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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Image de Dominique par Louis

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Jeudi 18 juin 2009 4 18 /06 /Juin /2009 22:57

Visiteuse de l'aube

Samedi, 21 avril 2001

 

Petite déesse noire d'Afrique

Surtout Ne pas oublier

De leur payer tout ce que je leur dois

Surtout ne pas oublier

De bien refermer la porte en partant

 

J'entre là où rien ne m'attend 

Excepté les plantes vertes les statuettes

Les coquillages sur les baignoires

Et la petite déesse d'Afrique

J'appuie du bout du doigt sur les sonnettes

Et je caresse des poignées usées ignorant tout

De l'intérieur de mes paumes noires

Ils ne m'ouvrent pas la porte sans regarder par le trou

Comme par l'échancrure d'une jupe offerte

Ils ne voient que ce déguisement

Peau de femme enfilée à l'envers

A l'envers a l'envers de leur temps

"Tu ne sauras jamais t'habiller ! "

Disait mon père en grimaçant

 


Robe couleur de l'aube je peux repartir sans

Je repasse la porte et j'en ai une autre qui m'attend

Sable mouillé en dessous

J'irai toujours  beaucoup plus loin que vous

J'irai jusqu'au bout de l'inconvenance

Jusqu'au bout des promesses que me font

Des inconnus qui croiront m'avoir eue

Mais je n'ai glissé entre leurs doigts

Qu'à peine ce que je leur dois

Un de mes costumes emprunté aux courants d'airs

Y a sur les boutons des portes des traces

De salive et de rouge à lèvres

Je n'ai jamais su me maquiller

Mais je leur ai laissé mes crayons de rêves

 

Petite déesse noire d'Afrique

Surtout ne pas les réveiller

Peau de femme je leur donne volontiers

Surtout ne pas les réveiller

Peau d'ébène qu'ils auront cru toucher

Surtout ne pas les réveiller

 

Jusqu'au bout des lits je reconnais

L'odeur musquée d'un serpent de mer

L'odeur de leur peur des femmes obscènes

Qui ne les laissera pas tranquilles

Mais je ne suis pas une femme pour vous

Riez ! Je suis la visiteuse

Riez mais préparez la monnaie !

Ce que l'on voit c'est ce que l'on paie

Moi aussi je vous paierai

De mes mains ce que je vous dois

Une virée au bord du bateau des-astres

Avec de grands coups de langue

Une chiennerie comme ils diront

Car j'irai jusqu'au bout du nom

Qui me colle à la dernière peau

Et avant l'aube je repartirai

 

O Déesse d'Afrique seule

Tu sais ce que j'ai emporté

En passant et ce que j'ai laissé

Ce que je dois payer pour traverser

Les rues sous leurs regards avides de marchands

J'irai jusqu'au bout des trottoirs noirs

Noirs de leur trouille et des jarretelles usées

Qui servent aux garçons de lance-pierres pour jeter

Des poignées de cailloux qui crépitent

Contre les vitres moites Rançon

De mon sommeil sans eux

Surtout ne pas les réveiller

"Ils t'obligeront à travailler !"

Disait mon père le dos tourné

 

Petite déesse noire d'Afrique

Je finirai par oublier

Ce cheval courant dans ma poitrine

Je finirai par oublier

Ses sabots écorchant ma peau noire

Je finirai par oublier

Je n'appartiens pas à leur histoire

 

O Toi qui veille dans chaque lieu où survient

La visiteuse Toi seule sait combien

J'aimerais dormir dans les bras de quelqu'un

Qui me protège de moi-même

Et de ces terreurs enfantines cavaleuses

Qui s'acharnent Quand cesserai-je de

Me tromper de peau ? Pourquoi

Ce cheval courant dans ma poitrine

Maintenant O Pourquoi cette douleur-là ?

Comme si mon corps refusait refusait

Le droit délicieux d'être une femme

Comme si mon cœur

Se balançait par la fenêtre chaque nuit

Par la fenêtre de trop aimer

Ce vide en moi bleu à mourir

 

Surtout ne pas oublier

Visiteuse Qui que tu sois

Surtout ne pas oublier

De leur payer ce que tu leur dois

Surtout ne pas oublier

Petite déesse noire d'Afrique

Surtout ne pas oublier

De bien refermer la porte sur toi.

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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