secours… au secours… monsieur Antonin… P'tit nègre ne surveille plus le bourdonnement des aéroplanes.

 

      En attendant la ronde des mômes café amer s’est munie d'une clef à molette. Ils frappent en cadence la colonne vertébrale du Block qui se déhanche. Au son du rythme des enfants d'Afrique les immeubles sont saisis d'un tangage auquel on n’peut pas résister… Sur leurs pieds béton les immeubles dansent…

      Ils tambourinent contre les portes de métal soudées au corps de l'animal. La bestiole aux écailles se redresse dans un spasme comme si elle allait accoucher de nous. Tous les ascenseurs entrent dans la panne et suspendent leur volte-face au niveau ciel. Ça se réveille au creux de mes reins la cadence qui va et qui vient… une envie de me plonger dans le sexe de la mer. Tout en bas le sax qui gémit les accompagne.

      Comme monsieur Antonin à chacun de ses pas avec sa canne sur la rampe ils frappent… frappent... boum… boum… rataboum !... Boum… boum… rataboum !... sur moi ils frappent et tout s'écarlate en brins d'enfer. Je ne dormirai plus. Il est trop tard pour l'ours blanc qui me compte les roses de mes déconvenues. Mais seulement jusqu'à dix parce qu'après... boum… boum… boum !... on peut entrer chez toi ?

      Ils ont le privilège des roule-ta-boule… ils sont chez eux partout même si c'est un bocal avec une fille-poisson à moitié nue. Je nage entre deux eaux douces. Je glisse lisse sous leurs doigts qui jouent à me toucher… entre leurs cils qui me défont les coutures. Recroquevillée sur la chaise à l'abri du sol détergent qui suce les pieds jusqu'au lèvres j'avale le café d'un jour de plus bouilli sans le goût si loin de la cardamome que Zahra m'a volé. Bouillie de jours qu'on voulait explosifs comme les marmites d'étoiles de mer. Elles s'accrochaient dans les filets quand mon grand-père les raportait sur la plage il y a longtemps. Mon sable à moi… ma marée haute… Mon grand-père il parlait au cheval pour l'arrêter… il ne s'arrêtait pas. C'était un cheval d'anarchie.

      Ils touchent mes chevilles et ils les encerclent. Touchent mes épaules s'ils peuvent en se hissant à mes voilures… mon cou dans la foulée de mes cheveux. Sami le plus grand sert le café dans des assiettes qu'ils lapent comme des chats. Je ne cherche pas à surprendre les dessous du rituel qui consiste aussi à semer des flocons de gâteau par-dessus pour le manger tout pareil. Ça me regarde pas. C'est leur monde d'enfance qui me tourne le dos. Leurs yeux me retirent sans hésiter le peu qu'il me reste de fringues. Sami observe gravement le bout de mes seins. C'est la première fois qu'il ne rit pas en conduisant la marmaille à l'attaque des portes métalliques qui protègent les armoires à nourriture.

      Depuis le temps que ça dure les bonnes femmes à double tour ont pris l'habitude de n'ouvrir à personne. Miaou... miaaaou... les gamins chocolat s'en donnent à cœur gros devant les portes closes. C'est le mois des chats toute la nuit ils écoutent et puis ils imitent. Rien de plus facile. Miaouou... miaou... Ça atteint le seuil du non-retour dans les espaces à haute tension où la chaleur les suspend sur sa corde à linge. C'est plus insupportable pour les habitants-sardines qui font corps avec le squelette calciné des chars toujours en guerre sous leur camouflage qu'un orchestre de violons qui joue faux par le conduit du vide-ordures. Ils tiennent bon dans la transe importée des gestes qu'ils inventent. Ils frappent sur des gamelles munis des cuillères qui ont visité tous les étages avant qu'on se décide à manger aussi avec les doigts. Boum… boum... rataboum !... Sous son paillasson Kee-Bock le crapaud atte nd que la voie soit libre.

      Qu'est-ce qui nous reste de la vie en dehors d'eux ? Est-ce qu'on n’pourrait pas plonger nos mains au fond de nos ventres et en sortir tout ce qui brûle ?
        Des pleines poignées de braise pour le kanoun qui reviendrait de loin… des pleines poignées de rire dans la figure de cire des aveugles.
         Des pleines poignées d'enfants qui cassent les garde-fous de nos étreintes-vertiges. De pleines poignées de mains que j'aimerais… qui arrachent le panneau planté entre nous : défense d'entrer dans notre royaume !
A suivre...

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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