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Je voulais vous dire que j'ai de la
peine...
Aujourd'hui ça a sans doute été la première journée de printemps de cette drôle d'année toute mouillée avec la douceur de l'air qu'on aime et les frissons léger
dans les grands arbres et pourtant c'était une journée un peu triste... une journée qu'on a pas envie de vivre...
Ceux qui connaissent bien notre blog des Cahiers savent quelle est
l'amitié profonde qui me liait à Jean Pélégri écrivain d'Algérie fascinant au tendre et puissant regard d'un bleu lavande pas croyable et à la bonté aussi énorme que ses colères face à
l'injustice et à la poisseuse bêtise...
Jean qui a été un être irremplaçable dans ma petite histoire et qui m'a donné à découvrir tout ce qu'il y a de beau dans l'échange entre un fils de colon algérien
et le "petit peuple " d'Algérie qu'il aimait nous a quittés il y a presque six ans et je n'arrive pas à me dire que c'est vrai...
Je n'arrive pas à me dire que je ne reverrai pas son sourire joyeux presque enfantin quand il m'ouvrait la porte de son repère dans une de ces habitations
HLM rue Charles-le-Goffic où ses amis avaient l'habitude de venir passer des après-midis entières à parler de l'écriture et de l'Algérie... Là ceux qui sont parmi les fidèles de cette
île près de la Porte d'Orléans depuis une vingtaine d'années... Abdallah Benanteur et Monique Boucher... Colette et Mohammed Dib... Mourad Bourboune... et tant et tant d'autres qui ont connu Jean
bien avant moi et partagé son enthousiasme pour tout ce qu'il y a de passionnel dans notre histoire confuse entre l'Algérie et la France savaient qu'aussitôt franchi le seuil de l'appartement de
Jean et de Juliette on était reçus avec la grandeur simple de l'amitié... de la générosité et du plaisir d'être ensemble.
Car si Jean était un homme de sensibilité de créativité et d'impulsions à la fois légères et parfois aussi plus contrastées " comme les vrais Algériens " ainsi
qu'il disait volontiers... Juliette sa femme c'était un personnage qui avait dans la différence et le côté bien ancré dans la réalité quotidienne l'âme des femmes du Sud présentes, solides et
pleines d'une intensité de vie qui rép
ondait à celle de Jean génialement...
Oui... celles et ceux qui aimaient cet espace bien à part à l'intérieur d'un monde sans grandes passions, sans énervements et sans folies savaient goûter la
présence efficace et toujours spontanée de Juliette qui cachait un peu sa personnalité explosive de femme battante et combattante derrière celle plus massive de Jean qui avait pour elle une
admiration silencieuse et tendre... Juliette nous recevait avec des gâteaux... du thé et du café... le tout apporté sur un plateau organisé à l'ancienne avec délicatesse et élégance et puis
elle se retirait comme elle était venue discrète et bougonnant qu'elle ces histoires d'écriture ça ne la regardait pas...
Juliette c'était d'une certaine façon
l'âme de ce lieu où la vie de Jean et la sienne rayonnaient et se complétaient si bien et on ne pouvait pas être auprès de Jean sans que juliette soit là aussi à sa façon...
Leurs querelles qui prenaient figure de petites scènes drôles et de jeux devant les amis quand il s'agissait de l'argent que Jean ne savait pas gérer et qu'il
sortait parfois sans son portefeuille ou qu'il ne faisait jamais les comptes ce qui vous vous en doutez lui paraissait complêtement farfelu... ou de toutes les choses de la réalité quotidienne
que Juliette avait pris en main depuis longtemps... fallait bien... étaient dans les habitudes dont on ne se serait pas passées pour rien au monde...
Mais c'est Juliette qui a tapé à la machine la plupart des manuscrits que Jean écrivait à la main sur des tas de feuillets éparpillés et qu'il fallait ensuite mettre
au propre car pas d'ordinateur à l'époque... Le livre sublime du Maboul c'est elle qui se l'est " farci " avec ses centaines
de pages comme elle disait ! Et moi qui ai lu l'écriture de Jean dans ses cahiers de brouillon ou plutôt qui l'ai déchiffrée je peux vous dire que ça n'était pas de la tarte...
Pour nous tous dans l'île d'Algérie de la Porte d'Orléans il y avait Jean et Juliette et ceux qui connaissaient leur histoire commune savent qu'ils étaient comme
ces couples qu'on ne sépare pas car ils ont une complicité vraie qui traverse les années comme un grand oiseau migrateur fier et heureux du voyage toujours à venir...
Aujourd'hui j'avais de la peine... une vraie peine profonde et brute comme une pierre de l'oued car Juliette nous a fait le mauvais coup de nou
s planter là par cette belle journée de printemps et on s'est retrouvés avec Abdallah Beanateur Monique
Boucher Jacques Du Mont et Michel Pélégri le fils de Jean autour des roses des dahlias et des glaïeuls du poème de Jean pour lui dire une dernière fois qu'on l'aimait vraiment bien...
Ouais... Le cimetière du Père Lachaise était très beau avec ses grands arbres maîtres de la forêt et ses piafs malicieux et ses greffiers et sa vie qui va qui vient...
Aujourd'hui je voulais vous dire que j'avais de la peine...
A suivre...
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