Calendrier

Juillet 2010
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

Saïd et Diana

Said-et-Diana-2.jpg

Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
  • Retour à la page d'accueil
  • Partager ce blog

Texte Libre

Texte Libre

Pour faire défiler les images du catalogue cliquez sur la fenêtre dans le bleu et placer le curseur de la souris sur la page à gauche...

Image de Dominique par Louis

Recherche

Mercredi 24 juin 2009 3 24 /06 /2009 21:10

Aujourd'hui j'avais de la peine suite...

   Juliette Pélégri Mai 2008
Photo de Jacques Du Mont

 
      Ouais je sais vous allez vous dire que c'est n'importe quoi les articles sur notre blog des
Cahiers depuis quelques temps... Les textes qui n'se suivent pas... celui-ci qui a été commencé y a plus d'un mois... et des histoires que j'ai écrites y a cinq ans que je publie maintenant et tout et tout ! 
      Ouaouf ! Ouaouf ! faut vous dire qu'il y a des moments comme ça où on se retrouve devant la porte d'un cimetière en plein mois de juin le jour de la Saint Jean justement... oui faut vous dire ça même si ça n'excuse pas la pagaille le grand désordre qui sont probable des marques de ma fabrique bien à moi... Alors voilà devant la porte du cimetière du Montparnasse un après-midi du solstice d'été comme ça vu que pour moi la Saint Jean c'est la fête des moissons hein ? Les feux de la Saint Jean quand on a vécu comme mézigue dans les campagnes fabuleuses des Cévennes y'a de ça trente balais ou pas loin ça voulait dire qu'on fauchait les herbes plus grandes que nous et criblées de papillons fous de soleil d'insectes bourdons abeilles et sauterelles...
      On n'avait rien d'autre à faucher nous autres... sur notre montagne du Bougès à 1100 mètres au bout de nos 5 kilomètres de chemin de terre... pas de blé pas d'orge pas d'avoine rien de rien mais des prairies toutes folles crépitant de coquelicots de marguerites sauvages et de chardons énormes et violets comme des artichauts pourris d'abeilles bourdonnant ça ouais !
      Devant la porte du cimetière du Montparnasse un après-midi d'été le jour de la Saint Jean qui est un jour de fête d'ordinaire et que j'aime à faire éclater dans ma tête sa girouette à souvenirs son arc-en-ciel aux myriades de bonheur éclaboussé par notre jeunesse d'alors dans ce hameau abandonné des Cévennes où on avait refait une petite tribu à cinq ou six et où ce jour-là on était cuits comme des pains roux par la lumière la sueur sur nous la poussière des herbes coupées qui retombaient par-dessus nos têtes... Cuits pas la chaleur et le plaisir de passer des heures qui en finissaient pas dehors et par cette intensité dans nos corps de la terre qui vibrait qui ronronnait en plein été d'une force et d'une grandeur que dans les villes on n'connaîtra jamais...
     Ouaouf ! Ouaouf ! je suis née l'été ça ne vous dit rien hein ? Vous en doutez si vous lisez un peu ces p'tites bafouilles vu que ça se sent me semble comment je trépigne de toutes mes tripes dès que c'est juin et jusqu'à fin août pas à dire... Mais aujourd'hui c'était une Saint Jean de l'été comme j'en ai pas connue avant et parfois ça nous arrive sans qu'on sache... et alors on reperd un peu plus encore les quelques billes de couleurs qui se baladent zigzag dedans la tronche...
      Les allées du cimetière du Montparnasse je ne les connais pas... Je n'y viens jamais sauf pour aller rendre visite à la statue du Baiser de Brancusi le sculpteur que j'aime trop sur sa tombe dans un petit recoin que j'ai fini par dénicher à force... Maintenant y aura une autre raison que j'y aille dans ce cimetière ouais... Alors les allées je m'y paume facile et comme on y était quatre ou cinq pour retrouver un tout minuscule morceau de dalle c'était moins dur mais quand même... Y a un mois je vous ai raconté que la femme de mon ami Jean Pélégri venait de nous quitter elle aussi et que j'avais bien de la peine...
      Moi les cimetières... les dates d'anniversaire où les gens que j'aime se sont tirés... m'ont laissée là comme une buse à renifler le parfum des roses et des tilleuls de la grande rue qui longe les murs de Montparnasse... tout ça je ne suis pas trop dans le coup... Jean s'est tiré comme un malpropre Jean mon frangin d'Algérie mon paternel en écriture mon camarade de tout de rien et du meilleur de ma vie s'est tiré y a presque six piges c'est ouf !
      Et aujourd'hui les grands feux de la Saint Jean au-dessus on sautait on dansait dans la nuit qui était jamais noire de l'été des herbes folles qui sentent bon le miel et les fruits écrasés...la nuit bleue on ne voulait pas aller se coucher on était excités tant qu'on dormait deux trois heures et puis Hop !... aujourd'hui les grands feux ils ne sont pas au rendez-vous mais dans deux récipients de métal il y a les cendres des êtres qu'on a aimé si fort et je voudrais les ouvrir et les caresser dans mes mains vivantes et les laisser s'éparpiller au vent brûlant d'odeurs et de papillons de l'été et retrouver la douce la légère la fraîche insouciance de mes étés d'une jeunesse où avec les camarades on croyait à un monde qui ne ferait plus de la mort son totem et son dieu...
      Un peu à l'écart de la pierre grise qui me paraît toute petite pour contenir deux vies il y a Fatima qui est assise sur une tombe et qui pleure... Fatima c'est l'amie algérienne de Jean et de Juliette depuis 25 ans... C'est elle qui s'est occupée de la maison et des êtres qui vivaient à l'intérieur avec la bonté et la présence des êtres familiers qui ont la simplicité du coeur et la plus dévouée des humanités. Fatima c'était l'Algérie dans la maison algérienne du 14ème arrondissement et c'était la survivance du peuple algérien que Jean et Juliette n'ont jamais quitté vraiment.
     Fatima pleure doucement et sa peine est bien plus immense que la nôtre réunie. Fatima a été avec Juliette après que Jean soit parti comme l'amie la plus fidèle et comme celle sur qui toujours on peut compter parce que les gens simples sont ainsi et Jean l'avait écrit dans ses histoires... Fatima a perdu sa maison et les deux âmes de sa maison et rien ne viendra combler cette perte... 
      Il n'y a pas de sentiment que je ressente aussi intimement que l'amitié et ses instants de joie fugace ne se fanent jamais des années après que les gens aient quitté notre maison commune ils sont là auprès de moi... Je suis un être qui a la baraka car j'ai eu de vrais amis sur la terre... De ces amis qui ne trahissent pas et dont la petite lampe est toujours allumée au loin... Des amis au coeur simple comme Fatima...
      Les feux de la Saint Jean on brûlé tard dans la nuit et leur fumée ocre et châtaig né a continué à nous entourer de sa tiédeur tendre et sauvage jusqu'à l'aube et les musiques de nos fêtes ne se sont tues que pour laisser place au bourdonnement des abeilles et au chant des grillons dans le petit matin d'un nouveau jour d'été. Les ouvriers ont eu du mal a poser la pierre par-dessus deux histoires qui étaient tellement plus grandes que cet instant-là de notre séparation quand nous avons quitté le hameau pour continuer sur la piste de nos vies nomades...
     Les feux de la Saint Jean brûlent chaque été très haut dans le soir jamais éteint de ma mémoire pour célébrer la jeunesse de nos désirs et de nos rêves mis en commun... Et maintenant ils auront cette couleur gris bleu de la pierre qui garde à l'intérieur de sa peau la présence chaude et bonne de deux être que j'ai tant aimé qui étaient mes amis d'Algérie... qui étaient mes amis sur la terre... Et maintenant ils auront le goût salé et aussi celui de la grenade rose des larmes de Fatima...
      Les feux de la Saint Jean bercent notre peine de leur gerbe de cendres qui retombent sur la terre et préparent d'autres moissons nouvelles de bonté et de jeunesses partagées...

Publié dans : Ecritures d'Algérie
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Partager    
Retour à l'accueil

Commentaires

Est-ce important d'écrire de façon un peu décousue ou non ? Je crois que ce qui l'est c'est de rester sincère au quotidien.

Ce billet est très beau...

Tu vois, je ne peux pas tout suivre, alors, lorsque je viens, je clique au hasard... j'écris quand je le peux pour ne pas que tu penses que je t'oublie.

Mais les mots que je lis laissent leur empreinte et c'est important pour moi.

Merci, tu vois, avoir de la peine et le dire, c'est important aussi. J'aime ce que tu dis de tes amis...

Je t'embrasse amicalement.
Commentaire n°1 posté par Quichottine le 02/07/2009 à 12h16
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés