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  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Image de Dominique par Louis

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Lundi 8 juin 2009 1 08 /06 /Juin /2009 22:56

Sur la baie de Rio

A Pablo qui avait sept ans

Epinay, samedi, 6 juin 2009

 

Hier à onze heures du matin à Rio

Il faisait beau sur la baie et de grands oiseaux blancs

Planaient lents comme des comètes endormies

Comme des avions revenus de loin revenus de la nuit

Des grands oiseaux danseurs de salsa de tango

Et puis ils sont descendus au‑dessus

De l’Eglise de la Candelaria et ils se sont mis à crier

Et leurs cris étaient plus forts que les chants et les pleurs

Et plus terribles aussi

Et personne ne les écoutait

Hier il faisait beau sur la baie de Rio

Et Pablo rêvait à des murènes bleues aux yeux brûlants

Et Pablo dormait dans un édredon d’oiseaux blancs

Hier rien à signaler du côté de la météo

Hier à onze heures à Saint‑Denis

Il faisait beau sous le pont du chemin de fer

Et de grands cormorans noirs suivaient

La tribu des peuples migrateurs

Qui reprenait la route chassés de là chassés d’ici

C’est un peuple libre de traverser son désert

Le père de Pablo entasse vite fait

Les jouets cassés le vélo complètement naze

Sur le toit de la caravane c’est le bonheur !

Le violon l’accordéon et la guitare aussi

Dedans c’est petit mais on se débrouille

Le matelas le réchaud et la bouteille de gaz

Les gamelles le bazar pour la tambouille

Hier il faisait beau à Rio et à Drancy pareil

Et les cormorans noirs appelaient appelaient

Au-dessus de la Seine un monde qui sommeille

Mais personne ne les entendait

Hier il faisait beau sur la baie de Rio

Et Pablo rêvait à des tribus indociles

De grands oiseaux blancs volant sur le dos

A la dérive douce d’immenses blocks de glace

Hier à onze heures il faisait beau à Paris

Et les cormorans noirs muets cherchaient un endroit

Où se poser à Drancy à La Courneuve à Bobigny

Un endroit où nicher où plonger où sécher

Leurs plumes de voyageurs avant de repartir droit

Devant eux n’importe où mais il n’y a pas de place

Pour les oiseaux noirs silencieux dans les rues des villes

Qui vont éparpiller ailleurs leurs plumes et leurs trésors

Hier à onze heures il faisait beau à Roissy

Et de grands oiseaux blancs qui n’ont rien à cacher

Attendaient en rang leur tour de vol vorace

Les enfants pauvres des favelas ne montent pas à bord

Ils poussent des cris terribles au moment où ils passent

Personne ne les entend personne ne les voit

Pendant ce temps la tribu s’est arrêtée

Dans un entrepôt loin des gens il fait froid

Pour manger on allume du feu et puis voilà

Pas de voyage à Rio pour Pablo pas de salsa

Pas de tango non plus pas de regrets ni de remords

Les élus les héros les gens heureux les gens des rues

Les chasseurs d’oiseaux se fichent bien de ta mort

Pour Pablo pas de vie brisée pas de bougie allumée

Pas de messe à Notre‑Dame pas de pleurs pas de chants

Non Pablo pas d’appel sept fois du muezzin pour toi

Gamin mort du peuple migrateur on n’offre à ta tribu

Pas d’abri pas de refuge ni de réconfort

Et pendant ce temps à Rio à Paris à Drancy

Ceux qui partent et n’arriveront nulle part continuent

Enfermés à l’intérieur du temple des marchands

De chaussures de luxe à faire tout pour que ça dure

Hier à onze heures du matin j’étais à Rio

Il faisait beau sur la baie et c’est pour toi Pablo

Que les cormorans noirs dansaient la salsa le tango

Et que leurs voix mêlées à la mienne appelaient appelaient

Des favelas les mains sur les bidons ont répondu

Tu es chez toi Pablo tu es chez toi ici

Et ton âme comète a murmuré merci.

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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