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Poète ça rime à quoi suite...
“ L’enfant monstre criait : ‘la machine est cassée ” jusqu’à vouloir un jour se refermer au froid dans le grand congélateur
rangé dans le garage. Viandes et mets offerts aux chiens du voisinage avant de ramener sur
moi la grande porte blanche. Les adultes de me retrouver là après maintes recherches, évanoui, le corps bleui par le grand froid, incapables de comprendre les codes et les usages d’un enfant de
mon rang. ”
“ La machine ”
Peur encore dans chacun de ces textes là, comme si de l’extérieur venait quelque chose de dangereux, une malédiction dont on ne peut se défaire qu’en se décalant par rapport au monde qui est une machine parfaitement usinée. Ce sentiment d’écrasement parce qu’on est dans un monde où on n’a rien à faire, vous l’avez sans doute vécu comme ces gamins, à la manière d’un échec programmé ?
A. Kalouaz : L’histoire de “ Quel temps fait-il dehors ? ” et de “ Banquettes ” est celle de gens qui ont été cassés par la rupture d’avec un milieu, ce qui peut générer une peur vague, indéterminée. Pour “ Quel temps fait-il dehors ? ” j’ai cherché un élément extérieur, comme d’habitude, afin de créer l’histoire que je voulais. Le support a été les boîtes de Néo-Codion vides que je trouvais partout. Un jour j’en ai ramassé une et j’ai vu que ça ne coûtait vraiment rien. Ce genre de drogue permettait d’en suggérer d’autres, de toutes sortes.
Dans le quartier où j’habitais à Grenoble étant enfant, parmi les gens dont je parle, il y avait une famille dont le père était un homme très vertueux. La fille aînée avait fait médecine, le fils un métier du même genre, et tous les autres étaient devenus des truands. Un des frères, Tahar, un peu plus jeune que moi, bricolait d’une manière assez louche. Un jour je l’ai croisé au volant d’une Golf noire et il m’a demandé un peu d’argent. Un mois ou deux après, il a été pris dans une affaire de toxicomanie. Quand je suis allé voir sa mère il y a quelques temps, elle m’a dit qu’il venait de mourir.
Une fois de plus, cela veut dire que même si les deux premiers se sont battus pour s’en sortir, il y en a toujours un ou plusieurs dans la famille qui vont sombrer. C’est ce qui arrive lorsqu’on ne peut pas mettre de distance avec ces sortes de ghettos. Pour moi, je savais qu’il y avait la poésie qui s’intercalait entre ça et moi. Quand j’étais gamin, dans l’équipe de football où je jouais, on m’appelait le poète. Cela m’a posé rapidement des limites que la plupart des jeunes que je peux voir aujourd’hui dans les ateliers d’écriture n’ont pas.
Lorsque je fais des après-midi de lecture de contes, il m’arrive de constater parmi des enfants du primaire, qu’une bonne partie du groupe est déjà incapable d’avoir des rapports sociaux normaux. On ne parvient même pas à leur parler, le décodeur ne fonctionne pas au niveau du langage. Là, je rejoins “ Banquettes ”, car ils ne communiquent entre eux qu’à coups de pieds, par des gestes violents et incohérents.
Il est vrai que la peur cerne notre quotidien. Un jour où nous travaillions sur ce sujet, un jeune Maghrébin avait écrit : j’ai peur des chiens, du dentiste, de la prof de français et de Dieu. Un autre avait écrit huit fois j’ai peur de Dieu. A la lecture, il y a eu une bagarre terrible parce que le premier avait osé mélanger Dieu et la prof de français. Depuis plusieurs années j’ai remarqué que le Dieu en question ressort de plus en plus dans leurs mots.
Les textes des gamins de Saint-Etienne faisaient apparaître un parallèle entre la peur de Dieu et la peur des seringues. C’était les deux leitmotiv. Et peu de temps après, je suis tombé sur une coupure de presse où ce quartier de Saint- Etienne était cité comme l’un des fiefs de l’islamisme urbain. Ces enfants nés après 1981 sont dans un état pire que nous ne l’étions et que ceux dont parle Mounsi parce qu’ils sont la proie d’un discours qui stérilise toute autre pensée, et victimes des ghettos dans lesquels on les fait vivre.
“ A l’autre bout du siècle ” et “ La petite ” qui sont des textes sur la prison et la certitude intime qu’ont ceux qui y passent, que même une fois dehors on n’en sort jamais, jouent en miroir avec “ Aller aux Goudes ” et “ Baie des Anges ”, traitant du racisme anti‑maghrébin, tant il est vrai qu'être exclu par l’autre, mène à s’exclure soi-même. Le chemin de celui que la famille et la mémoire éclatée ne retenaient plus et qui ne cherchait qu’à fuir, et de celui qui, une fois hors des murs, ne retrouvera peut-être que sa mère prisonnière de ses fantasmes de bonheur illusoire, sont venus buter dans ce lieu. La pseudo-famille que l’espace carcéral constitue, puisqu’on dit aussi bien : une cellule familiale, devient peu à peu la seule structure, malgré l’arbitraire, où celui qui est rejeté peut survivre. Un endroit clos que le dehors ignore. Qui rassure enfin. Qui arrête, dans les deux sens.
Les personnages qui sont jetés à la mer dans le premier texte ou abattus et vengés par un autre errant dans le second, sont pris dans
un mouvement ince
ssant. Aucun refuge qui donne la sensation d’être chez soi
“ Ton pays c’est de l’autre côté ! ”. Pas même son corps puisqu’il est “ Un peu
cible mouvante ”. Comme dans ces villes d’aujourd’hui où n’importe qui tire sur n’importe qui. Et la course recommence, contre le temps, contre les fous, contre la peur.
C’est dans “ Aux barbelés ”, texte qui clôt les nouvelles de l’incarcération et de l’errance de ceux qu’on déplace vers un ailleurs qui n’a pas de fin, qu’on rencontre l’absurde qui fut à son comble dans la chasse faite au peuple bosniaque d’un bout à l’autre d’un pays devenu sa prison et son désert.
“ Si tu bouges tu es mort! ’En un éclair j’ai revu le cercueil de zinc partant pour le pays. Mon père dans la cale, et moi rangé tout contre lui, bien serré. Paroles d’enfance et sa main dans mes cheveux. Refroidis tous les deux mais au chaud entre nous. ”
“ Aller aux Goudes ”
A suivre...
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