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Espère la pluie
Epinay, samedi, 18 juillet 2009
Espère la pluie
Viens danseur d’eau petit nain des villes
Dresseur d’orages broyeur de cartons perdu
Dans le ventre du supermarché avide
Tu frappes sur la peau de ton crâne tambour
Au milieu d’un peuple épuisé vagabond vide
Voleur d’asphalte monteur d’échafaudages
Aux spectacles des rois qui leur coupent la tête
Appelle au creux des chairs de grands labours
Là ta silhouette en boubou bleu se dresse
Parmi les spectres d’un peuple qui n’a pas pu
Tuer ses héros repus fonceurs fossiles
A bord de leurs vaisseaux de métal bolides
Qui écrasent la tribu des crapauds chanteurs
Loin d’eux l’ivresse de l’eau la bonté fertile
Espère la pluie
Viens petit nain nomade fils de griots
Tresseur d’images ton chant charme la peur
Que le peuple prie sur ses autels d’or
Au long des routes de terre brute la tribu
A entamé la migration elle se presse
Ici pour les crapauds chanteurs c’est foutu
Au fond des sous‑sols le bruit broie ta tête
Les cartons crient mais rien ne gomme les mots
Sacrés comme les fruits au marché du village
Que ta bouche gourmande refile aux rappeurs
Gamins des villes traqueurs de pistes sauvages
Où la bruine rouge guide les voyageurs
Ta silhouette en boubou bleu grandit encore
Et les crapauds guettent ton bâton sauveur
Espère la pluie
Viens petit danseur d’eau maître des transhumances
T’asseoir auprès des friches des matins arides
La broyeuse ne saura rien de ton histoire
A la nuit elle cesse et ta ronde commence
Berger des troupeaux de lucioles tu veilles
Qu’on ne nous tonde pas la peine sur le dos
Parmi les piles de cartons ton boubou bleu
Tire l’azur à sa suite promesse immense
Du retour proche de la tribu des crapauds
Chanteurs quand le bitume embrouillé de sang
Attend que tu lui dessines la silhouette
Des arbres à pluie qui lui donnent à boire
Et lavent en lui l’empreinte des enfants morts
Espère la pluie
Viens petit nain qui nargue les gardes du corps
Des géants arme ta fronde de tempêtes
Cruelles polisseur de tessons d’arcs-en-ciel
Offre aux peuples sourds des bouts de vitres gros
Comme un ongle de guitariste écaille rousse
Des grands lézards lunaires guetteurs des puits
Qui feront la peau aux ravisseurs de sources
La broyeuse a coulé son sel dans tes oreilles
Tes savanes crépitent tes bushman s’enfuient
Mais ils n’empêcheront pas ton crâne tambour
De battre aux portes des cités le rythme clair
Des gouttes dessus les feuilles des fromagers
Espère la pluie debout dans ton boubou bleu
Espère la pluie
Espère tes rêves en douce roulés en boule
Au creux du limon frais du fleuve Casamance
Comme de petites mangoustes frangines
Des voyageurs vieux ouvriers
Sur les machines broyeuses de cartons
Qui mastiquent nos histoires muettes
Au long des routes il y a foule
Devine où ils vont
Ta silhouette en boubou bleu s’arrête
Ton crâne tambour bat que le retour
De la tribu des crapauds chanteurs s’annonce
Que l’été blessé résiste entier
Et met le feu aux poudres de nos os
D’Indiens brasiers garance
Aux lances d’agaves aux lavandes aux ronces
Notre sol est partout autour
De l’ombre de ton bâton d’eau qui danse
A suivre...
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